Le sexe faible, en démographie, c’est l’homme
Et si les disparités de genre n’étaient pas toujours en défaveur des femmes? La démographie offre un tableau du réel bien différent de celui proposé par une sociologie sous haute pression idéologique. Tour d’horizon en dix points.
La sociologie du genre présente habituellement l’homme comme le sexe fort, dominant, sûr de lui et raflant au passage tous les avantages sociaux au détriment de la femme. Tapez les mots «inégalités de genre» sur internet, vous verrez défiler sous vos yeux une suite de graphes et de chiffres censés prouver noir sur blanc que les femmes sont les éternelles discriminées. Or, un détour par la démographie et la criminologie brise ce cliché omniprésent et trop rarement discuté. Petit survol d’une dizaine d’indices tabous qui questionnent l’image de l’homme fort.
1. L’espérance de vie et la surmortalité à tous les âges de la vie. Dans le monde, l’espérance de vie à la naissance s’élève à 70 ans pour les hommes, contre 75 ans pour les femmes. Malgré quelques fluctuations, cette différence moyenne de 5 ans montre une relative stabilité au cours du dernier siècle. Sur les 193 Etats-nations de la planète, il n’y a aucune exception. Certains pays de l’Est (Russie, Ukraine, Biélorussie) affichent jusqu’à dix ans de différence en faveur des femmes.
De même, pour chaque génération, les hommes sont plus nombreux à mourir que les femmes, et ceci dès leur venue au monde. Certes, le sexe-ratio à la naissance est favorable aux hommes, car il naît naturellement plus de garçons que de filles (en moyenne 105 garçons pour 100 filles), sexe-ratio qui peut s’élever à 115 garçons pour 100 filles à la naissance en raison de la pratique de l’avortement sélectif en Asie, au Caucase ou dans les Balkans. En revanche, une fois venus au monde, les hommes connaissent une surmortalité à chaque âge de la vie.
Les raisons de cette asymétrie sont autant biologiques que culturelles : les hommes ont une constitution biologique moins résistante (même en contexte de famine et d’épidémie), une moins bonne connaissance de leur santé et des règles d’hygiène, ils se rendent plus rarement chez le médecin, ont davantage de comportements à risques (drogues, accidents de la route, sports extrêmes…), succombent plus à la violence et à la guerre et exercent des métiers plus dangereux.
2. La mort de soldats sur le champ de bataille. En tout temps et en tout lieu, ce sont les hommes qui meurent sur le front. L’invasion russe de l’Ukraine depuis 2022 nous rappelle une évidence oubliée, à savoir que la guerre sur le front est une réalité à 99% masculine: des hommes massacrent d’autres hommes et sont massacrés à leur tour, ce qui fait du sexe masculin le «sexe jetable» (the disposable sex) selon l’expression du sociologue américain Warren Farrell. Et on aurait tort, selon lui, d’imputer ce statut à la seule recherche d’aventure ou de gloire. L’homme ne veut pas nécessairement se sacrifier, il doit le faire. La raison est à la fois biologique et politique: protéger sa famille, son groupe, ses biens et son territoire. Les honneurs et les décorations? Ils sont souvent posthumes ou dérisoires.
3. Les victimes d’homicide. S’il est vrai que, dans les sociétés les plus développées et pacifiées, les femmes sont davantage victimes d’homicides domestiques (deux femmes pour un homme), les hommes demeurent partout sur la planète les principales victimes de tous les types d’homicides (80%), commis par des auteurs eux aussi massivement masculins (90%).
4. L’addiction aux drogues dures. Les hommes souffrent d’addictions plus tenaces et fréquentes aux
drogues dures (cocaïne, héroïne, crack…) que les femmes. C’est le cas en Suisse et dans les pays occidentaux, où le sexe-ratio s’élève à trois hommes toxicomanes pour une femme, un ratio assez stable depuis un demi-siècle. Selon les sources disponibles, aucun pays n’échappe à la règle.
