Suisse et Europe: quand les impôts financent l’islam politique

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écrit par Sébastien Lapaire · 12 février 2023 · 0 commentaire

Fondatrice du Forum pour un islam progressiste, l’essayiste zurichoise d’origine tunisienne Saïda Keller-Messahli s’inquiète de la présence de l’islamisme en Suisse et en Europe, s’immisçant jusque dans les instances étatiques et internationales.

Elle-même musulmane, née en 1957 en Tunisie avant d’être placée dans une famille d’accueil à Grindelwald à l’âge de sept ans, Saïda Keller-Messahli se distingue dans le débat public par un discours alarmant sur l’islamisme en Suisse. Titulaire du Prix suisse des droits de l’homme 2016, elle enquête depuis des années, hors des carcans académiques, sur les mosquées helvétiques, qu’elle estime dans leur majorité sous influence des Frères musulmans – un sujet auquel elle a consacré un documentaire. Fervente universaliste, elle n’hésite pas à soutenir certaines causes aux côtés de la droite conservatrice, comme avec l’UDC pour la défense de l’initiative contre le port du niqab, acceptée par les Suisses en 2021.

Le Regard Libre: Avant toutes choses, mettons-nous d’accord sur les termes. Quelle est votre définition de l’islam politique?

Saïda Keller-Messahli: J’ai grandi dans une famille musulmane où la religion était quelque chose de très naturel: on en parlait, mais ce n’était pas important. Je disais même à mes parents que je ne croyais pas en Dieu. Ils en riaient. Environ deux ans avant de décéder, mon père m’a dit: «Ça y est, j’apprends à prier, on ne sait jamais…» Je lui ai donc demandé s’il avait fait ses cinq prières du jour, et il m’a répondu: «Non, non, juste deux.» En plus d’avoir de l’humour à propos de la religion, mon père buvait du vin. Du reste, les gens le savaient et ce n’était pas du tout un problème. Depuis la révolution iranienne de 1979, les mouvements islamistes, qui avaient été combattus depuis les années 50 dans des pays comme la Tunisie, l’Egypte, la Syrie ou le Liban, sont devenus plus forts. C’est là que tout a commencé. Voilà qu’un pays, l’Iran, avait réussi une véritable révolution islamique! L’idéologie islamiste véhicule cette idée que la vie dans les pays musulmans s’est détériorée parce qu’on y aurait abandonné le «véritable» et «pur» islam du VIIe siècle.

C’est au fond une idéologie de la restauration.

Exactement. Selon cette idéologie, tout irait mieux si l’on revenait à la «source pure» de islam, un islam politique justement, qui règle toutes les dimensions de la vie. Les islamistes ont raison: l’islam régit tous les aspects de l’existence. Seulement, je le vois personnellement comme un problème, alors qu’eux le présentent comme une solution à tout. Les islamistes veulent qu’il n’y ait plus de différence entre la sphère privée et la sphère publique. Selon le slogan des Frères musulmans, le Coran est leur constitution et l’islam est la solution. C’est aussi ce qu’a déclaré Morsi, le président de l’Egypte issu des Frères musulmans, au pouvoir pendant un an. C’est au fond ce que dit également Erdogan, l’actuel président de la Turquie. Cette idéologie est à combattre, car elle extrait la religion de la sphère privée et de sa seule dimension spirituelle pour en faire un phénomène totalisant, qui plus est contraire à nos valeurs universelles, telles les Droits de l’Homme.

La religion catholique a aussi une dimension sociale, politique. De même que le judaïsme… Le problème de l’islamisme ne résiderait-il pas dans le contenu de ses propositions politiques, plutôt que dans le simple fait qu’il ait un discours sur tous les aspects de la vie?

Vous avez raison: l’islamisme pose particulièrement problème par le contenu de l’islam qu’il propose, datant du VIIe siècle, qui n’est pas compatible avec notre vie démocratique. Les islamistes réclament par exemple le voile pour les femmes, vont jusqu’au tribunal pour les défendre quand leur tenue viole la loi (en France ou en Suisse, par exemple), créent un discours victimaire en déclarant que nos pays sont «islamophobes», etc. La simple mise en pratique de ces propositions sociales, politiques, pose donc de sérieux soucis.

Vous parlez de l’islamophobie, un concept inventé pour empêcher toute critique de l’islam. Vous-même, bien que musulmane, figurez depuis 2017 dans le Rapport sur l’islamophobie en Europe. Qui établit ce document ?

