Non, les lobbys ne menacent pas la démocratie

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écrit par Sébastien Lapaire · 14 January 2023 · 0 commentaire

Avec les récentes élections au Conseil fédéral, la question est revenue sur le devant de la scène politique: les lobbys présents à Berne menaceraient-ils la démocratie suisse? Jacques Pilet n’a pas hésité à écrire dans un édito publié sur bonpourlatete.com que «les lobbys s’invitaient au gouvernement» en la personne d’Albert Rösti, connu pour ses multiples mandats extraparlementaires.

Certes, son hyperactivité au sein des lobbys appelle de vraies interrogations. Elles ont heureusement été exprimées, y compris dans la Weltwoche de Roger Köppel, qui aurait préféré voir l’élection d’un UDC zurichois plutôt que bernois. Il n’empêche qu’à travers ses engagements, Rösti a côtoyé au plus près divers pans importants de la société. Les faîtières professionnelles et autres groupes d’intérêt sont de précieuses sources d’informations. Et l’on sait «d’où ils parlent», ce qui est justement sain pour l’honnêteté des débats.

Maintenant, qu’un élu soit rémunéré pour la participation à des séances d’information ou un poste dans un conseil d’administration est-il problématique? Sur le plan politique (laissons ici de côté l’aspect moral de la question), on peut considérer que toucher de l’argent pour une cause ne fait pas de vous un vendu de cette cause. Sans quoi il devrait être aussi interdit à un député qui est paysan de profession de voter sur des sujets agricoles.

Une certaine transparence est toutefois nécessaire à la confiance de la population envers ses représentants et les groupes qui gravitent autour d’eux. Ainsi, il est bien que les liens d’intérêts des élus suisses, rémunérés ou non, figurent désormais sur le site du Parlement. Informés de ces éléments, les citoyens ont tout le loisir de sanctionner les politiciens qu’ils estiment corrompus lors des élections.

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Au passage, il est amusant d’observer qu’on appelle plus volontiers «lobbys» les groupes d’intérêt marqués à droite que ceux marqués à gauche. Un peu comme le mot «polémiste», usité pour caser un éditorialiste dans le «camp du mal». Or, en démocratie, toutes les voix de la société sont légitimes. Prenons l’exemple de la pharma: les assurances, les médecins, les patients ou les cantons foulent aussi le sol des pas perdus, contribuant aux débats sur la santé – et à leur complexité, ce qui est le prix à payer.

Certains organismes tels que Transparency International soutiennent que l’intervention de certains groupes à plusieurs étapes d’une élaboration de loi devrait être communiquée. Peut-être, mais ne nous racontons pas d’histoire: si nous prenions soudain connaissance de toutes les conversations qui ont lieu dans les couloirs du Palais fédéral, nous ne serions sûrement pas surpris par ce que nous «découvririons».

Gare au culte de la transparence, jugeant suspect tout lien d’amitié, zone d’ombre ou cumul de casquettes. Le système de milice, voulant notamment que les élus aient souvent une ou plusieurs activités rémunérées «à côté», forme un dispositif cohérent avec les deux autres piliers du modèle helvétique, que sont la démocratie directe et le fédéralisme. La petite taille de la Suisse rend particulièrement pertinent l’engagement associatif, militaire ou politique hors du champ professionnel. Aussi, le fait pour un parlementaire d’exercer une profession, en particulier dans le privé, lui permet de rester en contact avec ce monde-là, si important. Et à l’inverse, un employé qui s’engage comme milicien une partie de l’année fournira peut-être moins d’heures à son entreprise, mais son travail se dotera d’une qualité particulière – celle des êtres qui se frottent à différentes réalités.

Ecrire à l’auteur: jonas.follonier@leregardlibre.com

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Illustration de couverture: © Dessin de Nathanaël Schmid pour Le Regard Libre

Sébastien Lapaire
Sébastien Lapaire

Correspondant au Palais fédéral pour «L’Agefi», auteur-compositeur-interprète et essayiste, Jonas Follonier est le fondateur et rédacteur en chef du «Regard Libre».

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