Pascal Couchepin a lu «J. D. Vance et les postlibéraux catholiques»

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écrit par Sébastien Lapaire · 03 July 2025 · 0 commentaire

Dans sa chronique, l’ancien conseiller fédéral partage une lecture qui l’a marqué. Ce mois-ci, il commente l’article d’une revue jésuite au sujet du vise-président américain.

Un article de la revue française Les Etudes, paru avant l’élection du pape américain, explore avec le chercheur en sciences politiques James Patterson les soubassements idéologiques du vice-président des Etats-Unis, J. D. Vance. Qui est-il réellement? A-t-il un avenir politique? Mieux structuré que le président, mais tout aussi virulent, J. D. Vance s’en prend au président Zelensky et ne cache pas son animosité, voire son mépris, à l’égard de l’Europe. Il a peu de charisme personnel, mais a été très présent durant les premiers mois de la seconde présidence Trump. Personne ne conteste sa solidité intellectuelle forgée au cours d’une vie chaotique. Issu d’un milieu proche de la misère, il servit dans le corps des Marines (comme porte-parole), puis étudia à l’université de Yale, fit fortune dans la finance et obtint le succès littéraire avec son autobiographie. Un événement marquant fut sa conversion au catholicisme et sa proximité avec l’aile intégraliste de cette confession. D’où le titre de l’interview de Patterson: «J. D. Vance et les postlibéraux catholiques. Continuateurs d’une lignée de naufrages.»

Selon eux, «après la chute de l’Union soviétique, le libéralisme serait entré en surchauffe, consommant tout le carburant « pré-liberal » qui lui avait permis d’émerger initialement, comme les structures familiales établies et les emplois stables.» Pour combler le vide laissé par le libéralisme, dans une alliance avec le puissant courant évangélique, il convient de réaliser une vision catholique intégraliste de la société. Les catholiques américains, en grande majorité, furent longtemps démocrates, face aux Républicains proches de l’élite classique protestante. Cette dernière s’étant largement dissoute, les évangéliques se sont imposés chez les Republicains, ouvrant la voie à une alliance avec les intégralistes catholiques. Leur ambition est d’ancrer la politique dans «le sang et la terre». Cette révolution passe par le renforcement de l’exécutif aux dépens de la représentation parlementaire. Au XXe siècle, les tenants de l’intégralisme tentèrent de s’imposer avec plus ou moins de succès. Patterson cite comme pays où ils échouèrent le Brésil, le Portugal, l’Argentine et la Belgique (avec les rexistes). En revanche, en Autriche, en Espagne ou en Croatie, ils réussirent avant de faire naufrage…

Qu’en est-il actuellement aux Etats-Unis? On assiste à une mise au pas du Parlement par un président gouvernant par décrets, avec la bienveillance de la Cour suprême. Des politiques peu humanistes sont menées en matière d’immigration, d’aide au développement, etc. Les intégralistes se justifient au nom d’une théorie dite de l’ordo amoris, qui privilégierait le prochain immédiat aux dépens du prochain plus lointain. L’élection d’un pape américain apporte du sel au débat. Il a pris le nom de Léon XIV, s’inscrivant dans la lignée de Léon XIII, auteur d’encycliques sociales mais aussi inspirateur du fameux toast à la République porté par le cardinal Lavigerie en 1890. Ce geste favorisa le ralliement des catholiques français à la République.

Vers les précédentes chroniques de Pascal Couchepin

Vous venez de lire une chronique publiée dans notre édition papier (Le Regard Libre N°117).

James Patterson interviewé par Benoît Gautier
J. D. Vance et les postlibéraux catholiques. 
Revue Les Etudes
Mai 2025

Sébastien Lapaire
Sébastien Lapaire

Correspondant au Palais fédéral pour «L’Agefi», auteur-compositeur-interprète et essayiste, Jonas Follonier est le fondateur et rédacteur en chef du «Regard Libre».

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