Pascal Couchepin a lu «Prisonnier du rêve écarlate»

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écrit par Sébastien Lapaire · 28 May 2025 · 0 commentaire

Dans sa chronique, l’ancien conseiller fédéral partage une lecture qui l’a marqué. Ce mois-ci, il commente le dernier roman dAndreï Makine.

Parfois, un roman en dit plus sur la réalité du siècle dernier qu’un livre d’histoire. Tel est le cas de Prisonnier du rêve écarlate d’Andreï Makine.

Il est vrai que la vie d’Andreï Makine est un roman en soi. Makine est un orphelin né dans une petite ville de Sibérie. Le petit Andreï a été recueilli et élevé par une dame d’origine française. Elle fait de lui un enfant bilingue dès sa quatrième année. Makine approfondira ses compétences linguistiques dans ses études qui le conduiront à l’Université de Moscou où il soutiendra une thèse sur «le roman sur l’enfance dans la littérature française contemporaine». En 1987, à l’âge de trente ans, il se réfugie en France. Il y vit très modestement, jusqu’à la publication de son premier roman en 1990. D’autres œuvres suivront, dont Le Testament français, qui lui vaudra le Goncourt et d’autres prix littéraires. Il est aujourd’hui membre de l’Académie française.

Prisonnier du rêve écarlate, c’est, quelques années avant la Deuxième Guerre mondiale, Lucien Baert, un jeune ouvrier de Douai, qui adhère au communisme avec enthousiasme, fidèle à sa tradition familiale et à la classe ouvrière. Militant exemplaire, il est remarqué par les responsables du parti qui lui proposent de participer à un voyage en URSS, à la découverte du «Rêve écarlate». Il envie le bonheur des ouvriers qu’il rencontre et les réalisations que la délégation visite, jusqu’au jour où il découvre l’envers du décor qui est, en fait, la réalité tout court. Les ouvriers enthousiastes sont des comédiens chargés de tromper les visiteurs. Et le tout est à l’avenant. Baert prend des libertés par rapport à son groupe, à la colère du guide chargé de la discipline. Finalement, il manque le train du retour et se trouve seul face à la police qui le soupçonne d’espionnage.

Les événements s’enchaînent. Baert finit au camp pour dix ans. Mais entre-temps, la guerre se déchaîne et les détenus partent au front pour les missions les plus dangereuses. Baert profite des circonstances pour prendre l’identité d’un camarade tué au combat. La paix revenue, il repart dans un camp jusqu’à la mort de Staline. Libéré, il est consigné dans un hameau perdu où il découvre l’amour de Daria. Mais il aimerait rentrer en France pour revoir sa mère. Il réussit et, à son retour, il est pris en charge par une agent littéraire qui lui fait une réputation d’anticommuniste.

C’est l’époque de Soljenitsyne. Mais les temps changent, le communisme et l’anticommunisme passent de mode et Baert n’arrive pas à suivre le rythme effréné des nouveaux combats politiques les plus variés. Il rentre en Russie, retrouve Daria et le bonheur simple de créer du lien dans sa communauté, une sorte de réalisation tardive du rêve écarlate. Mais c’était sans compter sur le bouleversement de la société russe dominée par une nouvelle élite qui détruit la petite idylle du village. L’histoire finit, comme elle avait commencé, dans la violence… Le roman d’une vie dans l’histoire.

Pascal Couchepin, ancien conseiller fédéral, partage chaque mois une lecture qui l’a marqué.

Vers les précédentes chroniques de Pascal Couchepin

Vous venez de lire une chronique publiée dans notre édition papier (Le Regard Libre N°116).

Andreï Makine
Prisonnier du rêve écarlate
Grasset
Janvier 2025
416 pages

Sébastien Lapaire
Sébastien Lapaire

Correspondant au Palais fédéral pour «L’Agefi», auteur-compositeur-interprète et essayiste, Jonas Follonier est le fondateur et rédacteur en chef du «Regard Libre».

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