«Winter Palace», le luxe rhabillé
Peu avant la nouvelle année, la Radio Télévision Suisse (RTS) a sorti l’argenterie et le cristal avec une série historique produite en collaboration avec Netflix. Si cette œuvre fastueuse est également audacieuse, il lui manque d’être prodigieuse.
Winter Palace raconte la naissance de l’hôtellerie hivernale de luxe en Suisse, à l’aube du XXe siècle. Au cœur des montagnes valaisannes se niche le village fictif de Champaz, austère de querelles voisines et déserté progressivement par les habitants, faute de travail. André Morel (Cyril Metzger) se lance dans le projet fou d’ouvrir un palace de luxe, en compagnie de sa femme Rose (Manon Clavel), afin d’attirer une clientèle internationale et de faire rayonner les terres de son enfance. Des soucis de recrutement de personnel aux premiers doutes, le couple Morel doit s’armer de patience et de convictions, mais bien vite tout se met en route et les premiers clients franchissent les portes du Winter Palace.
Grands palaces et petites intrigues
Bien vite, mais surtout trop vite. Car si les problèmes apparaissent, ils disparaissent aussi vite, résolus en une conversation, en une promesse, en un claquement de doigts. Le gros défaut de la série est bien là: ne pas prendre le temps d’installer ni les intrigues ni les personnages. Car si elle met en scène la vie d’un hôtel quatre étoiles, avec ses domestiques, ses clients extravagants et ses drames quotidiens, à l’instar de Downton Abbey, tout y est précipité et lancé sur le feu. On laisse à peine s’installer une tension qu’on la chasse, sans qu’elle ne laisse de trace. Les relations entre les différents protagonistes ne sont pas tissées, mais rapiécées; on passe d’une scène à l’autre sans trop croire au dénouement et on s’intéresse au lieu sans s’y attacher.
Ce qui est d’autant plus dommage, car les querelles et les problématiques que soulève l’histoire sont nombreuses et auraient pu donner lieu à une série psychologique au suspens galopant et aux mille retournements. Mais plutôt que d’exploiter un ou deux filons, les scénaristes ont choisi de tout accumuler et le montrer à l’écran.
Il aurait été préférable de laisser le spectateur déambuler dans les couloirs cossus de ce palace et de lui laisser le plaisir de la découverte inattendue, plutôt que de le guider bride au cou et tambour battant. Cela sent à plein nez la série qui redoute l’ennui du spectateur et qui fait tout pour ne pas le créer. Quitte à tomber dans l’empressement excessif…
Faire authentique plutôt que l’être
Avec beaucoup d’ambitions, Winter Palace se veut une série historique mettant en lumière les débuts du tourisme alpin, qui aura fait la renommée de la Suisse et qui constitue une part importante de son économie jusqu’à la Première Guerre mondiale. Néanmoins, la série souffre de bon nombre d’anachronismes, que Pierre Monnard assume à la manière d’un homme infidèle pris la main dans le sac («si l’authenticité historique était importante, le but de la série n’était pas d’être un documentaire sur l’hôtellerie suisse», dixit le réalisateur).
Ce n’est pas un problème en soi (l’anachronisme, pas l’infidélité), mais il ne faut pas se donner des airs que l’on n’a pas. Une fondue servie dans une salle de bal, une descente à ski sans utilité scénaristique, des villageois qu’on croirait empaillés, Winter Palace ressemble plus à une carte postale de la Suisse retouchée par l’IA que d’une photographie tout droit sortie des archives.
Malgré tous ces défauts, Winter Palace se laisse regarder, parfois avec plaisir, parfois d’un œil distrait. Avant tout grâce aux décors somptueux, aux costumes d’époque et au cachet photographique de certaines séquences.
Ecrire à l’auteur: quentin.perissinotto@leregardlibre.com
Vous venez de lire une critique publiée dans notre édition papier (Le Regard Libre N°114).

Pierre Monnard
Winter Palace
Avec Manon Clavel et Cyril Metzger
Décembre 2024
8 x 45 minutes
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