La tribune de Marianne Grosjean: Retour vers le futur

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écrit par Sébastien Lapaire · 17 avril 2025 · 0 commentaire

Dans cette chronique, la journaliste Marianne Grosjean adresse un message à nos lecteurs. Elle se demande ce mois-ci quels traits sociaux de notre époque divertiront les prochaines générations dans une série TV de 2075.

Vous souvenez-vous de Mad Men, cette série qui nous plongeait dans les Etats-Unis des années 60, un monde où la cigarette était omniprésente – dans les bureaux, les bus, les cabinets médicaux? A côté des brushings et des verres de brandy au boulot figurent d’autres éléments plus grinçants, comme le fait de peloter les employées, de rabaisser les Noirs ou les homos, ou encore de balancer ses emballages de pique-nique dans la nature en famille, tranquillou-bilou.

Imaginons, dans cinquante ans. Quels traits sociaux de notre époque divertiront les prochaines générations dans une série TV? Notre rapport fusionnel aux smartphones? «Mais dingue! ils avaient tous leur téléphone dans le bus, au resto, en marchant dans la rue, même les enfants en poussette, t’imagines? Heureusement que la loi sur la préservation de la santé mentale est passée, et qu’on en a interdit l’utilisation dans les lieux publics…»

La consommation de drogue? Avec l’arrivée du crack qui a bouleversé le fonctionnement des locaux d’injection, et la venue du fentanyl, il y a matière à scénario. «Ha, ha, pour régler le problème, ils n’avaient rien trouvé de mieux que de… légaliser toutes les drogues en 2030!» rigoleront peut-être nos descendants. Car évidemment, pour subsister, le marché noir aura ciblé les enfants. Les timides de la cour de récré auront été rendus accros par des dealers sans scrupules. Ces mineurs, devenus voleurs en puissance pour pouvoir se payer leurs doses, n’auront eu qu’une ambition: avoir enfin 18 ans pour consommer légal, toucher des rentes d’invalidité et s’interdire à tout jamais une place dans la société. «Heureusement qu’on a rectifié le tir avec une prévention beaucoup plus forte en 2035, et une meilleure répression internationale des mafias grâce à l’IA.»

Et que dira-t-on de l’idéologie transgenre? Comment expliquera-t-on que ce qui partait d’un bon sentiment – respecter une minorité qui se perçoit autre que ce qu’elle est et qui a toujours existé – soit devenu un sujet incontournable de l’adolescence?

A ce sujet, je constate un glissement de la morale en vingt ans. Avant, dire la vérité était vu comme louable. Aujourd’hui, ce qui est respectable, c’est de soutenir la perception de l’autre, même si elle est objectivement dommageable pour la santé.

Un exemple. Dans les années 2000, le phénomène mortifère chez les jeunes, c’était l’anorexie. Des jeunes filles maigres à faire peur se voyaient grosses dans le miroir. Mais là, il était de bon ton que les parents disent à leur enfant: «Chouchou, tu es une jeune femme. Et je comprends que cette réalité t’effraie. Je vois que tu vas mal et que maigrir te donne une impression de contrôle. Mais tu as la peau sur les os et tu risques de mourir. Tu es précieuse, et je ne te laisserai pas te détruire.» Or aujourd’hui, les parents peuvent perdre la considération de leurs proches, de l’école et jusqu’à leur autorité parentale en déclarant: «Chouchou, tu es une jeune femme. Et je comprends que cette réalité t’effraie. Je vois que tu vas mal et que modifier ton corps te semble être la seule manière de contrôler ton destin. Mais changer de sexe n’est pas possible. Prendre de la testostérone, couper tes seins et te faire retirer l’utérus ne fera jamais de toi un mâle. Juste un être mutilé sur le dos duquel les pharmas et certains médecins se seront fait un fric de dingue. Tu es précieuse, et je ne te laisserai pas te détruire.»

Verra-t-on refluer cette vague transgenriste chez les jeunes? Peut-être que la série Netflix de 2075 nous répondra sur ce point.

La journaliste Marianne Grosjean adresse un message à nos lecteurs dans sa chronique.

Vous venez de lire une chronique publiée dans notre édition papier (Le Regard Libre N°115).
Sébastien Lapaire
Sébastien Lapaire

Correspondant au Palais fédéral pour «L’Agefi», auteur-compositeur-interprète et essayiste, Jonas Follonier est le fondateur et rédacteur en chef du «Regard Libre».

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