La lecture de Pascal Couchepin: «L’homme augmenté»
Chaque mois, retrouvez la chronique d’une des personnalités qui nous font le plaisir de prendre la plume en alternance. Actualité, histoire, politique et philosophie: plongée dans les lectures de l’ancien conseiller fédéral Pascal Couchepin.
L’homme augmenté est un thème qui accompagne souvent des articles scientifiques ou de vulgarisation sur l’intelligence artificielle (IA). Pour les uns, l’hybridation de l’homme et de la machine est un cauchemar. Pour les autres, c’est une chance. Raphaël Gaillard, dans son essai L’homme augmenté (Edition Grasset), fort de son expérience de responsable du pôle de recherche d’un grand hôpital psychiatrique parisien, aborde la question avec sérénité et humanisme. Dans un ouvrage précédent, Un coup de hache dans la tête, il étudiait le rapprochement entre la schizophrénie et le talent de grands écrivains. Il n’y voyait aucun lien de causalité, mais simplement le fait que la complexité de notre cerveau le rendait fragile, susceptible de dérailler ou de produire des œuvres géniales.
Son récent essai est de la même veine. Il fonde ses réflexions sur les apports de la science, ses connaissances littéraires et l’empathie qu’il éprouve pour les êtres humains qu’il rencontre dans sa pratique quotidienne. Le résultat est une approche non seulement sérieuse de l’IA, car elle comporte évidemment des risques, mais aussi sereine, car elle est également une grande chance pour l’humanité.
Raphaël Gaillard situe la naissance de l’IA au sens large au moment où l’être humain a accédé à l’écriture, qui permet de compléter ou de suppléer aux faiblesses de la mémoire. Une grande étape ultérieure fut l’invention de l’imprimerie, qui multiplia les chances d’accéder aux connaissances accumulées dans les livres. Les sciences notamment informatiques et neurologiques ouvrent à notre époque des perspectives de découvertes qui affectent l’être humain et son fonctionnement, du cerveau en particulier.
Dans cette perspective, Raphaël Gaillard distingue l’homme réparé de l’homme augmenté. La psychiatrie moderne expérimente des substances variées ou des implants pour aider les patients à retrouver des possibilités de vie normale. L’homme se répare. Mais la possibilité d’augmenter les capacités humaines par hybridation avec la machine se multiplie, pour le meilleur ou pour le pire. L’avenir est ouvert et, comme l’écrit Gaillard dans une dédicace de son livre, «ces enjeux sont ceux de l’humanité avant d’être scientifique ou politique».
La conclusion de son essai est une incitation à s’ouvrir à l’autre par la littérature ou l’apprentissage des langues, mortes ou vivantes, et ainsi développer les capacités de notre cerveau, merveilleux organe de 80 à 100 milliards de neurones capable de multitude de connexions. Au fond, la première opportunité d’augmenter l’homme est déjà en nous…
Vers les précédentes chroniques de Pascal Couchepin
Vous venez de lire un article publié dans notre édition papier (Le Regard Libre N°105).

Raphaël Gaillard
L’homme augmenté
Gasset
Janvier 2024
352 pages
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