Faut-il une séparation totale entre Etat et Eglises en Suisse?

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écrit par Sébastien Lapaire · 19 novembre 2025 · 0 commentaire

Enseignement religieux, financement public des Eglises, crucifix dans les classes et les parlements… En Suisse, la frontière entre foi et Etat reste mouvante selon les cantons. Faut-il tracer une ligne de séparation nette entre l’Etat et les Eglises?

Cilette Cretton

Militante féministe et ancienne députée valaisanne

Oui. Ainsi posée, la question évoque le Moyen Age pour la Valaisanne que je suis. En effet, à cette époque mon canton était gouverné par des princes-évêques qui exerçaient les pouvoirs temporel et spirituel. Plus près de nous, elle évoque les Etats islamiques et autres modèles peu enviés. Au XIXe siècle, la Suisse s’est dotée d’une constitution qui garantit la liberté de conscience et de croyance à tous les citoyens. Pour appliquer ce droit, l’Etat doit respecter une neutralité et une indépendance par rapport aux Eglises, quelles qu’elles soient. Chaque personne demeure libre de se soumettre à des injonctions religieuses, pour autant que celles-ci respectent les lois civiles qui s’imposent à tous. Dans cet esprit, les «reconnaissances» de quelques Eglises bien de chez nous qu’opèrent encore certains cantons n’ont plus lieu d’être et constituent même un manque de respect à l’égard de communautés ou d’individus qui partagent d’autres croyances que celles professées par nos ancêtres. Ces distinctions entretiennent même une certaine méfiance – pour ne pas dire un racisme larvé – à l’égard de certains étrangers établis dans notre pays. La loi valaisanne donne toujours à l’école publique la mission de former la personne humaine et «le chrétien», tout en recherchant «la collaboration des Eglises reconnues», et cela indépendamment de la religion pratiquée par les élèves qu’elle accueille. Enfin, certaines Eglises s’immiscent parfois dans le débat politique de manière un peu incongrue. Pour toutes ces raisons, je suis pour une séparation claire entre l’Etat et les Eglises en Suisse.

Raphaël Pomey

Ecrivain et fondateur du média Le Peuple

Non. Je revois ce chef d’entreprise croyant, hostile à l’initiative sur les «multinationales responsables» car elle visait son métier. Chaque dimanche, il avait l’impression de passer sous les fourches caudines en entrant dans l’église: drapeaux à l’entrée, sermons politiques, comme si toute divergence devenait hérésie. Une violation de la liberté de conscience, non plus spirituelle mais politique. Pourquoi? Parce qu’une institution gavée de subsides finit toujours par devancer les modes dominantes, de peur de perdre sa manne publique. C’est ainsi que la morale, naguère colonne vertébrale de la foi, a cédé la place au catéchisme climatique. Alors, comment assurer une identité vivante sans obliger quiconque à financer un service qui peut lui être étranger? Par l’arrêt du financement obligatoire et, simultanément, une réaffirmation de la foi dans l’espace commun. Non comme contrainte, mais comme mémoire vivante: les symboles religieux rappellent à tous d’où nous venons, ils nourrissent une identité partagée qui dépasse les croyants. S’en indigner, c’est vouloir n’être qu’un enfant du grand néant. Cessons d’agiter une laïcité chloroformante, que d’autres contournent si habilement. Oui, il est légitime que des crucifix demeurent dans des écoles, des tribunaux, des parlements, afin de témoigner d’une tradition qui unit ce pays au-delà des générations. Oui, la Suisse doit chérir ses croix sur les crêtes et au bord des routes. Mais que chacun reste libre de ne pas financer des institutions devenues succursales du progressisme. Non à l’obsession d’une séparation stérile, oui à la fin du financement contraint: une voie libérale, enracinée, fidèle à l’âme de ce pays.

Tous les mois, notre journaliste Pablo Sánchez fait croiser le fer à deux personnalités en désaccord, membres ou non de la rédaction du Regard Libre.

Vous venez de lire un débat tiré de notre édition papier (Le Regard Libre N°121).
Sébastien Lapaire
Sébastien Lapaire

Correspondant au Palais fédéral pour «L’Agefi», auteur-compositeur-interprète et essayiste, Jonas Follonier est le fondateur et rédacteur en chef du «Regard Libre».

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