Terrorisme: le massacre des Jeux de Munich

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écrit par Sébastien Lapaire · 20 juin 2024 · 0 commentaire

Le 5 septembre 1972, onze athlètes israéliens sont assassinés lors des Jeux olympiques de Munich, sur fond de conflit israélo-palestinien. Rétrospective sur une tragédie ancrée dans la mémoire collective.

L’héritage des Jeux olympiques (JO) de Munich est encore lourd à porter outre-Rhin. En plus de la gestion calamiteuse de la prise d’otages à l’époque, le gouvernement allemand fit preuve d’une criante inertie: absence d’excuses publiques, inauguration d’un mémorial 45 ans après (en 2017), indemnisation des familles des victimes close en 2022… C’est donc une plaie non refermée qui s’offre à la mémoire encore aujourd’hui, à quelques semaines du lancement des Jeux de Paris 2024.

Les faits

Le 5 septembre 1972, vers 4 h 30 du matin, un commando palestinien affilié au groupe terroriste Septembre noir pénètre dans le village olympique et prend onze athlètes israéliens en otage dont deux sont tués d’emblée. Les terroristes réclament la libération de 236 prisonniers palestiniens détenus en Israël et menacent d’abattre leurs neuf otages restants. Les images font le tour de la planète alors que les négociations sont lancées avec les autorités ouest-allemandes.

Dans la soirée, des bus sont affrétés pour les terroristes en direction de l’aéroport militaire. L’embuscade tenue sur place par la police allemande échoue. L’opération de sauvetage tourne au fiasco. Les assaillants, voyant que l’on s’est joué d’eux, échangent des tirs avec les forces de l’ordre, et finissent par assassiner les neuf otages. L’opération terroriste aura duré vingt heures et se sera soldée par la mort des onze otages israéliens, d’un policier allemand et de cinq terroristes. Le lendemain, un hommage est rendu aux victimes, mais les Jeux reprennent après une trêve de seulement 34 heures.

Une sécurité mal assurée

Derrière l’attribution des Jeux olympiques de 1972 à Munich, il y avait la volonté de faire oublier ceux de Berlin en 1936, qui avaient servi de vitrine au régime hitlérien. Les organisateurs entendaient aussi rompre avec la dimension très politique des Jeux de 1968 à Mexico, marqués par le massacre d’étudiants contestataires et le geste des athlètes afro-américains en dénonciation de la ségrégation. Il était dit que les Jeux de Munich seraient ceux «de la paix et de la joie» (Die Heiteren Spiele)!

Pour cette raison peut-être, les autorités ouest-allemandes n’étaient aucunement préparées pour faire face à une menace terroriste, d’autant que la Constitution d’après-guerre de la République Fédérale d’Allemagne (RFA) interdisait à l’armée de venir en renfort de la police civile. La maigre enveloppe – deux millions d’euros actuels – allouée à la sécurité des Jeux n’arrangeait rien.

A titre d’exemple: les vigiles du village olympique étaient désarmés. De surcroît, parce que la police ne comptait aucun tireur d’élite, elle dut en recruter cinq en urgence dans un club de tir bavarois pour l’intervention. Ces snipers improvisés, en plus d’être mal équipés, ne disposaient pas de liaison radio entre eux… Un agent glissa même à la chaîne ARD a posteriori: «Nous étions en maillot de bain et sandalettes pour attaquer un sommet de haute montagne.»

Funeste médiatisation

Dans le drame de septembre 1972, les médias auront joué un rôle central. La retransmission en direct des images de la prise d’otages a permis aux terroristes de mieux s’organiser et d’anticiper les mouvements de la police. La fuite de fausses informations a quant à elle brouillé les pistes. On note par exemple la fausse annonce d’un représentant allemand, reprise par l’Agence France Presse (AFP): «Tous les terroristes sont morts et tous les otages sont sains et saufs.»

Le journaliste Eugène Saccomano, présent à Munich pour Europe 1 et qui avait annoncé le décès de deux otages, s’en souvient: «A minuit, la rédaction à Paris m’appelle et me dit d’arrêter de dire des conneries. Une dépêche de l’AFP affirme que tous les otages sont sains et saufs! Ça a été terrible. Je suis tombé des nues. Pourtant, j’étais sûr de mon coup.»

Lucide, Jean Lacouture, envoyé spécial à Munich, écrivait dans Le Monde le 6 septembre 1972 des mots qui résonnent tout particulièrement à l’approche des JO de Paris: «Les Jeux olympiques paient – d’une façon cruelle – la rançon de leur gonflement monstrueux, de leur transformation en gigantesque caisse de résonance. Le groupe terroriste Septembre noir a saisi l’occasion de la plus forte concentration de mass media de ces dernières années pour frapper. Le malheureux Moshe Weinberg [le premier otage israélien tué] paie le prix du dévoiement des Jeux en une foire publicitaire qui est en fait le meilleur support de toute opération athlétique, politique ou commerciale athlétique, politique ou commerciale.»

Ecrire à l’auteur: matthieu.levivier@leregardlibre.com

Vous venez de lire un article tiré de notre édition papier (Le Regard Libre N°107).
Sébastien Lapaire
Sébastien Lapaire

Correspondant au Palais fédéral pour «L’Agefi», auteur-compositeur-interprète et essayiste, Jonas Follonier est le fondateur et rédacteur en chef du «Regard Libre».

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