Réconcilier femmes sans enfants et mamans dépassées
A l’occasion de la fête des mères, notre chroniqueuse Marianne Grosjean plaide pour une collaboration gagnant-gagnant qui résoudrait un paradoxe de la maternité contemporaine, entre désir d’enfant et épuisement parental.
Dimanche 11 mai, je recevrai mon premier collier de nouilles. Je m’en réjouis, même si en tant que mère d’enfants en bas âge, j’avoue que ce qui serait vraiment un cadeau, c’est de l’aide au quotidien.
Trouver la maternité difficile n’est pas nouveau. C’est même une tendance actuelle en Suisse. Elle se traduit d’ailleurs par des chiffres alarmants de dépression du post-partum (près d’une mère sur cinq) et de burn-out parental (5% des parents), mais aussi par une inquiétante abondance de livres sur le regret maternel. La chute du taux de fécondité (1,28 enfant par femme en 2024) n’est peut-être pas sans lien avec ces phénomènes.
Une autre tendance qui marque l’époque en parallèle, c’est le désir inassouvi d’être mère, illustré par le boom de la procréation médicalement assistée (PMA). L’accès à la PMA pour les femmes célibataires est même devenu politique : six conseillers nationaux de tous partis ont déposé un texte à Berne en sa faveur. Comment comprendre ces deux vagues contraires?
Loin des statistiques, observons n’importe quel café romand le dimanche. Deux amies à la fin de leur trentaine se retrouvent pour un brunch. L’une ne parvient pas à tomber enceinte. L’autre, maman épuisée, savoure son rare rendez-vous sans enfants. Par pudeur, la maternité n’est jamais abordée entre elles. Celle qui a des enfants gardera pour elle la fatigue des nuits à allaiter, le manque d’aide, les grands-parents qui garderont les petits-enfants «quand ils feront leurs nuits». Elle parlera un peu de son travail à mi-temps, mais pas de la frustration à être devenue une employée de seconde zone depuis qu’elle part à heure fixe pour arriver avant la fermeture de la crèche. Le dernier livre qu’elle a lu? Tchoupi va sur le pot. En face, sa copine n’ose pas la questionner sur ce que c’est qu’être enceinte, accoucher, allaiter, voir son enfant marcher pour la première fois. Elle a peur de pleurer, d’être envieuse ou en colère. Elle ne supporterait pas d’entendre son amie se plaindre : elle donnerait tout pour échanger son infertilité contre des enfants hurlant et mouillant leurs draps. Elle se sent ballonnée par les hormones qu’elle s’injecte en vue d’une nouvelle FIV. Alors elle parle de son travail, des restos qu’elle a testés, de drainages lymphatiques, de cérémonies d’ayahuasca.
Pourtant, elles sont à un cheveu d’oser se dire: «Allez, viens manger chez nous tous les dimanches soirs: tu liras des histoires aux gosses pendant qu’on prépare le cahier école-maison, les habits et le goûter du lendemain, la lessive, tout ça. Et quand les marmottes sont au lit, on sort le dessert pour les adultes.»
Qui n’a jamais entendu les phrases «j’adore m’occuper des enfants, mais aussi les rendre à leurs parents», ou «si on avait eu de l’aide des proches, on aurait fait un enfant de plus»? Et si les femmes en mal d’enfant trouvaient dans la fonction de «maman de cœur» un bonheur insoupçonné? Et si cette présence tierce pouvait limiter le burn-out parental?
Bien sûr, fête des mères oblige, cette chronique met en valeur l’entraide féminine. Il va sans dire qu’hommes ou femmes, nous sommes tous responsables de la jeunesse. D’un point de vue purement économique, on peut estimer que des enfants qui grandissent avec des parents en bonne forme psychique coûteront moins cher en frais de santé et de justice plus tard. Et seront plus susceptibles de devenir productifs et loyaux d’une société qui a pris soin d’eux pendant leur enfance.
La journaliste Marianne Grosjean adresse chaque mois un message à nos lecteurs.
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