La publication de ce «European Islamophobia Report», édité depuis 2015, est dirigée par les politologues autrichiens et musulmans Farid Hafez, de l’Université de Salzbourg, et Enes Bayrakli, de l’Université turco-allemande à Istanbul. En ce qui concerne Farid Hafez, son domicile a fait l’objet d’une perquisition en 2020 dans le cadre d’une opération que la police autrichienne menait contre les Frères musulmans. Il semble depuis avoir quitté l’Autriche pour les Etats-Unis, où il a un poste au Centre «H.R.H. Prince Alwaleed bin Talal Center for Muslim-Christian Understanding» de l’Université de Georgetown. Ce centre compte sur un important financement de ce prince et milliardaire saoudien. En 2005, il a reçu 20 millions de dollars. Enes Bayrakli, lui, est allé présenter son rapport à la CAGE, une organisation britannique qui prétend défendre les détenus musulmans. En réalité, la CAGE défend surtout les islamistes – on trouve par exemple sur Instagram la défense de l’imam Hassan Iquouissen, expulsé de France, ainsi que de l’islamiste Abdelhakim Sefrioui, qui a inspiré le tueur du professeur Samuel Paty. Pour revenir au rapport, tous les sponsors annoncés sur la première page sont turcs. Les deux co-directeurs du rapport comptent sur des collaborateurs « spécialisés dans le racisme et les droits de l’homme » qui, dans chaque pays, leur fournissent une liste d’islamophobes.

Les auteurs des différentes éditions de ce rapport vous reprochent entre autres votre proposition d’établir un registre et un système d’autorisation des imams en Suisse…

Oui. A mon avis, je suis apparue sur leur radar quand j’ai commencé à enseigner et donner des conférences en Autriche. Les auteurs de ce document ne comprennent rien à la scène helvétique, ils n’ont jamais fait de recherches en Suisse. Me voilà donc «islamophobe», puisque, effectivement, je critique l’islam et en particulier sa dimension politique, et que je prône parfois des mesures, en tant que citoyenne, pour prévenir, contenir, combattre un islam radical en Suisse et en Europe. Notez que mon amie Seyran Ates, avocate et titulaire d’une formation d’imam, qui travaille à ce titre dans notre mosquée libérale que j’ai co-fondée à Berlin en 2017 [ndlr: la mosquée Ibn-Rushd-Goethe représente un islam qui sépare le pouvoir laïc du pouvoir religieux et s’intéresse à une interprétation contemporaine du Coran et du Hadîth], apparaît aussi dans ce rapport. C’est le cas également d’autres amis très engagés et reconnus pour leur travail sérieux, tels que l’historien Heiko Heinisch ou le professeur d’Université Mouhanad Khorchide.

Comment est financé ce rapport ?

Jusqu’il n’y a pas si longtemps, l’Union européenne (UE), c’est-à-dire les contribuables des Etats-membres, le finançait à hauteur de quelque 130’000 euros! Avec d’autres personnes concernées, nous avons écrit une lettre de protestation, il y a trois ans, à Ursula von der Leyen. Depuis, l’UE ne finance plus ce rapport. Mais il est aussi financé par une fondation liée au gouvernement turc, la SETA. Parfois, pour mettre fin à une absurdité ou à une injustice, il suffit de faire un tout petit peu de résistance avec des personnalités qui partagent votre combat. Nos adversaires sont très bien organisés; il faut que nous le soyons aussi.

Un amendement de l’eurodéputé français François-Xavier Bellamy, demandant que l’UE ne finance plus aucune campagne de promotion du voile islamique, comme elle l’a fait il y a quelques mois, a été accepté par le Parlement européen en automne dernier. Est-ce une décision importante pour la lutte contre l’islam politique ?

A l’évidence. Mais c’est un peu l’exception qui confirme la règle, hélas. Le simple fait que les instances européennes soutiennent encore à coup de centaines de milliers d’euros une association islamiste comme le Forum des jeunes et des étudiants musulmans européens (FEMYSO) ou que des députés du groupe parlementaire des Verts / Europäische Freie Allianz EFA soutiennent le FEMYSO ou l’EFOMW – organisation des Frères Musulmans pour les femmes musulmanes à Bruxelles – montre qu’elles ne voient pas le problème. J’ai une fois demandé à l’eurodéputée allemande Monica Hohlmeier, de la Christlich-Soziale Union (CSU), comment de telles choses étaient possibles. Elle m’a répondu que l’UE se contente d’établir des critères formels pour les demandes de soutien. L’institution ne regarde donc pas vraiment qui se trouve derrière les dossiers, tant que les critères formels sont respectés. Il faut changer cela en étant plus regardant sur l’origine des demandes.

