Numa Droz, le plus jeune conseiller fédéral à ce jour
Un livre récent de l’historien Olivier Meuwly invite à lever davantage le voile sur ce Neuchâtelois élu au gouvernement suisse à l’âge de 31 ans. Inspirant par son parcours, ce radical devenu libéral-conservateur au fil du temps garde une part de mystère.
Il a fallu que ce soit un historien vaudois, certes spécialiste du radicalisme en Suisse romande, qui se décide à exploiter le fonds Numa Droz disponible aux archives cantonales de Neuchâtel. C’est par cette boutade, lancée comme une invitation à poursuivre le travail, qu’Olivier Meuwly a introduit son propos lors du vernissage de sa biographie le 12 février dernier organisé au Cercle national, à Neuchâtel.
Numa Droz (1844-1899), qui fut membre de cette association fondatrice de la République cantonale et encore en activité aujourd’hui, reste le plus jeune conseiller fédéral de l’histoire à ce jour. Elu au Conseil d’Etat à 27 ans, il accéda au gouvernement suisse à l’âge de 31 ans. Sa trajectoire socioprofessionnelle et idéologique, encore trop méconnue malgré une statue à son effigie dans sa ville natale de la Chaux-de-Fonds, vaut pourtant le détour.
Des leçons pour notre temps
Instituteur devenu rédacteur de journal, Numa Droz frappe par ses contrastes avec notre époque. Le succès de cet historien autodidacte nous suggère que l’hyperspécialisation universitaire et l’obsession du diplôme qui règnent aujourd’hui ne sont peut-être pas nécessaires à la qualité des contributions au pays. Voire qu’elles leur nuisent.
L’héritage de Numa Droz est en effet relativement important. Une fois installé à la tête des Affaires étrangères, il remarqua l’importance d’une diplomatie pensée de concert avec les intérêts notamment économiques du pays. Il posa d’ailleurs les bases de l’autonomie de ce département par rapport à la présidence de la Confédération. En outre, il accompagna l’entrée de la Suisse dans le libre-échange, plaidant pour cette stratégie à la fois au sein et hors du gouvernement.
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A cette époque, être conseiller fédéral ne rapportait pas beaucoup d’argent, si bien que le Chaux-de-Fonnier livra contre rémunération des analyses de l’actualité politique, sous sa signature et anonymement, à la revue libérale-conservatrice romande Bibliothèque universelle en parallèle de son mandat gouvernemental. Un mélange des rôles inimaginable aujourd’hui! Des écrits qui permettent néanmoins de comprendre sa ligne politique, ce qui peut parfois s’avérer difficile avec nos magistrats contemporains.
Un mystère à dissiper
Au départ radical du canal historique, Droz nuança ses positions centralisatrices et sociales une fois au pouvoir, constatant les risques que font peser de telles politiques sur les libertés individuelles. Cet ami du Zurichois Alfred Escher, fondateur notamment du Crédit Suisse et l’un des pionniers du rail helvétique, évoluera même vers un libéral-conservatisme qu’il défendra jusqu’à la fin de sa vie une fois retiré de l’exécutif en 1892. Décédé sept ans plus tard, il n’expliqua hélas jamais ce virage de pensée, comme le regrette Olivier Meuwly à la fin de son ouvrage:
«Son glissement d’un radicalisme pur et dur vers un libéralisme conservateur affirmé le rend fascinant, même si son « oubli » de préciser les tenants et aboutissants de son évolution philosophique ternit un peu son statut d’intellectuel de la politique», note le contributeur au Regard Libre. «Cela fait aussi partie de son mystère, qu’une étude approfondie de ses archives dissipera peut-être un jour. On ne peut que le souhaiter.»
Philosophe de formation et journaliste de profession, Jonas Follonier est le rédacteur en chef du Regard Libre. Ecrire à l’auteur: jonas.follonier@leregardlibre.com
Vous venez de lire un portrait tiré de notre dossier «Nos héros», publié dans notre édition papier (Le Regard Libre N°118).

Olivier Meuwly
Numa Droz, Artisan de la diplomatie suisse
Ed. Infolio
2025
64 pages
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