Les carnets d’élaboration de Theodor Wildt (4/10)

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écrit par Sébastien Lapaire · 22 novembre 2024 · 0 commentaire

Excursionniste émérite, studieux prosateur et brillant opérateur d’appareils photographiques, Theodor Wildt partage fragments textuels et imagés de son élaboration avec les lecteurs du Regard Libre.

Parcourant les méandres existentiels de la Nuithonie, il m’arriva souvent de considérer la trace que j’empruntais avec respect et reconnaissance. Quels en furent les initiateurs? Combien l’avaient foulé à mes devants, et passeraient encore à ma suite? En évitant les écueils dispersés sur le terrain, le chemin pédestre trouve son utilité dans le fait qu’il permet d’y évoluer à travers un rapport de commodité et d’efficacité; et son origine dans celui qu’un grand nombre de marcheurs se sont accordé sur ce fait pour l’instituer pas à pas. A cet égard, un itinéraire imparfait se verra rapidement complété par l’initiative de quelques détours ou raccourcis que l’usager aura le choix de considérer selon sa préférence. L’existence du chemin n’est jamais fortuite et a de tout temps répondu au besoin de rallier des points d’intérêt dans l’espace: il est le premier moyen de communication de l’histoire. Toute personne s’étant au moins une fois considérablement éloignée des sentiers battus ou de la civilisation sait à quel point la progression s’en rend beaucoup plus ardue, hasardeuse, et parfois même dangereuse. Si cette inconfortable incursion mène possiblement à des découvertes susceptibles de modifier nos savoirs et à baliser de nouvelles voies en terrain méconnu, son apport est amoindri en terrain maîtrisé – les infructueuses expériences passées demeurant invisibles. L’échappée permet néanmoins de repaître l’orgueil de l’aventurier intrépide en quête de reconnaissance: qui n’a jamais rêvé de défricher une piste inédite, en éclaireur affranchi de l’humanité? Il en va de même pour les chemins de la connaissance. Ainsi, nous aurions tort de penser que toute production académique, toute étude, correspond à une avenue digne d’être empruntée par la science; encore moins d’être appliquée sans prudence ni humilité quand elle s’accompagne de recommandations politiques comme il devient légion dans le champ des sciences humaines et sociales. Pétris de brio et d’érudition, certains universitaires souhaitent aussi le pouvoir d’influer sur la destinée du monde. Investis d’une mission morale, poussés par la concurrence à investir des sujets de recherche disruptifs, encouragés à la validation de leurs travaux par les médias afin de sécuriser leurs financements, ils détraquent volontiers leurs boussoles au prix de la réussite.

Ecrire à l’auteur: theodor.wildt@leregardlibre.com

Vous venez de lire un sujet publié dans notre édition papier (Le Regard Libre N°111).

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Sébastien Lapaire
Sébastien Lapaire

Correspondant au Palais fédéral pour «L’Agefi», auteur-compositeur-interprète et essayiste, Jonas Follonier est le fondateur et rédacteur en chef du «Regard Libre».

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