La menace nucléaire depuis ses origines

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écrit par Sébastien Lapaire · 22 décembre 2024 · 0 commentaire

Dans son nouveau livre Pax atomica?, fondé sur trente ans d’expérience, le démographe Bruno Tertrais retrace l’histoire de la bombe nucléaire et défend l’idée qu’elle a été et restera un facteur de paix entre les Etats… A quelques nuances près.

Poutine, sur un ton menaçant, fait allusion régulièrement à la puissance nucléaire de son pays. De son coté, Israël, qui est aussi une puissance nucléaire, n’en parle jamais. L’Iran est à quelques pas de l’acquisition de cette arme. La Corée du Nord, Etat imprévisible si il en est, la possède. L’arme atomique confère à ceux qui la détiennent un statut particulier. Elle n’a pourtant été utilisée que deux fois, par les Américains, à Hiroshima et à Nagasaki. Jusqu’à ce jour, elle a davantage été un instrument de dissuasion que de destruction. En sera-t-il ainsi à l’avenir? Tout le monde l’espère, mais est ce réaliste?

Dans Pax Atomica, Bruno Tertrais étudie l’histoire de la bombe, les étapes de l’acquisition de l’arme nucléaire par les Etats-Unis puis d’autres pays, dont l’Union des républiques socialistes soviétiques (URSS) en 1949, la Grande Bretagne et la France, Israël, la république populaire de Chine, l’Inde et le Pakistan, la Corée du Nord. Alors que, dans l’histoire, une guerre entre grandes puissances éclatait tous les 40 ans en moyenne, depuis 1945 le monde jouit d’ «une Longue Paix». Certes, des conflits secondaires, souvent douloureux, ont marqué ce temps, mais les pays possédant l’arme nucléaire ne se sont pas pris à la gorge. Il y a eu des alarmes, des moments de grand risque. On s’est trouvé parfois au bord du précipice, comme lors de la crise de Cuba, mais la guerre nucléaire a pu être évitée.

Tertrais étudie les diverses théories de la dissuasion et les conditions de son succès. Elles se fondent sur le présupposé de l’existence «d’acteurs rationnels» et sur le risque certain d’une frappe de retour. Ce dernier point a forcé les détenteurs de la bombe à développer des moyens de riposte variés, dont les sous-marins, armés de fusées à ogives nucléaires, en plongée permanente.

Avec les ans, l’arsenal nucléaire mondial s’est développé. De nouveaux Etats ont accédé à la bombe. Tous ont aussi des engins de moindre puissance utilisables sur un espace plus réduit. On distingue ainsi, bien que le nucléaire reste le nucléaire, les armes stratégiques des armes tactiques.

Quelle riposte faut-il exercer en cas d’usage de l’arme atomique de terrain? Les Américains promettent pour ce cas une riposte conventionnelle de grande intensité. Et après, que se passe-t-il? La réflexion se poursuit à l’échelle des pays et du monde. Mais pour tous, y compris notre Suisse pacifique, la menace de l’arme nucléaire ne nous libère pas de la nécessité d’avoir une armée conventionnelle respectée et respectable, si l’on ne veut pas être livré au chantage des grandes puissances nucléaires.

Tertrais nous livre un proverbe japonais qui sera notre conclusion inquiète: «Ce n’est qu’après avoir vu les portes de l’Enfer qu’on rebrousse chemin.»

Vous venez de lire une chronique tirée de notre édition papier (Le Regard Libre N°112).

Bruno Tertrais
Pax atomica? Théorie, pratique et limites de la dissuasion
Odile Jacob
Janvier 2024
208 pages

Sébastien Lapaire
Sébastien Lapaire

Correspondant au Palais fédéral pour «L’Agefi», auteur-compositeur-interprète et essayiste, Jonas Follonier est le fondateur et rédacteur en chef du «Regard Libre».

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