L’art est-il immortel?

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écrit par Sébastien Lapaire · 12 October 2022 · 0 commentaire

Que resterait-il après la fin du monde, ou plutôt de la vie sur Terre, à la suite d’une catastrophe nucléaire ou du changement climatique? Certainement pas les œuvres d’arts. Mais peut-être la technologie. Voici un scénario tiré d’une exposition d’art numérique.

L’humain est son propre virus. La nature l’a fait naître et pourtant il la détruit. Si l’homme était réellement amené à disparaître de la Terre, la technologie pourrait lui survivre et pourquoi pas s’allier avec Mère Nature grâce à l’intelligence artificielle. L’art numérique serait ainsi la seule forme d’art existante pour témoigner du monde d’avant.

L’exposition «Au-delà du réel?» parcourt un temps où l’humain appartient à l’histoire ancienne et où le numérique, justement, est la seule potentialité artistique qu’il reste. Un temps où la Terre n’est qu’un lointain souvenir et où la crise climatique a déjà atteint son paroxysme. Ce monde d’après a été imaginé lors de Nemo, la Biennale internationale des arts numériques de la Région Ile-de-France, qui a eu lieu d’octobre 2021 à janvier 2022.

Une nouvelle forme de beauté

Quand on parle d’art numérique, on aurait tort d’imaginer une forme d’art sans autre esthétique que celle des data. L’œuvre de Fabien Léaustic Genèse d’un paysage médusé le montre. Elle nous permet d’imaginer ce que serait un paysage sans la nature pour le créer. Pour réaliser cette œuvre, l’artiste Fabien Léaustic a utilisé sa plus petite essence génétique, c’est-à-dire son ADN. Il l’a fait ensuite flotter dans de l’alcool à 90° et a photographié le résultat. Ses propres gènes se transforment ainsi en matériau empli de beauté et de poésie.

Loin d’être un rendez-vous de survivalistes ou de vendeurs de bunkers, cette biennale permet avant tout au public de porter attention au pouvoir des sciences et de la technologie face aux problèmes climatiques. Les climatologues préconisent notamment des technologies innovantes pour réduire les émissions de gaz à effet de serre et pour trouver des moyens de s’adapter aux conséquences des changements climatiques grandissants. Ainsi, grâce à des scénarios plus ou moins réalistes, cette biennale est un lieu de créativité et d’imagination qui nous permet également de regarder notre monde au-delà du visible.

Une exposition comme pôle de rencontre. Des artistes, mais aussi des astrophysiciens, philosophes, paléontologues, géographes, se sont notamment réunis autour de Blade Runner, l’œuvre célèbre de Ridley Scott. Si les arts et les sciences ont toujours eu des liens étroits, ils deviennent de plus en plus concrets lorsqu’il faut imaginer, comme dans ce film, le voyage de l’humain quittant la terre pour aller vivre dans l’espace. Dès lors, pourquoi ne pas se réunir entre experts de différentes disciplines pour analyser un film de science-fiction qui a le mérite de déchaîner les passions?

L’immortalité dans le numérique

Vient maintenant un autre sujet: est-ce qu’une biennale d’art peut faire avancer la recherche sur de telles questions? Bonne question. Au moins, l’exposition a trouvé une façon de se rendre immortelle (dans notre monde) grâce à la vidéo; le court-métrage Au-delà du réel? a été réalisé pour témoigner des œuvres elles-mêmes en mouvement. Dans ce film, une voix off commente les œuvres en suivant un scénario post-apocalyptique, où l’homme et la nature ne sont plus là, où seuls perdurent les cyborgs et la technologie. Elle parle de cette exposition comme d’un nouveau monde, un paysage électromagnétique:

«Une ville monde, un système technologique qui englobe tout et qui voit tout, puissant et intelligent. Une servilisation idéale. Une vie algorithmique où tout est analysé, quantifié, transparent. Il n’y a aucune surprise, juste du calcul. L’intelligence pure. La pure data. Il me semble impossible pour les humains et la nature de rester ici dans cet espace hautement technologique, où chaque mouvement et émotion sont analysés, stockés et quasiment régulés. Parce qu’ici, vous, humain et nature, je suis vivant, et vous êtes morts.»

Si ce court-métrage porte la volonté de retracer la curation d’une exposition, il véhicule avant tout la mission de faire réfléchir sur l’avenir de la technologie. Si elle pourrait nous survivre, elle a également le pouvoir de nous détruire: c’est là tout le paradoxe que vient nous rappeler cette exposition interdisciplinaire.

Ecrire à l’auteure: aude.robert-tissot@leregardlibre.com

Crédit photo: © Pixabay

Vous venez de lire un article tiré de notre dossier «La fin du monde» publié dans notre édition papier (Le Regard Libre N°89).

Sébastien Lapaire
Sébastien Lapaire

Correspondant au Palais fédéral pour «L’Agefi», auteur-compositeur-interprète et essayiste, Jonas Follonier est le fondateur et rédacteur en chef du «Regard Libre».

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