Cap sur la Suisse. Des membres du Réseau Laïque Romand, auquel vous êtes liée, ont découvert que le Centre de Formation Professionnelle Arts de Genève – nous le révélons dans le cadre de cette interview – présente dans sa brochure pour le cursus de design d’intérieur une étudiante voilée, dans cinq positions différentes (voir image ci-dessous). Qu’est-ce que cela vous évoque?

Cette image illustre à merveille la volonté des Frères musulmans de mettre en place une société où les femmes musulmanes ne sont que celles qui portent le voile. Voilà des instances éducatives, publiques, qui s’affichent pour la diversité, contre l’exclusion, mais qui soutiennent en fait le discours qu’ils prétendent combattre, à savoir un discours inégalitaire, porteur d’exclusion entre les hommes et les femmes et entre les musulmans et les non-musulmans. J’ai l’impression que c’est par ignorance que l’école en question laisse passer cela, tellement c’est gros.

Brochure CFP Arts Genève
Un flyer du Centre de Formation Professionnelle (CFP) Arts de Genève, pour promouvoir la filière Dessin en architecture d’intérieur. Contacté par Le Regard Libre, l’établissement invoque «l’esprit d’ouverture et de créativité» dans lequel cette illustration a été pensée. Le prospectus est encore disponible sur la site du CFP Arts de Genève.
Il y a eu récemment une autre affaire semblable, mais plus interpellante encore, révélée dans le média watson par mon confrère Antoine Menusier, familier de nos colonnes. Une brochure de cours utilisée dans une école primaire genevoise laissait voir deux fillettes – et non plus de jeunes femmes! – portant le voile. Apparemment, il s’agirait de la reprise négligente d’une illustration prétexte sur une banque d’images gratuites en ligne. Je peux confirmer, utilisant parfois ces plateformes pour l’habillage visuel du Regard Libre, que bientôt une femme sur deux présentes sur ces illustrations porte le voile.

J’ai également pu constater ce phénomène. On peut en partie l’attribuer au travail politique des Frères musulmans, qui maîtrisent l’art d’imposer des images dans l’espace public. L’espace public, ce sont aussi les médias, d’ailleurs. Mais c’est en arrivant jusque dans un prospectus d’école que les islamistes et leurs partisans peuvent estimer avoir réussi. Car ils peuvent compter sur cette probabilité que les élèves, après avoir été confrontés à cette représentation, la prennent avec eux: la fille musulmane, c’est seulement celle qui porte le voile. Une vision minoritaire et rigoriste de l’islam.

Que faire face à cette problématique: la police des images?

Il faut être conscient de l’effet des images auxquelles nous sommes exposés. Donc oui.

Sur la base de quels critères ? La même question vaut pour les projets financés par l’UE, dont nous avons parlé.

Le respect de la loi ne suffit pas, évidemment. Il s’agit de déterminer si cette imagerie est compatible ou non avec les valeurs démocratiques et universelles. Or, faire ce travail de contrôle suppose de savoir lire les images. Les islamistes sont des champions dans ce domaine. Typiquement, on a vu à quel point il était important pour « l’Etat islamique », dès le début, de nous imposer des images, pour certaines très violentes, notamment sur internet. Je crois que beaucoup de gens sous-estiment le pouvoir de ce medium.

De manière générale, la Suisse est-elle un terreau fertile pour les islamistes en Europe ?

Oui. Depuis les années 50, des figures importantes de l’islamisme sont venues en Europe, où elles ont obtenu l’asile et ainsi pu développer leur « œuvre » en toute la liberté. La Suisse a été à cet égard un refuge important, je pense en particulier à Genève qui a accueilli Saïd Ramadan, père des prédicateurs Tariq et Hani Ramadan, et beau-fils de Hassan el-Banna, fondateur égyptien des Frères musulmans. Tariq Ramadan étant aujourd’hui mis en examen pour des viols sur cinq femmes.

Comment la démocratie libérale, qui garantit le droit d’association, la liberté religieuse, etc., peut-elle faire face au problème de l’implantation, en Occident, d’un modèle civilisationnel qui lui est hostile et lui fait concurrence ?

Si la France dispose du principe de laïcité, un instrument pratique pour traiter la problématique que vous soulevez, la Suisse n’en dispose pas, bien que certains cantons soient laïques. En Suisse, où l’on ne connaît pas de séparation aussi nette entre le politique et le religieux, on a plus de mal à poser ce genre de débats. Cela crée surtout une gêne politique pour l’Etat, qui a de la peine à s’impliquer dans des sujets religieux, parce qu’il recueillerait tout de suite des critiques. Je pense que cette ambivalence est très bien utilisée par certains représentants de l’islam politique. C’est d’ailleurs ce que constatent de nombreux journalistes dans le monde arabe: les Frères musulmans et autres salafistes profitent de droits qui leur sont garantis dans les démocraties européennes, justement parce que ceux-ci leur permettent quasiment de s’organiser comme ils l’entendent. Or nul droit n’est absolu. On ne peut tolérer l’intolérance envers notre société et les principes sur lesquels elle repose. On voit bien que ce que l’islamisme combat, c’est entre autres l’intégration sociale des musulmans en Europe. 