5. Le monde carcéral. En 2023, on compte un stock d’environ 11 millions de prisonniers dans le monde. Or 95% des personnes incarcérées sont des hommes – et il n’y a aucune exception parmi les 193 Etats. Le record de prisonnières à Hong Kong (19% de femmes) n’y change rien: le monde carcéral demeure un monde essentiellement masculin, ce qui confirme que l’individu criminogène par excellence est un homme – un «homme jeune», précisent les criminologues, qui situent le pic de la criminalité entre 20 et 30 ans. La moyenne suisse se situe dans celle mondiale. L’Office fédéral de la statistique a recensé en 2023 un stock de 6445 détenus: 94,1% d’hommes pour 5,9% de femmes, asymétrie inchangée depuis le début des relevés. Cet écart s’observe à tous les âges de la vie, de l’adolescence au quatrième âge. La criminologie conclut que le sexe masculin est plus enclin à la commission de tous les délits et crimes, hormis un crime spécifique: le rapt d’enfants. Dans la majorité des cas, des mamans souhaitent les protéger d’un père violent ou détesté. On croit rêver, tant ce stéréotype s’ancre dans des structures mythologiques anciennes: une mère protégeant son enfant d’un ogre prêt à le dévorer.
6. Les suicides. A partir de l’adolescence, les hommes se suicident davantage que les femmes. Aucune exception ne ressort de la liste des 193 Etats, malgré une certaine variabilité. Dans certains pays, les hommes se suicident jusqu’à six fois plus que les femmes, alors que dans une poignée d’Etats la différence est infime. Le ratio mondial s’élève à 3 suicides masculins pour 1 suicide féminin – ratio similaire en Suisse et en Europe. Certes, les tentatives de suicide des femmes sont plus élevées (jusqu’à trois fois plus), mais certains moyens utilisés peuvent être réversibles, notamment l’auto-intoxication médicamenteuse (cinq fois plus fréquente chez les femmes). En outre, les femmes demandent plus facilement de l’aide auprès des proches ou d’associations et peuvent être secourues à temps. Quant aux hommes, par leur intériorisation de la souffrance et leur isolement, ils réclament peu d’aide et recourent à des moyens irréversibles (pendaison ou armes à feu).
7. L’addiction au sexe. Une première approche consiste à dénombrer le nombre de prostituées dans les pays disposant de données fiables. Les pays européens présentent des chiffres relativement proches. Pour 90% de prostituées femmes (ou transgenres), on compte un peu moins de 10% de prostitués hommes. Sans surprise, la demande est inversement proportionnelle à l’offre, à savoir masculine à plus de 90%. En dépit de la libération sexuelle, l’émancipation des femmes et la vogue du transgenrisme qui caractérisent le féminisme de deuxième et troisième vagues, ces tendances n’ont pas évolué. Jusqu’à présent, dans tous les Etats, l’asymétrie hommes/femmes est spectaculaire et ne souffre aucune exception. Une seconde approche, plus récente, consiste à mesurer l’addiction numérique des hommes et des femmes à la pornographie ainsi que l’offre sexuelle proposée. Les résultats confirment l’asymétrie radicale du monde prostitutionnel: les consommateurs virtuels sont principalement des hommes alors que l’offre est essentiellement féminine (ou transgenre).
8. Le monde des sans-abri. Il s’agit de la catégorie de personnes la plus démunie et vulnérable des pays économiquement avancés. Dans les Etats occidentaux, les sans-abri sont généralement des hommes. A Paris, Londres, Lisbonne ou New York, le sexe-ratio oscille autour de quatre hommes pour une femme. Selon les données relevées par le Collectif des morts de la rue, 612 sans-abri sont morts en France en 2018. Parmi eux, 90% sont des hommes. La déchéance ultime est masculine.
