Ouverture des magasins le dimanche: le débat de la rédaction
L’ouverture des magasins le dimanche est une question qui revient régulièrement et qui crispe aussi souvent. Les deux membres de notre rédaction en chef ont souhaité croisé le fer en allant droit au but.
Faut-il autoriser les magasins à ouvrir le dimanche?
Jonas Follonier
OUI. L’ouverture des magasins le dimanche n’est pas un but en soi. L’interdiction générale de travailler ce jour-là se comprend pour au moins deux types de raisons. Des raisons culturelles d’une part, avec forcément une dose d’arbitraire, de la même manière qu’il y a des jours fériés souvent liés à des fêtes religieuses. Des raisons touchant à la protection des travailleurs, d’autre part: non seulement des employés, bien sûr, mais aussi des patrons. Pensons aux petites structures, où le propriétaire-gérant se verrait facilement sollicité sept jours sur sept sans cette pause dominicale. Il s’agit néanmoins de constater une inégalité de traitement frappant notamment ces petites officines: actuellement, le dimanche, on peut aller faire une petite emplette dans une station-service, une gare ou encore un aéroport, mais pas chez l’artisan du coin – à moins que ce ne soit une entreprise familiale. Si la norme arbitraire de l’interdiction de travailler le dimanche est supportable, car elle place tout le monde devant la même règle, ces entorses à la règle engendrent, elles, un arbitraire injustifiable. Alors de deux choses l’une: soit on ne permet plus à aucune enseigne d’ouvrir ses portes le jour du Seigneur, soit on lève l’interdiction générale. La seconde option paraît inéluctable si l’on tient à sauver les croissants chauds du dimanche. Et pour sauver la diversité des commerces, car c’est évidemment tout l’enjeu, la même ligne doit être suivie: faire appliquer strictement le respect de la libre concurrence aux supermarchés. Cela passe aussi par nos habitudes de consommateurs.
Antoine-Frédéric Bernhard
NON. Accepter ou non l’ouverture des magasins le dimanche est un choix de société qui, plus qu’un duel à mort entre libertés individuelles et décisions arbitraires, engage la question politique par excellence: celle du bien commun, censé associer bien de tous et bien de chacun. Cela parce que les comportements individuels sont indissociables de l’effet qu’ils produisent sur la vie commune, et parce que les paramètres de la vie commune règlent en grande partie ces comportements. Ainsi, de même que l’arrivée de la télévision a transformé le visage de la société, tout comme la généralisation des smartphones a redéfini notre rapport aux autres, l’ouverture des magasins le dimanche aurait un effet transformant sur les habitudes individuelles et donc sur la vie en commun. Certes, la liberté de ne pas consommer le dimanche existera toujours, et les plus héroïques lutteront peut-être fièrement contre l’injonction à la consommation dominicale, mais ces cas particuliers ne pourront rien changer à la tendance lourde: la vie villageoise, la vie associative, la vie familiale, et autres, souvent dépendantes de la pause dominicale, paieront un lourd tribut à la désynchronisation des rythmes collectifs impliquée par la banalisation intégrale du dimanche. Bien sûr, d’autres enjeux subsistent: celui de l’égalité de traitement entre les entreprises, ou encore des critères particuliers selon lesquels telle ou telle enseigne (une boulangerie par exemple) peut ouvrir le dimanche. Mais il ne s’agit là que de questions pratiques subsidiaires qui se régleraient facilement si la boussole du politique était celle du bien commun.
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