Zofingue, l’Unil et les sirènes de l’époque

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écrit par Sébastien Lapaire · 04 juin 2025 · 0 commentaire

Le Tribunal fédéral a récemment confirmé l’Université de Lausanne dans sa décision de ne plus reconnaître la société d’étudiants Zofingue comme association universitaire. Désormais médiatisée, l’affaire n’est pas sans offrir quelques enseignements.

L’Université de Lausanne (UNIL) aura le droit de ne plus accorder à la société d’étudiants Zofingue, section vaudoise, le statut d’association universitaire. Ainsi en a décidé le Tribunal fédéral (TF), en admettant ce printemps un recours de l’UNIL qui avait été refusé l’an dernier par la plus haute instance cantonale vaudoise. Fait étonnant, il s’agit de la part du TF d’un revirement de jurisprudence: le même tribunal a pris en 2014 une décision contraire. Dans leur arrêté du 25 mars 2025, les juges justifient leur décision au motif notamment que «l’importance accordée à l’égalité des sexes et à sa concrétisation dans tous les aspects de la vie en société s’est accentuée» entre 2014 et 2025. A titre d’exemple, ils invoquent entre autres «l’acceptation du congé de paternité en 2020» ou encore celle du «mariage pour tous en 2021».

Le TF estime également qu’un refus du recours de l’UNIL reviendrait à «contraindre [l’institution] de cautionner une pratique discriminatoire fondée sur le sexe sur son campus, en contradiction avec son devoir de respecter et de pourvoir à l’égalité entre femmes et hommes». Selon les juges, «l’appartenance à une association universitaire [comme Zofingue] peut assurément fournir des avantages en rapport avec une carrière universitaire ou professionnelle». En priver les femmes constituerait donc une forme de discrimination.

Une anecdote qui en dit long

Il faut le dire: pour ceux qui ne sont pas concernés directement, l’affaire est des plus anecdotiques. De son côté, la section zofingienne vaudoise a pris acte de la décision, avec tout de même une certaine incompréhension. Dans une communication du 7 mai dernier, elle fait savoir que même si la «proximité avec les hautes écoles est essentielle pour nous en tant que société d’étudiants, nous ne pensons pas que ces jugements […] auront un impact immédiat sur la vie associative de Zofingue, ni à Lausanne ni dans les autres villes où Zofingue est présente». Toutefois, en raison de la ténacité de l’UNIL à obtenir gain de cause, en l’occurence un revirement de jurisprudence, l’affaire revêt une certaine importance symbolique.

Devant tant d’investissement dans une affaire mineure, on voit difficilement quel autre objectif l’institution lausannoise poursuivait, sinon celui de montrer patte blanche en suivant docilement les injonctions de l’époque. D’autant que du point de vue de l’association désormais exclue, le geste est lourd de signification. La section zofingienne vaudoise survivra sans doute à la perte de son stand à la journée universitaire ou à l’impossibilité de se réunir dans les locaux de l’UNIL. Néanmoins, il est particulièrement violent de signifier brutalement à une association qu’elle est désormais indésirable dans les lieux mêmes où son existence prend un sens, alors qu’elle ne fait que perpétuer une tradition vieille de deux siècles. On notera en effet que les membres de l’association ne se sont pas levés un matin en décidant d’exclure sans raison toutes les femmes de leurs rangs.

S’il fallait être mesquin, on conclurait en rappelant qu’en 1937, l’UNIL a décerné à un certain Benito Mussolini un doctorat honoris causa. Déjà à l’époque, semble-t-il, les autorités universitaires ne faisaient pas montre d’une très grande originalité en cédant manifestement aux sirènes de l’époque – et quelles sirènes! S’il fallait être plus mesquin encore, on rappellerait le motif de cette disctinction: «avoir conçu et réalisé dans sa patrie une organisation sociale qui a enrichi la science sociologique et qui laissera dans l’histoire une trace profonde».

Antoine-Frédéric Bernhard, étudiant en philosophie, est le rédacteur en chef adjoint du Regard Libre. Ecrire à l’auteur: antoine.bernhard@leregardlibre.com

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Sébastien Lapaire
Sébastien Lapaire

Correspondant au Palais fédéral pour «L’Agefi», auteur-compositeur-interprète et essayiste, Jonas Follonier est le fondateur et rédacteur en chef du «Regard Libre».

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