C’est-à-dire ?

L’agenda qui consiste à islamiser une société revient à empêcher un individu qui se trouve être musulman de s’intégrer réellement et non seulement mécaniquement à la société non-musulmane. Chez les Frères musulmans, par exemple, j’observe un fil rouge qui est la volonté de former un groupe à part. Cela va maintenant très loin: il y a par exemple des organisations d’avocats musulmans dans les pays européens, des groupes de professeurs musulmans, des scouts pour les jeunes musulmans… Une scission sociale s’est mise en place. Personnellement, je m’inquiète de l’existence de ces organisations. Le seul critère qu’ils ont en tête, c’est l’appartenance religieuse.

Le fait que ces groupes soient unis, mais qu’ils aient aussi, très souvent hélas, du ressentiment envers le reste de la société, est-ce dû à la dénonciation, par les islamistes, d’un ennemi commun à tous les musulmans?

Vous touchez à un point important : l’ennemi des islamistes, c’est l’Occident dans le sens de symbole de la modernité. Il y a derrière tout cela un procès fait à notre civilisation : c’est toujours « de la faute à la société moderne, à l’Occident colonialiste, raciste, islamophobe, sans foi, impur, etc. » s’il y a des problèmes, quels qu’ils soient.

Antoine Menusier, que nous avons déjà cité tout à l’heure, montre bien dans son Livre des indésirés – Une histoire des Arabes en France (Le Cerf, 2019) les liens qui ont uni l’islamisme à une certaine gauche altermondialiste. Notamment en Suisse.

Oui, ces liens sont très forts. Selon ces idéologies, la société moderne est toujours le centre du mal, contrairement aux personnes qui, elles, sont toujours bonnes, avant d’être corrompues par la société. Une conception rousseauiste, en somme, et qui s’avère très réductrice. Tout de même, les sociétés démocratiques ont accueilli les musulmans, moi y compris, à bras ouverts! Elles leur ont offert des possibilités dont ils ne pouvaient même pas rêver, de pouvoir faire une bonne formation, de pouvoir bien vivre, sans la peur d’être persécutés comme dans le monde dit musulman…

Un certain bien-être économique également.

Un bien-être économique considérable, vous voulez dire! Les Frères musulmans ont du reste acquis des richesses conséquentes en Europe, pas seulement avec le marché halal, mais aussi dans l’immobilier ou les assurances et banques islamiques. Ils sont présents un peu partout dans la société. Or, ils ne parlent jamais de ce succès économique, rendu possible par nos sociétés ouvertes. L’entreprise des salafistes en Europe et ailleurs consiste depuis au moins trois décades à créer une atmosphère d’ennemis: «Voici les islamophobes et nous voilà, nous, la pauvre petite minorité discriminée».

Et rien de tel qu’une bonne vieille dialectique marxiste pour offrir un cadre intellectuel à cette posture !

Totalement. D’ailleurs, qui a fait de Tariq Ramadan un homme gentil ? Le marxiste genevois Jean Ziegler – et toute une armée de professeurs gauchistes. La thèse de Tariq Ramadan, c’est connu, a été passée avec beaucoup de résistance. Les médias ont fait de lui une star de l’islam. Je n’ai jamais compris qu’on lui ait donné autant de poids en le prenant pour un modéré, alors qu’il est le petit-fils du fondateur des Frères musulmans et ouvertement financé et soutenu par le Qatar.

La rhétorique marxiste est aussi à l’œuvre actuellement auprès de féministes accusant l’Occident d’être machiste. Cela, alors qu’en aucun autre lieu sur la planète des progrès aussi importants en matière d’égalité hommes-femmes n’ont été réalisés…

Le mouvement MeToo, bien qu’il ait libéré la parole face à la violence faite aux femmes, peut aussi être un moyen arbitraire de dénonciation publique des hommes. Ce n’est pas étonnant, au fond, qu’on compte des islamistes chez les Verts [cette déclaration de Saïda Keller-Messahli dans une précédente interview a donné lieu à une plainte pénale de Pascal Gemperli – conseiller communal à Morges, associé à des mouvances salafistes par Saïda Keller-Messahli – contre cette dernière, plainte qui a abouti sur une non-entrée en matière, mais qui vient d’être relancée avec un nouvel avocat]. La gauche identitaire valide leur discours de victimisation selon lequel le capitalisme est mauvais, les hommes sont des machos, la société est raciste, etc. Bref, une dialectique « blanc ou noir ».

