Immigration: le Labour à l’épreuve de la réalité

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écrit par Sébastien Lapaire · 04 octobre 2024 · 0 commentaire

Le parti travailliste britannique a gagné le scrutin de juillet dernier grâce au soutien d’un électorat attaché à une politique migratoire restrictive. Il n’est pourtant pas certain que le Labour sera en mesure d’honorer ses promesses dans ce domaine.

«Vous avez perdu le contrôle de nos frontières». Ces mots n’ont pas été prononcés par le dirigeant d’un parti de droite souverainiste, mais par Keir Starmer lorsqu’il siégeait à la Chambre des Communes britannique en tant que chef de l’opposition travailliste. Cet ancien procureur général, devenu Premier ministre en juillet de cette année, dénonçait alors les errances du gouvernement conservateur de Rishi Sunak en matière d’immigration. En effet, depuis qu’il a succédé au très extrême Jeremy Corbyn à la tête du Labour, Keir Starmer s’attache à montrer que son parti est attaché aux questions d’ordre public et de sécurité, pour séduire à nouveau un électorat qui lui était auparavant acquis.

L’apparition d’un nouveau clivage

Au Royaume-Uni, la question de la gestion de l’immigration est devenue une ligne de fracture politique particulièrement importante. L’électorat populaire ne se sent aujourd’hui représenté que par des politiciens fermes sur ce thème. Quelles que soient les solutions qu’ils proposent pour lutter contre le coût de la vie, les partis politiques qui défendent une politique migratoire plus souple sont accusés de représenter une élite déconnectée par l’électorat ouvrier des Midlands, une région du nord de l’Angleterre connue pour être la moins prospère du pays et pour avoir massivement voté en faveur du Brexit.

A cet égard, Kier Starmer n’était pas pris au sérieux au début de la dernière campagne électorale lorsqu’il parlait de ses origines modestes. Seule la promesse de lutter activement contre l’immigration illégale lui a permis de convaincre les électeurs les moins nantis que son parti tenait compte de leurs préoccupations.

Pour gagner les élections générales de cette année, le chef du parti travailliste a mené une campagne populiste, qui lui a permis d’être compris par l’électorat du «red wall» – les anciens bastions du parti qui avaient plébiscité Boris Johnson il y a cinq ans – en critiquant le bilan des conservateurs en matière de gestion de l’immigration. Le Labour a ainsi promis de mettre fin au plan qui visait à transférer les demandeurs d’asile vers le Rwanda. Ce changement de cap est dû au fait que l’accord passé avec le gouvernement rwandais était devenu le symbole de l’incapacité des conservateurs à apporter une réponse sérieuse aux défis posés par l’immigration de masse.

Des résultats probablement modestes

Si le Labour n’a cessé de parler des questions migratoires avec la plus grande fermeté depuis le début de la dernière campagne électorale, la politique qu’il compte mettre en œuvre dans ce domaine demeure en partie incertaine. Le projet phare du nouveau gouvernement en matière de gestion de l’immigration consiste à mettre en place une unité d’élite pour assurer la sécurité des frontières et lutter contre les réseaux de passeurs. Ce dispositif permettrait de coordonner l’action du Ministère public anglais et gallois, de l’agence britannique des douanes et du MI5.

Pourtant, comme le rappelle David Suber – chercheur en politique de sécurité à l’University College London – dans un article publié par The Conversation, Boris Johnson a institué en 2020 une Channel Threat Command, dont le rôle correspond à celui que les travaillistes souhaitent conférer à l’organe qu’ils prévoient de créer. Les conservateurs n’ont par ailleurs pas attendu l’arrivée aux responsabilités du Labour pour dénoncer une mesure gadget, qui n’arrangerait en rien la situation.

Pour tenter de donner davantage de poids à leur stratégie de contrôle de l’immigration, les travaillistes ont donc décidé d’accorder une importance particulière à la coopération internationale. Il s’agit selon Kier Starmer de traiter le problème à la source, en utilisant une partie de l’argent destiné à financer le plan de transfert des demandeurs d’asile vers le Rwanda pour financer des projets d’aide au développement en Afrique et au Moyen-Orient. Il est toutefois probable que cette décision sera critiquée par l’opposition et une partie de l’électorat du Labour, qui estiment que les montants alloués à la coopération internationale devraient plutôt être dédiés au financement de certains services publics défaillants.

Ecrire à l’auteur: antoine.leveque@leregardlibre.com

Vous venez de lire une analyse publiée dans notre édition papier (Le Regard Libre N°110).
Sébastien Lapaire
Sébastien Lapaire

Correspondant au Palais fédéral pour «L’Agefi», auteur-compositeur-interprète et essayiste, Jonas Follonier est le fondateur et rédacteur en chef du «Regard Libre».

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