GB News, la chaîne qui défie le service public anglais
La chaîne d’info bouscule BBC News Channel en termes d’audience moyenne au Royaume-Uni et fait office de porte-voix de l’Angleterre du red wall, dans un climat de défiance croissante envers l’audiovisuel public.
C’est devenu le rendez-vous de tous ceux qui refusent de se soumettre à la bien-pensance. La chaîne britannique GB News, qui compte parmi ses présentateurs des figures éminentes de la vie politique britannique, issues du parti conservateur, de l’aile souverainiste du parti travailliste ou encore du parti Reform UK, propose tous les jours un service d’information en continu qui rivalise avec BBC News Channel en termes d’audience moyenne.
Fondée en 2021 afin d’introduire davantage de pluralisme parmi les grandes chaînes d’information du pays, GB News répond à cette promesse en prenant régulièrement le contre-pied du discours diffusé par l’audiovisuel public. Pour ce faire, elle utilise une méthode similaire à celle employée en France par CNews: donner la parole à des journalistes et à des invités dont le discours conservateur est censé refléter l’opinion de la majorité de la population, que les chaînes nationales subventionnées ont tendance à traiter avec condescendance.
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Cette recette est à l’origine du succès dont jouit GB News. D’après les données du Broadcasters’ Audience Research Board, en juillet 2025, la chaîne totalisait ainsi 80’600 téléspectateurs par jour en moyenne, soit 1,34% de parts d’audience, contre 78’650 téléspectateurs moyens et seulement 1,30 % de parts d’audience pour BBC News Channel.
L’intérêt que suscite ce nouveau venu dans le paysage audiovisuel anglais a été favorisé par le climat de défiance qui entoure la BBC, dont le discours est associé à celui d’une élite déconnectée des réalités de la population. L’image de la principale chaîne de télévision publique du pays a aussi pâti des nombreux scandales qui ont touché certains de ses journalistes les plus en vue, tel Huw Edwards, écarté en 2024 à cause d’une affaire de pédo-pornographie. Cette crise de confiance a été ravivée en novembre 2025 par la controverse liée au montage trompeur du documentaire consacré à Donald Trump par la BBC une semaine avant la dernière élection présidentielle.
La voix de l’Angleterre profonde
Lors d’un de ses passages dans la fameuse émission «Newsnight», Jacob Rees-Mogg, l’un des animateurs vedettes de GB News, résumait avec perspicacité l’avis de la plupart des spectateurs de cette chaîne au sujet de la BBC. L’ancien ministre conservateur affirmait que ce média public aurait une «vision du monde basée sur des a priori culturels, pas nécessairement attachés à un parti politique, mais qui traduisent une manière très urbaine et progressiste d’envisager le réel».
A l’inverse, GB News s’attache à parler aux électeurs du Nord désindustrialisé de l’Angleterre, qui ont voté pour le Brexit en 2016 et pour Boris Johnson lors des élections générales de 2019. Cette population vit dans une région désignée par les observateurs politiques comme le «red wall», soit le «mur rouge», puisqu’elle fut longtemps le bastion incontesté du parti travailliste et l’épicentre de l’électorat ouvrier du Royaume-Uni.
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Pour s’adresser à ce segment de la population, GB News entend lui redonner sa dignité en fustigeant par exemple les analyses de la BBC, qui a souvent présenté le Brexit comme une erreur en partie due à la désinformation à laquelle les électeurs des Midlands et de la partie septentrionale de l’Angleterre auraient été exposés. Or ce n’est pas seulement par sa rhétorique que GB News se distingue. Elle défend aussi une pratique du journalisme qui vise à se rapprocher autant que possible de son audience, notamment par le biais de plateaux délocalisés dans des villes moyennes et par la possibilité qu’elle donne à ses spectateurs de procéder régulièrement à des appels en direct, afin de faire de la parole populaire le fil conducteur de ses émissions.
Certes, des critiques sont régulièrement émises à son encontre par l’Office of communications (Ofcom). Le régulateur de l’audiovisuel britannique a, entre autres, critiqué le fait que certains présentateurs siégeant au parlement britannique aient laissé croire qu’ils agissaient avec impartialité dans leur traitement de l’information. Néanmoins, le service public anglais peut autant faire l’objet de reproches que sa concurrente, dans la manière dont lui aussi – et lui le premier – pèche par partialité. L’existence de GB News contribue justement à préserver un véritable pluralisme de l’information au Royaume-Uni, en donnant de la voix à des intervenants capables de parler à une partie du pays jusque-là marginalisée.
Fondateur du Cercle fribourgeois de débat et de rhétorique, Antoine Lévêque est rédacteur au Regard Libre. Ecrire à l’auteur: antoine.leveque@leregardlibre.com
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