Du péché mortel à la rédemption

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écrit par Sébastien Lapaire · 10 septembre 2025 · 0 commentaire

Dans cette tribune, le journaliste automobile indépendant Gil Egger dénonce les entraves politiques à ce qu’il considère être un «instrument de notre progrès».

Trouvez-moi un pays qui se serait développé sans l’automobile au cours du dernier siècle et demi. Ne cherchez pas, il n’y en a pas! Bien sûr, toutes sortes d’autres moyens de transport sont apparus. Aucun n’est aussi unique, pourtant. Car la caractéristique première de la voiture est d’être un incomparable instrument de liberté. Au service du travail comme des loisirs, elle a accompagné l’aventure humaine dans ce qu’elle a de plus audacieux. Il est difficile d’imaginer aujourd’hui les familles s’entassant (c’est le mot) dans des voitures qui mesuraient un bon vingt centimètres de moins en largeur que celles qui nous connaissons. Sans air conditionné, pour des trajets sur des routes parfois improbables (Ah! Les fameux panneaux «trous en formation» parsemant les nationales et les départementales françaises…), sans aides à la conduite, ni de vraie sécurité. C’était un autre temps. Celui où se manifestait un immense désir de se déplacer.

Aujourd’hui, la liberté est devenue un péché. Comment expliquer autrement l’attitude des politiques, si prompts à asséner des contraintes et des pénalités financières à la voiture? Ils ont même été capables de trahir leur mission en infligeant une taxe sur une taxe: la TVA sur le carburant et sa célèbre surtaxe. Comment leur faire encore confiance après ça? En Suisse romande, la plus vieille autoroute du pays aurait dû subir une cure de jeunesse et un élargissement à trois voies depuis longtemps. Tabou! Péché!

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Rien n’y fait et adieu la culpabilité: les automobiles se vendent bien. Le couperet européen interdisant les moteurs thermiques a beau jouer l’épouvantail, les autos à essence et au diesel continuent leur route. Le progrès incroyable de l’ingénierie a divisé les consommations de manière spectaculaire. Même la voiture électrique, présentée comme la sauveuse de la planète, ce qui est abusif, se présente sous des atours d’un modernisme bluffant.

Dans aucun autre domaine la sécurité n’a autant progressé. A tel point que plusieurs constructeurs s’engagent à ce qu’aucune personne ne puisse être tuée ou gravement blessée dans leurs voitures à l’horizon d’une paire de décennies. En parallèle, de nouvelles voies ouvrent des perspectives réjouissantes, à l’image de l’hydrogène, pour nourrir des piles à combustible ou servir de carburant, ou celle des diverses synthèses recourant au CO2 et à la biomasse pour alimenter les stations-service, qui ne demandent qu’à poursuivre leur carrière.

Qui veut réduire cette liberté? Toujours les mêmes. En installant un enregistreur, sorte de mouchard utile en cas d’accident, et promis, qui ne surveillera pas l’usage de la voiture (pour taxer chaque kilomètre). En faisant communiquer le réseau avec les véhicules, encore une fois, pour fluidifier le trafic, mais qui dit que cela s’arrêtera là?

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La voiture a prouvé son utilité, sa vocation de réduire les distances entre les familles et les individus. Elle a créé une formidable industrie, sans cesse sous pression pour devenir plus vertueuse. Des centaines de milliers d’emplois, des centres de recherche, des innovations permanentes: elle a beau être fustigée, elle reste un élément essentiel de notre humanité. Tous ces efforts ont fait d’un épouvantail pollueur un facteur central du développement technologique, industriel et humain.

Y aurait-il des ombres au tableau? Limiter cette liberté est toujours tentant. Ainsi, la fourniture d’électricité n’est pas le fait de compagnies concurrentes, à l’image des pétrolières, qui ont toujours permis la livraison partout et en tout temps, sauf rares exceptions. Les entreprises électriques ne sont pas du même acabit. Avoir appris que la Californie risquait d’interdire la recharge des autos si la température augmentait trop montre que nous ne sommes plus dans le même modèle. Donc, merci à l’auto, mais surveillons ceux qui manipulent son destin: ces politiciens trop préoccupés par les plus tatillons des contrôles. Laissez-la vivre et elle continuera à nous étonner en étant un instrument de notre progrès. Elle répondra, comme nul autre moyen de transport, à notre besoin de liberté.

Gil Egger est journaliste automobile pour plusieurs titres et préside l’Association indépendante des journalistes suisses (ch-media).

Vous venez de lire une tribune tirée de notre dossier «La bagnole sous la loupe», publié dans notre édition papier (Le Regard Libre N°119).
Sébastien Lapaire
Sébastien Lapaire

Correspondant au Palais fédéral pour «L’Agefi», auteur-compositeur-interprète et essayiste, Jonas Follonier est le fondateur et rédacteur en chef du «Regard Libre».

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