Accepter l’incertitude

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écrit par Sébastien Lapaire · 31 January 2025 · 0 commentaire

En s’appuyant sur Vaclav Smil, Pascal Couchepin prône une approche fondée sur les faits plutôt que sur l’incantation, face aux défis écologiques. Tous les mois, l’ancien conseiller fédéral partage une lecture qui l’a interpelé.

Les débordements extatiques de Lisa Mazzone le soir du refus de l’extension des autoroutes m’a incité à reprendre la lecture de l’essai de Vaclav Smil que j’avais laissée de coté. Face à ces manifestations qui ne relevaient plus de la légitime satisfaction d’avoir gagné, mais de quelque chose de plus profond qui s’approchait d’une exaltation pseudo-mystique, je sentis mon esprit vaciller. Et si je me trompais, moi qui avais approuvé sans enthousiasme mais au nom d’une politique pragmatique le projet… Madame Mazzone est-elle une sorte de prophétesse, à la manière de Jeremie annonçant la chute de Jérusalem, qui nous menace des pires catastrophes si l’on ne se rallie pas, séance tenante, à son programme de réformes publiques et privées?

La lecture de Comment marche vraiment le monde m’a conforté dans le souci de prendre des mesures en faveur de l’environnement, mais aussi rassuré. Le programme environnemental doit être fondé sur des faits qui imposent des limites aux interventions autoritaires. Des problèmes et des dangers existent, mais nos prévisions sont incertaines. Qui aurait imaginé, en 1980, que la Chine, quarante ans plus tard, deviendrait la deuxième puissance économique mondiale et probablement la deuxième source de pollution de notre planète? La Chine, de surcroît, s’avère désormais un modèle de développement donné en exemple à d’autres nations en développement.

La précédente chronique de Pascal Couchepin: La menace nucléaire depuis ses origines

Smil analyse le processus de mondialisation, ses succès, mais aussi les charges sur l’environnement qui en découlent. Selon lui ,notre civilisation est fondée sur quatre piliers matériels: l’ammoniac (les engrais), l’acier, omniprésent et recyclable, les plastiques, variés, utiles, perturbants, et le béton, un monde créé par le ciment. Or tous ces matériaux nécessitent pour leur fabrication de l’énergie, beaucoup d’énergie. Se passer totalement du fossile serait souhaitable, mais, faites les calculs, impossible concrètement.

Les derniers chapitres de cet essai se livrent à une réflexion chiffrée sur les besoins élémentaires de l’homme: respirer , boire et manger. Pourra-t-on objectivement les satisfaire dans le futur? En ce qui concerne l’oxygène, Smil est optimiste. Pour l’eau, il faut se faire du souci et agir déjà aujourd’hui. Manger? Quel effet aura le réchauffement climatique qui pourrait favoriser la photosynthèse dans certaines régions et désavantager d’autres territoires?

L’avenir est incertain. Nos prévisions sont régulièrement mises en échec. Il n’empêche que nous faisons face à un grand défi collectif pour l’avenir. Nous devons minimiser les risques en prenant des mesures fondées sur l’analyse constante de la réalité, mais en refusant la politique de l’incantation. L’Allemagne a abandonné dogmatiquement le nucléaire, investi à grands frais dans les énergies alternatives, mais se retrouve en crise parce que son industrie, automobile en particulier, a manqué le virage de l’adaptation aux nouvelles technologies…

Vers les précédentes chroniques de Pascal Couchepin

Vous venez de lire une chronique publiée dans notre édition papier (Le Regard Libre N°113).
Vaclav Smil
Comment marche vraiment le monde. Le guide scientifique de notre passé, présent et futur
Ed. Cassini
Juillet 2024
368 pages
Sébastien Lapaire
Sébastien Lapaire

Correspondant au Palais fédéral pour «L’Agefi», auteur-compositeur-interprète et essayiste, Jonas Follonier est le fondateur et rédacteur en chef du «Regard Libre».

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