Les carnets d’élaboration de Theodor Wildt (10/10)

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écrit par Sébastien Lapaire · 28 June 2025 · 0 commentaire

Excursionniste émérite, studieux prosateur et brillant opérateur d’appareils photographiques, Theodor Wildt partage fragments textuels et imagés de son élaboration avec les lecteurs du Regard Libre.

Il existe une prétention chez les héritiers de la dite postmodernité, qu’en fiers adeptes, s’étant investis de la charge sacrée de la vérité et de la morale, ils ne sauraient remettre en question: celle de la spécificité et du bien-fondé de leur propre positionnement. La modernité, qui précède l’avènement du génie critique postmoderne, aurait péché par naïveté et par excès, au point de nous mener, par l’hybris du progrès et à travers les pires atrocités, au point d’orgue des conflits cataclysmiques du XXe siècle. Par la grâce inédite de leur niveau de connaissance et de conscience, les éveillés du dimanche pensent avec suffisance que, par leur intercession, on ne nous la fera plus. Voilà qui rappelle les velléités de leurs ancêtres modernes, attachés à se distancier du totalitarisme religieux par la consécration des sciences. Aussi, finis les grands récits de la raison ou de l’Histoire: pour nos fondamentalistes séculiers, le présent se juge à l’aune des erreurs du passé et interdit tout enracinement si ce n’est dans la reconnaissance des fautes et de leur absolution. Voilà qui rappelle quelque attribut chrétien. La critique de la modernité – si on la considère comme allant de Montaigne au romantisme, en passant par Nietzsche ou le très actuel Sylvain Tesson – s’est toujours trouvée présente dans le temps et l’idée même de la modernité. Cela dit, il est un pédantisme propre à chaque génération de se concevoir plus digne et éclairée que la précédente. Ce que nous infligent présentement les convers de la postmodernité, c’est la thèse contradictoire d’une morale rationnelle dogmatique. Fondée sur le prêche de la production académique consacrée en sciences humaines, cette mouvance invoque son autorité pour rectifier nos supposées déviances par des procédés d’ingénierie sociale. Primauté intellectuelle et supériorité morale: la psyché de ses adeptes s’en trouve ravie. Le politique, démissionnaire de sa filiation philosophique, y retrouve enfin une pensée doctrinale à investir. La beauté en moins. Otez à l’individu la possibilité d’inscrire son existence au sein d’un récit civilisationnel rassembleur, c’est le cœur de son humanité que vous trouverez éteint. L’Histoire est le sens même de l’existence. Plus que de compromissions intellectuelles, nous avons besoin d’une littérature à la fois audacieuse et héritière.

Photo: Theodor Wildt

Ecrire à l’auteur: theodor.wildt@leregardlibre.com

Vous venez de lire un sujet publié dans notre édition papier (Le Regard Libre N°117).

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Sébastien Lapaire
Sébastien Lapaire

Correspondant au Palais fédéral pour «L’Agefi», auteur-compositeur-interprète et essayiste, Jonas Follonier est le fondateur et rédacteur en chef du «Regard Libre».

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