Le grand remplacement: retour au texte

6 minutes de lecture
écrit par Sébastien Lapaire · 17 février 2022 · 0 commentaire

Le Regard Libre N° 82Clément Guntern

Dossier «Immigration»

Livre de Renaud Camus sorti en 2011, Le Grand Remplacement a popularisé l’idée déjà présente dans certains milieux – notamment le mouvement white power aux Etats-Unis – selon laquelle les populations blanches occidentales seraient bientôt mises en minorités dans leurs propres frontières. Une idée, reprise par l’éditorialiste et désormais candidat à l’élection présidentielle française Eric Zemmour, qui a fait son chemin jusqu’à s’imposer dans les débats actuels. Bref retour critique sur le contenu de cet ouvrage, source de polémiques qui le dépassent désormais très largement.

Il ne sera nullement ici question de débattre de la pertinence démographique de la théorie du grand remplacement. De nombreux démographes y ont d’ores et déjà consacré travaux et articles; essentiellement pour critiquer et dénoncer cette thèse et ses chiffres qui, selon la quasi-totalité des experts, sont totalement exagérés et douteux.

A lire aussi | L’immigration au cœur de la présidentielle française: le point par candidat

Bien évidemment, ce débat est passionnel. Certains hurlent à la simple évocation du «grand remplacement» et refusent la discussion sur le fond et les peurs dont le livre témoigne. De plus, pour ces mêmes personnes, si quelqu’un s’empare de ce sujet et, par malheur, y décèle ne serait-ce qu’une pointe de vérité, il sera immédiatement décrédibilisé. Place ici à une démarche critique, curieuse et honnête d’une partie de cette théorie plus que controversée.

Une lutte pour la domination des territoires

La théorie du grand remplacement de Renaud Camus prédit que les populations dites indigènes seront dans quelques années minoritaires en France et en Europe. Autrement dit, Français et Européens de souche, les Blancs, seront bientôt dépassés en nombre par les nouveaux arrivants. Ceux-ci sont principalement originaires, selon l’auteur, de pays musulmans et d’Afrique sub-saharienne. Les migrants récents, mais aussi une grande partie des personnes issues de cette migration, par leur plus fort taux de natalité, veulent faire croître rapidement leur population afin de surpasser les indigènes par le nombre.

«Veulent», car Camus prête à tous ces gens une intention commune, ou du moins inconsciente d’œuvrer vers le grand remplacement. Selon lui, la venue de migrants correspond à une volonté, commune et organisée, de conquête de l’Europe par une «contre-colonisation» en retour de celle qu’ils ont vécue le siècle passé. Pour atteindre ces objectifs, les nouveaux venus auraient recours à ce que l’auteur appelle la «nocence»: vandalisme, meurtres, trafic de stupéfiants, etc. Ces activités ont pour effet de chasser les populations «françaises» en dehors de certaines zones, dans le but de dominer ces dernières.

Le choc des cultures

L’auteur estime que les immigrés imposent leur civilisation et leur culture sur les territoires qu’ils ont conquis. Il situe toutes ces actions dans le cadre d’une vaste lutte entre la culture française et la culture principalement arabo-musulmane des populations issues de l’immigration, toutes générations confondues. C’est précisément ce que l’auteur nomme la «grande déculturation», qui prend place au sein du grand remplacement. Cette disparition de la culture locale au profit d’une autre serait envisagée par ceux qui l’emploient comme une «arme de conquête» des non-Blancs sur les Blancs.

D’après Camus, certaines civilisations (en particulier la civilisation arabo-musulmane), avec leurs traditions et leurs règles, veulent et vont supplanter la culture française par le nombre. Ainsi, leur mode de vie et leurs croyances seraient des armes qu’utilisent consciemment les migrants pour pouvoir s’imposer. Sur son propre territoire, la culture française serait en concurrence depuis longtemps avec d’autres cultures. Dans son ouvrage, l’auteur mesure l’avancement de la disparition de la culture par ce qu’il considère comme le délabrement de la langue française, celui de l’enseignement de l’histoire et l’absence de vraies élites culturelles défendant l’héritage français. La disparition des élites, soutient Camus, est le moyen le plus rapide et le plus sûr de mettre fin à un pays; ce qui, selon lui, va inévitablement arriver en France.

L’homme remplaçable

Un autre aspect du grand remplacement que pointe du doigt Renaud Camus est la création de ce qu’il appelle un homme remplaçable. L’auteur dénonce la vision d’un homme identique sur toute la Terre qui peut être déplacé d’un bout à l’autre du globe sans problème, en fonction des besoins de l’économie.

Le problème selon lui est que l’homme n’est pas un être interchangeable à volonté. Il vit dans un contexte, un environnement composé d’une culture, d’une histoire, d’une langue auxquelles il est attaché. Penser l’homme comme une quantité de travail à faire venir dans un pays ou un autre nie tout simplement sa nature. Il est essentiel de conserver un équilibre entre l’être humain et son environnement matériel et culturel. Pour lui, envisager l’immigration comme solution au déclin démographique à l’œuvre en Europe est un leurre et une lourde erreur. D’une part, l’immigration détruirait les cultures locales. D’autre part, elle accélèrerait le grand remplacement.

L’immigration, l’immigration, l’immigration

Il est évident que l’immigration, son organisation, son objectif et ses conséquences doivent être débattus en tant qu’enjeu d’importance. Pourtant, faire de ce phénomène la cause de tous les problèmes et tenir son arrêt pour la solution, ne mène à nulle part. La défense de la culture et de l’art français est une noble cause, et Renaud Camus n’est de loin pas le seul à la défendre. Pour autant, voir dans la question de la langue française une volonté de domination des étrangers est une farce. Postuler une conscience et une volonté aussi généralisées et aussi machiavéliques de faire disparaître une culture tient de la théorie du complot.

Même si nous pouvons en retenir certains éléments, d’ailleurs peu révolutionnaires, comme la critique de la globalisation ou la valorisation de la culture, la base de la théorie de Renaud Camus mettant en scène un combat de civilisations prête volontiers le flanc à la critique. L’un des éléments les plus inquiétants chez Camus est sa méfiance, ou plutôt son refus de la science en tant que telle. L’auteur polémique met surtout en avant son expérience et celles qu’on lui a rapportées pour pouvoir tirer ses conclusions. Il prétend qu’il peut approcher la réalité de la France actuelle en se baladant dans la rue, en observant, en voyant ce qui se passe autour de lui.

C’est une lacune épistémologique lourde qui constitue la base de son livre. Comment tirer des conclusions sur plus de soixante millions de Français alors qu’on ne fait qu’observer dans la rue? Le refus de Camus d’accorder du crédit aux études scientifiques, en particulier aux statistiques, décrédibilise toutes ses conclusions, alors que certaines mériteraient un meilleur traitement.

Ecrire à l’auteur: clement.guntern@leregardlibre.com

Crédit photo: © Omer Unlu

Sébastien Lapaire
Sébastien Lapaire

Correspondant au Palais fédéral pour «L’Agefi», auteur-compositeur-interprète et essayiste, Jonas Follonier est le fondateur et rédacteur en chef du «Regard Libre».

Laisser un commentaire