Peut-on être libéral-conservateur? Le débat de la rédaction

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écrit par Sébastien Lapaire · 21 November 2022 · 0 commentaire

Le libéralisme et le conservatisme semblent s’opposer philosophiquement, mais rencontrent certains mariages en politique. Alors, compatibles ou incompatibles? Deux membres de notre rédaction croisent le fer à l’occasion de notre dossier sur les clivages du moment.

Antoine-Frédéric Bernhard

Non. Conservatisme et libéralisme sont irréductiblement contradictoires. Pour le conservatisme, un certain ordre (naturel, moral, ou autre) existe, supérieur aux volontés individuelles. Le libéralisme, au contraire, proclame la souveraineté de la volonté individuelle, tant qu’elle ne cause pas de nuisance pour autrui. L’association de volontés humaine libres sous la forme du contrat revêt une importance cardinale. Ainsi, lorsqu’il s’agit de mettre en place un ordre juridique, le libéral aura tendance à tenir les lois pour justes en tant qu’elles sont une expression de la volonté générale. Pour le conservateur, en sens contraire, la volonté seule ne peut déterminer si une loi est juste ou non. L’idée d’un libéral-conservatisme n’échappe pas à ces contradictions. Les deux doctrines prises chacune intégralement ne sont pas complémentaires, car opposées en des points essentiels. Néanmoins, si adhérer à certaines idées libérales implique de modérer certaines idées conservatrices et vice-versa, il n’est pas impossible d’être tantôt libéral, tantôt conservateur, selon les sujets. On évite alors l’équivoque consistant à se réclamer d’un concept quelque peu chimérique.

Jonas Follonier

Oui. Si être conservateur revient à vouloir préserver certaines réalités, un certain ordre, alors je postule qu’on peut être, du moins aujourd’hui, conservateur parce que libéral. En effet, si cet ordre à préserver est défini par des principes libéraux non-négociables, force est de constater que cet ordre est en péril, sinon déjà révolu. Les entorses à la liberté d’expression, pour ne prendre que cet exemple, sont actuellement légion. Plus généralement, ces principes sont potentiellement en danger quelle que soit l’époque. Le libéral est un universaliste: il justifie ces principes par la raison, valable en tous temps et en tous lieux, et non par une simple continuité historique. Dans un régime démocratique, c’est certes la volonté générale qui légitime les décisions politiques. Mais pour un libéral, celles-ci doivent s’inscrire dans le cadre de principes fondamentaux découlant des droits naturels de l’individu. Prenons le droit de propriété: l’Homme cherche justement à conserver, soigner et transmettre les biens – matériels ou immatériels, personnels ou communs – dont il est le propriétaire. Ou l’héritier.

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Vous venez de lire un débat tiré de notre dossier «Les clivages d’aujourd’hui», contenu dans notre édition papier (Le Regard Libre N°90).

Sébastien Lapaire
Sébastien Lapaire

Correspondant au Palais fédéral pour «L’Agefi», auteur-compositeur-interprète et essayiste, Jonas Follonier est le fondateur et rédacteur en chef du «Regard Libre».

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