Comme si ses résultats sportifs en demi-teinte ne suffisaient pas, le Paris Saint-Germain (PSG) se trouve en conflit ouvert avec la mairie de Paris au sujet de son stade. Pas seulement pour des questions d’argent.
La bataille médiatique fait rage entre le PSG (Paris Saint-Germain), club de football emblématique de Paris, et la mairie de la capitale française. Le club, détenu par la société Qatar Sports Investments (QSI), se plaint de pressions venant de la ville, dont la maire est la socialiste Anne Hidalgo, candidate à l’élection présidentielle l’an dernier.
Au cœur du conflit: le Parc des Princes. L’enceinte de 48 000 places appartient à la mairie, qui ne semble pas vouloir s’en séparer. Or, le PSG y a déjà investi 85 millions d’euros et envisagerait d’allouer 500 millions supplémentaires à la modernisation du stade. A condition, seulement, d’en devenir le propriétaire, ce qui n’est pas du goût de la mairie.
Un dialogue au point mort
Le début de l’année 2023 annonçait déjà la couleur. En plein imbroglio médiatique, Anne Hidalgo avait déclaré: «le Parc des Princes n’est pas à vendre et il ne sera pas vendu». Une déclaration sans appel? Pas vraiment, puisque la position de la maire s’est infléchie depuis. Et pour cause, le PSG fait figure de bon locataire et s’en séparer n’arrangerait pas les affaires de la mairie. Cela ne semble pas non plus être la position du club, puisque Nasser Al-Khelaïfi, président-directeur général du PSG, avait affirmé que «rester a toujours été notre préférence», en évoquant l’importance que le stade revêt aux yeux des supporters. Une manière indirecte de blâmer la mairie pour la stérilité des discussions.
Toutefois, les dirigeants qataris semblent ne pas mettre toute leur bonne volonté dans le processus. Leur offre de rachat à hauteur de 38 millions d’euros, proposée informellement à l’automne 2022, en est un exemple. Une offre jugée «ridicule» par Hidalgo et raillée par son premier adjoint, Emmanuel Grégoire: «Vous pensez vraiment que le Parc vaut moins que Leandro Paredes (ndlr : joueur du PSG), acheté 50 millions d’euros? Ce n’est pas sérieux». Ambiance.
L’épouvantail qatari
En dehors de la question du prix de vente du stade, d’autres critiques faciles pleuvent également de la part de la maire au micro de Radio France Internationale (RFI): «On est dans un Etat de droit […] Chez nous, les stades ne poussent pas comme des champignons, c’est vrai que vous n’arrivez pas avec un paquet de millions et devenez acquéreur de n’importe quel bien pour n’importe quelles conditions.» Une attaque qui fait implicitement référence aux scandales de constructions de stades de la Coupe du monde de football 2022 au Qatar.
Certains commentateurs ont relevé l’incohérence de la position de la maire, comme Daniel Riolo, journaliste chez Radio Monte-Carlo (RMC), au moment où Anne Hidalgo décidait de ne pas installer d’écrans géants dans la capitale pour la Coupe du monde: «Elle est allée pendant dix ans au Parc des Princes pour boire le champagne du Qatar. Ce pays sponsorise également le Prix de l’Arc de Triomphe et possède des immeubles dans Paris. C’est beaucoup d’emplois indirects créés en France. Tout le football français, d’ailleurs, vit grâce à cet Etat, notamment avec les droits que paie beIN SPORTS […]. Je mets en point d’orgue la maire de Paris parce qu’on touche le fond du ridicule.» Une manière s’il en est de tacler l’opportunisme politique de la maire parisienne.
Des enjeux importants
Face à la stagnation des discussions, le PSG étudie plusieurs pistes, dont le rachat d’un autre monument emblématique du football français: le Stade de France, dont la concession prendra fin mi-2025. L’opération serait estimée à 600 millions d’euros, bien loin des 40 millions mis sur la table pour le Parc des Princes. En outre, deux projets de construction d’un nouveau stade sont envisagés: le premier à l’hippodrome de Saint-Cloud et le second à Poissy, où le PSG bâtit actuellement son nouveau centre d’entraînement.
Dans tous ces scénarios, l’avenir du PSG ne s’écrirait pas à Paris. Or, le cas d’un départ du PSG de Paris ressemblerait fort à un échec de la mairie, qui en a conscience, tant le club est important pour l’image et le rayonnement international de la ville. Difficile d’entrevoir l’issue de l’affaire. Une chose est sûre: la diplomatie paie plus de dividendes que les invectives. La balle est dans les deux camps.
Ecrire à l’auteur: matthieu.levivier@leregardlibre.com
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