Marianne Grosjean: Tout s’achète, même le savoir-vivre

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écrit par Sébastien Lapaire · 15 August 2025 · 0 commentaire

La journaliste Marianne Grosjean adresse un message dans chacune de ses chroniques. Ce mois-ci, elle propose à l’école publique de s’inspirer des codes de bonne conduite dans les établissements privés.

Mon plaisir coupable? Lire les codes de conduite des internats privés pour ultra-riches. Et rêver que mes enfants sortent eux aussi de l’école à 18 ans avec un savoir-vivre qui leur ouvrira toutes les portes. Parce que se faire une place dans les hautes sphères sans en avoir les codes, c’est mission impossible. On ne devient pas diplomate avec le visage tatoué, en bâillant quand on nous parle, ou en mangeant avec les mains lors d’un dîner de gala.

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La foule de détails que ces écoles privées fournissent sur le savoir-vivre est dingue… Florilège tiré du règlement de 19 pages de l’internat du Rosey, à Rolle, dont l’écolage dépasse les 150’000 francs par an. Côté santé, pas de cigarette, dans et hors du campus. La consommation d’autres types de drogue, dont le cannabis, vaut évidemment une expulsion immédiate. Quant aux téléphones, ils sont sous scellés dès 20h00. «Les cheveux doivent être propres et coiffés, ils ne peuvent pas être teints dans des couleurs artificielles et ne couvrent pas le visage. Les visages sont rasés de près. Les tatouages ou piercings sont prohibés. Sont interdits: les T-shirts et tout haut sans col, les casquettes, les tenues transparentes, les décolletés excessifs, les ventres ou épaules dénudés, les sous-vêtements visibles, les leggings, les talons hauts.» A table, «on mange le dos droit, les mains – et pas les coudes – posées sur la table». Dans l’école, «on se lève à l’arrivée d’un adulte; on ne lui parle pas avec une main dans la poche, des écouteurs dans les oreilles ou un chapeau sur la tête; on se lève toujours pour discuter avec lui s’il est debout.»

Du bon sens, mais que l’on n’apprend plus forcément en famille et certainement plus à l’école publique, depuis l’ère post-soixante-huitarde. Les enseignants, déjà débordés par les enfants à besoins spécifiques largués dans leurs classes sans personnel dédié suffisant et les élèves ingérables, se recentrent aujourd’hui sur la seule mission d’instruction, en laissant les bonnes manières de côté. Ainsi, aujourd’hui, un enfant mal éduqué par ses parents le restera à l’école publique, mais pourra s’en sortir dans une école privée prestigieuse.

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Quelles polémiques stériles les établissements privés s’épargnent-ils par leur conservatisme en matière de savoir-vivre… Pensez-vous qu’ils aient à répondre à des accusations de sexisme proférées par des élèves et leurs parents au sujet d’une interdiction des crop tops en classe? Bien sûr que non. Et pendant ce temps-là, le fossé entre les classes sociales se creuse de plus en plus. D’un côté, des jeunes qui intègrent les codes sociaux et se concentrent sur leur scolarité, de l’autre, ceux que l’on encourage à se focaliser sur leur nombril apparent et à en faire une lutte sociale, au détriment de l’importance prépondérante des études. Pas la peine de vous faire deviner qui a le plus de chances de faire partie des décideurs de demain…

Alors, comment réduire cette inégalité sociale quand on ne joue pas dans la même cour que les élites du Rosenberg ou du Rosey? En s’en inspirant. Que les enseignants utilisent leurs codes de conduite, les impriment et les distribuent à leurs élèves en début d’année! Qu’ils les fassent réfléchir à ces règles, ouvrent la discussion sur les marqueurs de classes sociales! Que les parents proposent à leurs enfants d’observer autour d’eux qui suit ces règles et qui ne les suit pas, et ce qu’ils en tirent comme conclusion sur leur utilité!

Et à quand des semestres d’échange entre élèves du privé et du public, en mode «vis ma vie»? Quoi de mieux pour incarner les valeurs d’ouverture et de tolérance si prisées actuellement que l’immersion dans une classe sociale vraiment différente?

La journaliste Marianne Grosjean adresse un message à nos lecteurs dans sa chronique.

Vous venez de lire une chronique publiée dans notre édition papier (Le Regard Libre N°118).
Sébastien Lapaire
Sébastien Lapaire

Correspondant au Palais fédéral pour «L’Agefi», auteur-compositeur-interprète et essayiste, Jonas Follonier est le fondateur et rédacteur en chef du «Regard Libre».

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