Vertus de la galanterie

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écrit par Sébastien Lapaire · 17 May 2025 · 0 commentaire

La galanterie est-elle un instrument de soumission de la femme? Certainement pas, selon Jennifer Tamas, spécialiste de la littérature française du XVIIe siècle et auteure d’un essai récent sur le sujet.

On classe souvent ceux qui demeurent attachés aux normes de comportement qu’impose la galanterie parmi les conservateurs ou les réactionnaires. C’est contre ces jugements hâtifs que Jennifer Tamas se dresse dans Peut-on encore être galant? paru l’an dernier au Seuil.

L’auteure s’y attache à mettre en cause l’idée – aujourd’hui largement répandue – selon laquelle la galanterie serait un ensemble de normes de comportement rigides ayant contribué à la soumission des femmes. Au moyen d’une argumentation construite en partie sur la production littéraire française du XVIIe siècle, Tamas avance que la galanterie a permis au contraire aux femmes de devenir plus indépendantes, notamment parce qu’elles ont pu développer une vie sentimentale stimulante en dehors des bornes du mariage.

La galanterie n’est pas un «art de perdre»

Dès ses premières pages, Peut-on encore être galant? nous apprend que la galanterie n’est pas uniquement ce que l’essayiste nomme un «art de perdre», à savoir une manière d’agir conduisant les femmes à se donner aux hommes sans opposer trop de résistance. Selon cette spécialiste de la littérature galante du XVIIe siècle, cette pratique aurait été très profitable à la gent féminine, puisqu’elle favorisait, en tant qu’instrument de pacification des mœurs, un mode de relation entre les sexes permettant de préserver les femmes de la brutalité des rapports sexuels.

Jennifer Tamas n’est pas seule à défendre ce point de vue. Son analyse s’inscrit dans le sillage de réflexions semblables entamées par d’autres historiens des mœurs et des idées. Marc Fumaroli, qui fut longtemps professeur au Collège de France, estimait par exemple que l’Introduction à la vie dévote(1609) de saint François de Sales – un grand classique des ouvrages de spiritualité catholique très en vogue jusqu’au XXe siècle – pouvait aussi être qualifié de livre galant. L’auteur y invite en effet la femme à se laisser courtiser, puisque par sa beauté et sa grâce, elle peut poser des bornes aux élans les plus bestiaux des hommes.

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La thèse de Jennifer Tamas est plus radicale encore. Si la galanterie permet certes aux femmes d’exercer un certain contrôle sur le comportement des hommes qui les entourent, elle favoriserait également leur émancipation. Pour l’essayiste, ceux qui agissent à travers le prisme de rapports galants doivent nécessairement faire preuve d’un grand détachement à l’égard du sentiment amoureux. Ainsi, parce que la galanterie permet à ceux qui s’y essaient de jouer le jeu de la séduction sans le prendre trop au sérieux, elle inscrit les relations amoureuses dans une logique de fluidité qui tranche avec les carcans imposés par le mariage.

A la critique de certaines féministes qui voient dans la galanterie une manière dépassée d’envisager les rapports entre les sexes, Tamas répond que la galanterie a permis jusqu’à présent une liberté de mœurs aussi grande que celle prônée aujourd’hui par les pourfendeurs du couple traditionnel. Parmi lesquels on a tendance à trouver, justement, les féministes en question.

Fondateur du Cercle fribourgeois de débat, Antoine Lévêque est rédacteur au Regard Libre.

Ecrire à l’auteur: antoine.leveque@leregardlibre.com

Vous venez de lire une analyse publiée dans notre édition papier (Le Regard Libre N°116).

Jennifer Tamas
Peut-on encore être galant ?
Editions Du seuil
Septembre 2024
72 pages

Sébastien Lapaire
Sébastien Lapaire

Correspondant au Palais fédéral pour «L’Agefi», auteur-compositeur-interprète et essayiste, Jonas Follonier est le fondateur et rédacteur en chef du «Regard Libre».