La cartouche de Ralph Müller: L’alliance de l’ordre et du courage

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écrit par Sébastien Lapaire · 30 March 2025 · 0 commentaire

Entre ordre et chaos, liberté et responsabilité, notre chroniqueur Ralph Müller explore l’équilibre nécessaire pour éviter à la fois l’hostilité doctrinaire et la dissolution morale.

Pourquoi nous battons-nous pour des idées? Pourquoi l’Est et l’Ouest ont-ils été prêts à risquer l’apocalypse pour la défense des leurs?

Le psychologue canadien Jordan Peterson répond de la façon suivante dans ses 12 Rules for Life: le fait de partager un système de croyances nous rend prévisibles les uns aux yeux des autres. Il existe alors une adéquation précieuse entre nos attentes et la manière dont autrui se conduit effectivement. Le maintien de cette adéquation est source de paix, et diminue les affres de l’incertitude. Voilà pourquoi l’on se bat, pour les avantages inestimables que procure cette harmonie.

Plus avant, un système de croyances est également un système de valeurs, c’est-à-dire un système d’orientation : dans la hiérarchie des biens qu’un tel système propose, des buts se dessinent naturellement. L’individu repose ainsi son angoisse d’être dans les directions qu’on lui offre. Sans valeurs donc, pas de sens. Mais entre des systèmes de valeurs distincts sourd le risque du litige.

La perte de croyances centrées sur le groupe diminue le risque de conflits grégaires, mais elle rend l’existence chaotique, dérisoire et intolérable. Soit je vis avec les miens et en opposition aux «autres», soit je vis en paix, mais sans savoir pourquoi je vis. Il s’agit de trouver un juste équilibre entre le fanatisme doctrinaire et le nihilisme. Entre un monde invivable d’être otage de croyances têtues, et un monde invivable d’être rétif à toute valeur.

Comment sortir de l’alternative entre l’hostilité et la dissolution morale? Selon Peterson, la seule issue réside dans l’élévation et le développement de l’individu. La crise du sens sera résolue par la responsabilité individuelle – c’est-à-dire, aussi, par le courage. C’est peut-être là la valeur cardinale: du courage tout part, de même qu’à l’inverse, de la peur tout chute.

Une axiologie commune ne pourrait ainsi (re)naître que d’une axiologie personnelle, qui est à trouver dans un effort constant vers les lumières du sens.

Je crois que nous avons tous, au fond, l’intuition du sens, le flair du juste. C’est de nous en remettre à des structures externes et autoritaires que nous perdons cette intuition fondamentale. C’est d’attendre qu’on nous dise où aller et pourquoi qu’on ne sait ni où l’on va, ni pour quelle raison. Car ces structures-là ont pratiquement disparu, et nous vivons dans un monde où science et relativisme ont agi comme des trous noirs pour toute espèce de boussole.

Or, jamais l’individu n’a eu un tel accès à l’information et à la culture. Jamais n’a-t-il pu, comme aujourd’hui, se former par lui-même, s’instruire, s’enrichir, s’élever. Voilà donc sa tâche, absolument urgente.

Toutefois, on ne peut se défaire de l’instabilité et l’existence est nécessairement prise entre l’ordre et le chaos. L’ordre, c’est ce qui est constant, prévisible, familier. Le chaos, c’est l’émergence de l’imprévu, l’irruption brusque de la nouveauté. Un monde peint aux seules couleurs de l’ordre est non seulement impossible, il serait également terne et sans saveur. Le sens de la vie est à chercher à la frontière de l’ordre et du chaos, entre la quiétude de la stabilité et l’effervescence de la rupture.

Je concluais ma dernière chronique en affirmant que la liberté était amour de soi. Je conclurai celle-ci en affirmant que la concorde du groupe passera, elle aussi, moyennant une intégration par chacun du respect qu’il se doit. La responsabilité du Sens nous oblige envers nous-mêmes. Nous devons nous porter garants d’un seuil d’ordre suffisant à faire de son alliance au chaos une étincelle et non un feu.

Vous venez de lire une chronique tirée de notre édition papier (Le Regard Libre N°114).

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Sébastien Lapaire
Sébastien Lapaire

Correspondant au Palais fédéral pour «L’Agefi», auteur-compositeur-interprète et essayiste, Jonas Follonier est le fondateur et rédacteur en chef du «Regard Libre».

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