Et dans certains cas au sens propre !

Eh oui. Vous pensez sans doute comme moi à Black Lives Matter. Pourquoi spécifier que les vies noires comptent ? On pourrait se contenter de dire que toutes les vies comptent. Un autre point commun entre le mouvement MeToo et l’islam politique, c’est qu’ils portent un discours réducteur sur l’homme – le mâle. On ne le dit pas suffisamment : avec sa fixette sur le voile, l’islamiste déprécie la femme, certes, mais il dit aussi que l’homme ne sait pas maîtriser ses pulsions. Que tout mâle est un porc – ce qui rejoint MeToo, ou Balance ton porc !

Quant aux liaisons dangereuses entre une partie de la gauche et l’islamisme, elles tiennent aussi à des raisons électoralistes, non ? J’ose espérer que tous les islamo-gauchistes, pour ainsi dire, ne croient pas aux horreurs qu’ils racontent.

Une certaine gauche pense en effet que cela leur servira politiquement, que des gens vont les élire, alors que ce n’est pas vrai. Les islamistes, au fond, se contrefichent de la démocratie. Les lois des hommes, ils s’en balancent, seule compte pour eux la loi de Dieu. Le fait que la gauche radicale, comme celle de Mélenchon en France, pense que ces gens vont les élire, cela montre son opportunisme. Cela montre aussi sa réflexion à court terme, alors que les islamistes ont un projet à long terme. Ils se servent de la démocratie comme un moyen. Leur but? Une islamisation totale de la société, par le bas. Sur fond de retour à un âge d’or – phantasmé – de l’islam, dont ils cultivent la nostalgie.

La chercheuse indépendante Saïda Keller-Messahli mène un combat courageux contre l’islamisme, en appelant les choses par leur nom. Elle refuse du reste d’avoir une protection policière. © Aubrey Powell
Bien que vous soyez souvent consultée pour votre expertise, notamment par des magistrats et ministères de différents pays, votre ouvrage La Suisse, plaque tournante de l’islamisme. Un regard dans les coulisses des mosquées (Alphil, 2018) a été très contesté par certains spécialistes du monde universitaire. Ceux-ci vous reprochent un manque de rigueur. Que répondez-vous à ces critiques ?

Je ne me prétends ni historienne ni journaliste, mais je lis et m’informe beaucoup, y compris en arabe. J’ai le droit de mener mes enquêtes et on a le droit de les contester. J’ai eu souvent raison avec le temps, notamment sur la radicalisation de futurs djihadistes dans nos mosquées, en Suisse. Il faudrait que davantage de gens s’occupent de ces lieux de culte où l’on ne voit que des hommes et où, le weekend, les filles à l’école coranique sont séparées des garçons dès l’âge de deux ou trois ans, conditionnées au voile islamiste et exposées à un discours qui rejette toute altérité.

Croyez-vous vraiment  à la possibilité d’un islam libéral ou rêvez-vous finalement que l’islam lui-même appartienne un jour au passé?

Au fond, je plaide pour cette distance avec la religion que j’ai vécue enfant avec mes parents. Si seulement on pouvait laisser les gens vivre comme ils veulent. Cela suppose un regard critique sur l’islam, oui, ou alors une vraie réforme de cette religion. C’est le seul moyen de garantir la paix. Sinon, cela finit par exploser, comme on le voit aujourd’hui en Iran. Ne pas le reconnaître est un signe de lâcheté, à l’heure où des Iraniennes et Iraniens se font exécuter parce qu’ils se battent pour leurs libertés. Il est temps d’avoir du courage.

Ecrire à l’auteur : jonas.follonier@leregardlibre.com

Vous venez de lire une interview tirée de notre dossier sur les impôts, contenu dans notre édition papier (Le Regard Libre N°93).

Précision | Dans la version papier de cet entretien, il est écrit dans l’introduction que «Saïda Keller-Messahli se distingue dans le débat public par un discours alarmiste sur l’islamisme en Suisse». Le terme «alarmiste» était mal choisi: nous voulions écrire «alarmant».

Sébastien Lapaire
Sébastien Lapaire

Correspondant au Palais fédéral pour «L’Agefi», auteur-compositeur-interprète et essayiste, Jonas Follonier est le fondateur et rédacteur en chef du «Regard Libre».

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