9. Les accidents mortels sur le lieu de travail. Ce sont avant tout les professions des secteurs primaire (agriculture, pêche, extraction minière) et secondaire (construction, industrie des machines) qui comportent le plus de risques mortels; des professions harassantes et souvent dangereuses dans lesquelles les femmes sont sous-représentées. Ainsi, dans le monde, plus de 80% des accidents mortels, tous métiers confondus, concernent les hommes.
10. L’échec scolaire. A force de ne repérer que les discriminations à l’égard des filles, on néglige le fait que, depuis trente ans, une fraction importante des garçons en Europe décroche et échoue à l’école. Dans les pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), ils cumulent les handicaps par rapport aux filles: ils redoublent plus facilement, ont davantage de retard en lecture et écriture, étudient moins longtemps et sortent plus souvent sans diplôme des écoles post-obligatoires. Ce décrochage masculin, deux fois plus important que chez les filles, fait dire à certains spécialistes que «l’échec scolaire est un phénomène masculin» (Jean-Louis Auduc). On retrouve cette asymétrie au niveau des troubles de l’attention et de l’hyperactivité (TDAH), qui affectent plutôt les garçons. Enfin, on assiste à une surreprésentation masculine parmi les élèves sanctionnés (plus de 80%). Tels sont quelques faits relevés par Jean-Louis Auduc dans Sauvons les garçons (Descartes, 2009) et Sylvie Ayral dans La Fabrique des garçons (PUF, 2011).
Ces dix indices, ignorés ou passés sous silence, rééquilibrent l’approche biaisée par laquelle on présente les discriminations ou disparités de genre. Montrer que les hommes rencontrent des difficultés ou des handicaps dans certains contextes n’a absolument rien de machiste, n’en déplaise au féminisme antagoniste contemporain, et ne peut pas être présenté comme une démarche réactionnaire. Il en va tout simplement de la justice la plus élémentaire, de l’éthique la plus universelle, celle qui défend que «chacun vaut un et seulement un», comme le formulait le philosophe féministe John Stuart Mill au XIXe siècle. Si les mêmes statistiques ci-dessus s’appliquaient au genre féminin, on crierait au scandale absolu, on dénoncerait un patriarcat machiavélique qui écrase les femmes, voire un «gynocide» systémique et structurel. Heureusement, ces chiffres ne concernent que les hommes.
La myopie de la sociologie du genre
Commentaire. Ces dix statistiques présentent des tendances moyennes, certes. Mais elles sont suffisamment claires et marquantes pour redéfinir la notion imprécise de «stéréotype de genre». La sociologie du genre, héritière du paradigme de la feuille blanche de Sartre, est devenue aveugle à d’autres disciplines qui observent avec rigueur, sinon des invariants anthropologiques, du moins des prédispositions biologiques qui influencent statistiquement les comportements des hommes et des femmes.
Il n’y a aucune exception à la règle pour les dix indices analysés, alors que nous avons affaire à une extraordinaire palette d’Etats différents à tous points de vue (langues, religions, histoires, régimes politiques, rôles sociaux). Si vraiment les genres masculin et féminin étaient de pures constructions sociales, sans rapport avec le sexe et alimentant des stéréotypes de genre, nous observerions de nombreuses variations et inversions de chiffres. Il y aurait des pays où les hommes se suicident moins, se prostituent davantage, sont sous-représentés en prison ou ont une plus longue durée de vie. Or ce n’est jamais le cas.
Il est grand temps que la sociologie du genre ouvre les yeux et intègre les découvertes solides de l’endocrinologie, des neurosciences, de la criminologie ou encore de la psychologie évolutionniste pour se défaire du militantisme constructiviste et néomarxiste qui la mine, et rattraper les décennies de retard accumulé. La démographie, en tous cas, en montre le chemin.
Yan Greppin est professeur de géographie et de philosophie au Lycée Denis-de-Rougemont, à Neuchâtel
Laisser un commentaire