Le regard d’Isabelle: De l’égalité

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écrit par Sébastien Lapaire · 16 janvier 2023 · 0 commentaire

Les projecteurs viennent de s’éteindre sur le Qatar, hôte très décrié de la Coupe du monde de football en raison de son respect tout relatif des droits humains. De fait, le Qatar s’assoit sur un concept central à toute société démocratique: l’égalité.

Deux et deux font quatre: en mathématiques, l’égalité est non ambiguë. Elle exprime le fait que deux termes prennent strictement la même valeur. Mais comment comprendre cette notion dans une société humaine où les «termes» sont des êtres vivants dotés d’une grande complexité? Deux grandes lignes se dessinent: l’égalité comme «fondement» de la société, ou l’égalité comme «fin».

L’égalité comme «fondement» d’une société démocratique pose un postulat fort: les hommes sont des êtres moraux, et d’un point de vue moral, ils ont tous la même «valeur». Cette égalité en tant qu’êtres moraux est le socle sur lequel se construit la société, et se traduit par le traitement indifférencié des individus face à la loi: tous sont égaux en droits. D’où une équation simple lors d’élections démocratiques: une personne = une voix! L’égalité en droit s’oppose à une forme d’inégalité bien spécifique: la discrimination par la loi. Qu’elle soit raciale, religieuse, ou de genre, toute discrimination inscrite dans la loi est fondamentalement contraire au principe même de démocratie.

Egalité comme fin et fin des inégalités

Plus «sensible» est l’égalité comme «fin» de la société, c’est-à-dire but ultime. Ici, l’égalité entre individus n’est pas une donnée de départ de la société, mais un projet à réaliser. Il s’agit de concrétiser dans les faits une égalité théorique, l’égalité «de droit», qui n’élimine pas les inégalités persistantes en termes d’accès à la culture, à la propriété ou à la santé. L’égalité en tant que «fin» vise précisément à gommer ces disparités sociales et économiques. Mais là encore, deux options se présentent: d’un côté, l’égalité des chances est la version soft de l’égalité comme fin, de l’autre, le partage égal des richesses en est la version hard.

Qu’en dire ? L’égalité des « chances » est une sorte de fin intermédiaire par rapport à la fin ultime qu’est l’égalité des richesses. Elle traduit la croyance selon laquelle chacun est voué à poursuivre son propre bonheur, mais que cette quête doit être équitable. Autrement dit, sur la ligne de départ de la vie, personne ne doit se trouver avantagé par sa fortune, sa condition ou les circonstances de sa naissance, car le mérite prévaut dans la course au bonheur.

Le partage égal des richesses va plus loin: l’idée, ici, est tout simplement que l’égalité de la «valeur morale» justifie une «distribution égale des biens». Mais cette vision se heurte à un obstacle de taille, car contrairement à l’égalité des droits et des chances, le partage égal des richesses fait des perdants: les nantis…

Quelle que soit l’idée que l’on se fait de l’égalité (des droits, des chances ou des richesses), force est de constater que le Qatar, que les couleurs arc-en-ciel indisposent, est encore loin du compte en la matière.

Isabelle Schönbächler est physicienne et philosophe de formation. Dans cette chronique «Le regard d’Isabelle», elle livre à partir d’un fait de l’actualité une courte analyse philosophique d’un trait humain ou d’un phénomène de société.

Illustration: © Pixabay

Sébastien Lapaire
Sébastien Lapaire

Correspondant au Palais fédéral pour «L’Agefi», auteur-compositeur-interprète et essayiste, Jonas Follonier est le fondateur et rédacteur en chef du «Regard Libre».

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