La crise de l’école exige un sursaut de la droite

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écrit par Sébastien Lapaire · 08 octobre 2025 · 0 commentaire

Les enquêtes sont unanimes: le niveau de connaissance de base des élèves en Suisse s’effondre. Le PLR, désormais en charge des départements de l’éducation dans plusieurs cantons romands après un long pouvoir de la gauche, est attendu au tournant.

Savoir lire, écrire et compter: voilà des compétences fondamentales que l’école primaire échoue de plus en plus à transmettre. Ce constat de bon sens se vérifie dans les enquêtes officielles. Selon le classement du Programme international pour le suivi des acquis des élèves (PISA) de l’OCDE, réalisé tous les trois ans pour la Suisse depuis 2000, les compétences des élèves helvétiques de 15 ans, bonnes en moyenne internationale, sont en déclin. La progression de l’écart de la Suisse avec les autres pays lors du dernier test de 2022 ne s’explique que par une baisse de niveau généralisée au niveau mondial.

Les employeurs ne s’y trompent pas non plus. «Nos membres s’inquiètent d’un recul des connaissances de base», déclarait en août le directeur romand de l’Union patronale suisse, Marco Taddei, au magazine Bilan. Que les jeunes soient mieux armés que par le passé dans des branches comme l’informatique n’y change rien. Cet argument récurrent est d’autant plus étrange que la généralisation de cette technologie explique évidemment que les jeunes la maîtrisent de plus en plus.

Une tâche ardue

La gauche ne partage pas ce constat. Pour elle, l’exigence sonne comme de l’élitisme, comme l’ont encore montré les socialistes et les Verts genevois en 2022 en voulant supprimer les classes à niveaux au secondaire I. On sait pourtant que le nivellement par le bas nuit surtout aux élèves issus des familles les plus modestes. Longtemps, la gauche a été au pouvoir en Suisse romande, exception faite du mandat guère convaincant d’Oskar Freysinger à la tête du Département valaisan de la formation de 2013 à 2017 – un cas à prendre à part, ne serait-ce que parce que l’élu UDC n’avait pas le profil d’un membre d’exécutif.

C’est un non-sens pour la droite d’avoir délaissé l’éducation au profit de l’économie ou de la défense. Plusieurs auteurs libéraux de référence, à l’image de Tocqueville, considèrent l’éducation comme un élément clé de l’émancipation individuelle. Sans elle, pas d’innovation, pas de tolérance… Il n’y a rien de plus stratégique que la formation des enfants. D’ailleurs, tous les régimes totalitaires concentrent une grande partie de leurs efforts sur l’école.

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Maintenant que le PLR suisse a fait de l’éducation l’un de ses axes forts et que le parti a la main sur les départements dédiés des cantons de Vaud, de Genève et de Neuchâtel, on attendrait que les choses changent. Certaines causes auxquelles s’attaquer sont connues et dépassent le cadre des salles de classe: manque d’autorité des professeurs (y compris auprès des parents), présence importante d’allophones (y compris parmi les parents), idéologie de l’enfant-roi et distractions liées aux écrans (y compris à la maison)…

Il s’agirait d’enfin faire sauter ces tabous. Toutefois, même à supposer que la droite «respectable» le veuille, elle doit composer avec l’hostilité de syndicats soi-disant représentatifs du corps enseignant et d’une administration censément au service du gouvernement élu – et non l’inverse.

La tâche est donc ardue. Une étude de la Conférence suisse des directeurs cantonaux de l’instruction publique parue cette année montre que moins de la moitié des élèves romands atteignait les objectifs de maîtrise de l’orthographe. Cette énième preuve du désastre, basée sur l’année 2023, doit servir de détonateur de la dernière chance. Frédéric Borloz avait eu raison de réaffirmer la maîtrise du français comme compétence fondamentale dès son arrivée à la tête du Département vaudois de l’enseignement en avril 2022. Une prise de conscience qui doit être plus générale et suivie d’actes.


Pas de libre choix de l’école

La baisse de niveau préoccupe les parents. C’est notamment pour cela que, selon un sondage de l’institut Sotomo publié en 2023 pour la fondation Mercator, 60% d’entre eux ne seraient pas contre le fait d’inscrire leur enfant dans une école privée. Or, ils ne sont qu’environ 5% à le faire. En effet, peu de familles peuvent se permettre de débourser des dizaines de milliers de francs par an. Et toutes paient déjà des impôts pour financer les établissements publics et certains des semi-privés.

Un chèque éducation, tel que l’avait proposé l’économiste américain Milton Friedman, permettrait à chaque foyer de choisir librement le lieu de scolarisation de ses têtes blondes. Ce système, qui remplacerait l’impôt, forcerait les diverses institutions de formation à être attractives, en proposant le meilleur ratio qualité-prix. Comme l’a relevé le groupe de réflexion libéral Avenir Suisse en avril, le fédéralisme permettrait d’expérimenter cette mesure à petite échelle. Cependant, tous les cantons ayant dû se prononcer sur cette idée l’ont pour l’heure rejetée, dont la Landsgemeinde de Glaris en mai.


Philosophe de formation et journaliste de profession, Jonas Follonier est le rédacteur en chef du Regard Libre. Ecrire à l’auteur: jonas.follonier@leregardlibre.com.

Vous venez de lire une analyse tirée de notre dossier «L’enfance en crise» publié dans notre édition papier (Le Regard Libre N°120).
Sébastien Lapaire
Sébastien Lapaire

Correspondant au Palais fédéral pour «L’Agefi», auteur-compositeur-interprète et essayiste, Jonas Follonier est le fondateur et rédacteur en chef du «Regard Libre».

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