Le Conseil de Nicée, un cas unique
Le Conseil de Nicée, auquel vient d’être consacré un livre, mérite toute notre attention, tant il est rare que des décisions prises par une assemblée il y a 1700 ans s’imposent encore aujourd’hui.
A ma connaissance, il est rare, voire unique, que des décisions prises par une assemblée il y a 1700 ans s’imposent encore aujourd’hui aux adhérents de cette institution. Tel est pourtant le cas des décisions prises lors du Concile de Nicée en 325 en matière de dogme, sur les rapports du Père et du Fils dans la Trinité, la manière de fixer la date de Pâques, ainsi que d’autres points. Le petit livre de Claire Reggio, enseignante à l’université d’Aix-Marseille, nous plonge dans le climat politique, religieux et théologique des IIIe et IVe siècles qui aboutit à la convocation par l’empereur Constantin du premier Concile œcuménique, c’est-à-dire universel, réunissant des évêques de tous les pays en voie de christianisation. L’évêque de Rome manqua à l’appel, invoquant son âge, mais il adhéra aux conclusions de l’Assemblée. Nicée fut suivie d’autres conciles qui précisèrent la confession de foi de 325 sans en altérer l’essentiel, qui est aujourd’hui encore partagé par les plus de deux milliards de chrétiens.
Quelle était l’intention de Constantin en convoquant cette réunion? Les empereurs romains considéraient que «la paix des dieux» était essentielle au bon fonctionnement du système impérial. L’irruption du christianisme troublait cette paix. Plusieurs empereurs, dont Dioclétien quelques années auparavant, tentèrent d’éradiquer, tout au moins de limiter l’extension du christianisme par la force. En vain! Constantin lui-même se soumit au début de sa carrière, comme son père et ses légions, à Apollon-Sol Invictus, divinité solaire et universelle.
Toutefois, Constantin était un pragmatique. Sa mère, Hélène, était chrétienne. Diverses circonstances poussèrent Constantin à plus de tolérance. En 313, à Milan, à l’issue d’une rencontre avec son concurrent Licinius, une lettre circulaire fut rédigée qui, à l’initiative de Licinius, Auguste d’Orient, fut affichée à Nicomédie. Ce fut l’Edit de Milan, qui autorisait officiellement toutes les croyances mais favorisait le christianisme.
La paix des dieux n’était pas acquise pour autant. Les divisions entre chrétiens étaient profondes. Plus tard, Grégoire de Nysse dit de cette époque: «Demandez qu’on vous change de la monnaie, on vous fera un discours sur l’engendré et l’inengendré…» Constantin eut l’idée de convoquer un concile universel, alors qu’auparavant il y avait eu des conciles régionaux. La convocation fixa le lieu de réunion à Nicée, facile d’accès puisque au bord de la mer, bénéficiant de locaux adéquats et profitant (sic) d’un bon air. Constantin ouvrit l’assemble en grande pompe, mais n’intervint pas dans les débats théologiques. Il donna aux décisions finales, issues d’un consensus laborieux, l’appui de son autorité. Le résultat du concile mit du temps à s’imposer à tous, mais finit par le faire… Avec le temps, d’autres questions ou problèmes divisèrent la chrétienté.
Qu’il me soit permis de terminer par une anecdote. Lors d’un séjour au mont Athos, l’évêque de la presqu’île me suggéra d’adhérer à l’orthodoxie. Je lui dis que, à ma connaissance, les divergences entre catholiques et orthodoxes étaient si restreintes que je ne voyais pas l’intérêt d’un changement d’Eglise. L’évêque, avec affabilité mais conviction, me répliqua qu’il avait écrit en grec un livre sur les erreurs de l’Eglise latine. En réponse à une question de ma part, il précisa que le livre contenait 600 pages. Je lui promis de le lire lorsque il serait traduit en français, pensant ainsi m’en tirer. Malheur à moi, je n’imaginais pas que ChatGPT m’obligerait à ne pas tenir ma promesse!
L’ancien conseiller fédéral Pascal Couchepin partage chaque mois une lecture qui l’a marqué.
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