La lecture de Pascal Couchepin: «La splendeur et l’infamie»
Le Regard Libre N° 83 – Pascal Couchepin
Chaque mois, retrouvez la chronique d’une des personnalités qui nous font le plaisir de prendre la plume en alternance. Actualité, histoire, politique et philosophie: plongée dans les lectures de l’ancien conseiller fédéral Pascal Couchepin.
La vie de Winston Spencer Churchill a suscité, on s’en doute, beaucoup d’ouvrages biographiques ou à vocation biographique. Plus de mille, estime-t-on. A leur tête, la biographie «officielle» de Sir Martin Gilbert comporte 8 volumes accompagnés de 50’000 pages de documents.
Depuis leur parution dans les années 1960, d’autres auteurs, se fondant sur de nouveaux témoignages ou des documents inédits, se sont attaqués à d’autres aspects de ce géant que fut Churchill. En français, on dispose depuis 2020 de la traduction de la biographie monumentale (plus de mille pages) écrite par Andrew Roberts. C’est devenu une référence. Elle en dit beaucoup sur le grand homme, ses traits de caractère et son entourage. Et pourtant, elle interpelle le lecteur sur la vie quotidienne, la capacité de survie psychique et physique du Premier Ministre au cœur de la tragédie gigantesque et éprouvante que fut le début de la guerre et la bataille d’Angleterre. On évoquera l’évacuation de Dunkerque, l’entrée en guerre de l’Italie, la capitulation de la France, les bombardements préludes à une invasion de l’Angleterre.
«Churchill put s’appuyer sur des collaborateurs dévoués et parfois de grand talent»
L’américain Erik Larson, dans un ouvrage récent intitulé La Splendeur et l’Infamie (Editions du Cherche Midi), répond à cette attente. Son récit est une sorte de journal presque quotidien de la période allant de la nomination de Churchill comme premier ministre au printemps 1940 à la fin de l’année 1941, peu après la déclaration de guerre de l’Allemagne aux Etats-Unis le 11 décembre 1941.
Churchill, depuis la chute de la France, attendait ce moment qui, pour lui, garantissait la victoire finale. Pendant les deux premières années, sans Churchill, sa conviction que la survie de l’Empire britannique était en jeu, son courage physique, sa «ténacité d’insecte», une bonne dose d’arrogance aristocratique, mais aussi pas mal d’alcool et plus prosaïquement deux longs bains par jour, la guerre eût été perdue. Churchill a eu l’audace et l’intelligence, malgré son anti-communisme viscéral et le précédent du Pacte germano-soviétique, d’intégrer l’URSS dans la coalition des démocraties anglo-saxonnes après l’agression allemande contre l’URSS.
Churchill, comme de Gaulle, n’aurait sans doute jamais atteint le sommet du Pouvoir en période de paix. L’échec électoral de Churchill comme de Gaulle après la guerre le confirme. En temps de guerre, il fallait des hommes de cette trempe pour maintenir le cap et tout subordonner à l’objectif final, la victoire. Larson évoque, outre les déboires militaires initiaux, d’autres événements de nature plus intime, les dettes du premier ministre, les déceptions familiales, qui auraient normalement miné la confiance en soi de personnalités ordinaires. Et puis, en Grande Bretagne, la vie politique et ses luttes de pouvoir ne cessèrent pas, même pendant la guerre. Heureusement Churchill put aussi s’appuyer sur des collaborateurs dévoués et parfois de grand talent, tel Lord Beaverbrook.
Crédit photo: © Pixabay

Erik Larson
La Splendeur et l’Infamie
Le Cherche-Midi
2021
688 pages
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