La lecture de Pascal Couchepin: «Apocalypses»

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écrit par Sébastien Lapaire · 08 December 2022 · 0 commentaire

Chaque mois, retrouvez la chronique d’une des personnalités qui nous font le plaisir de prendre la plume en alternance. Actualité, histoire, politique et philosophie: plongée dans les lectures de l’ancien conseiller fédéral Pascal Couchepin.

Le titre, d’abord! Selon le dictionnaire, «apocalypse» a deux sens. Soit il s’agit d’un genre littéraire juif datant des deux siècles avant notre ère, soit il correspond à une catastrophe qui évoque la fin du monde. L’Apocalypse de Jean – qui est un texte optimiste, puisqu’il s’achève par le triomphe du Bien sur le Mal – appartient à la première catégorie. Une guerre nucléaire relève de la seconde définition. Niall Ferguson, professeur à Oxford et Harvard, évoque des événements qui ont accablé l’humanité. Nous ignorons beaucoup d’entre eux parce qu’ils sont survenus à des époques anciennes ou dans des régions éloignées. Le sud est asiatique, ce qui est aujourd’hui l’Indonésie, ainsi que la Chine ont été frappés par des catastrophes – feu, inondations, tremblements de terre, éruptions volcaniques – qui causèrent des millions de victimes. L’Occident se souvient de la peste de Justinien, de la Grande Peste, plus récemment de la grippe espagnole, du tremblement de terre de Lisbonne qui suscita des textes célèbres de Voltaire, et bien sûr de l’épidémie du Covid, longuement analysée.

L’auteur tente de mettre de l’ordre dans la suite de ces événements. Il en distingue plusieurs types. Le «cygne noir» de l’essayiste Taleb, tout d’abord, événement très rare, dramatique par ses conséquences. Les cygnes étaient tous blancs jusqu’au jour où on découvrit en Tasmanie des cygnes noirs. On ne peut guère se prémunir contre ce type de risques, sauf à avoir à l’esprit que tout peut arriver, ce qui n’est pas d’un grand secours lorsque le dommage se produit. Il y a ensuite le Rhinocéros gris qui est un événement prévisible, mais qu’on a ignoré par négligence, par un biais cognitif, par opportunisme. Un tremblement de terre en Californie appartient à ce genre et pourtant cet Etat américain s’est développé, jusqu’au jour où… Il y a enfin le Roi Dragon, qui est un cygne noir, mais avec des conséquences immenses, pas nécessairement négatives. Ferguson évoque la naissance de Bouddha, Mahomet ou Jésus, voire Karl Marx!

Résumer Apocalypses à une typologie des événements dramatiques serait réducteur. Il décrit la réaction des êtres humains face aux drames collectifs qui les affligent, les théories qui tentent de les expliquer. Il détaille le mode de transmission des virus qui a des parentés avec la diffusion des nouvelles, selon les théories des réseaux. Il analyse les faiblesses qui ont conduit à l’échec de la navette Columbia. Le livre est foisonnant.

Que nous dit finalement Ferguson? Une leçon presque banale: tout est possible. Il faut se préparer à ce qui est probable, mais autre chose peut survenir. Et peut être faut-il adopter la philosophie de Daniel Defoe, l’auteur génial de Robinson Crusoé: «Il y eut à Londres une terrible peste en l’an 1665. Elle fit cent milliers de morts. Et cependant je vis encore!»

Ecrire à l’auteur: pascal.couchepin@leregardlibre.com

Illustration de couverture: © Nathanaël Schmid pour Le Regard Libre

Vous venez de lire une chronique tirée de notre édition papier (Le Regard Libre N°91).

Vers les précédentes chroniques de Pascal Couchepin

Niall Ferguson
Apocalypses
Grasset
2021
404 pages

Sébastien Lapaire
Sébastien Lapaire

Correspondant au Palais fédéral pour «L’Agefi», auteur-compositeur-interprète et essayiste, Jonas Follonier est le fondateur et rédacteur en chef du «Regard Libre».

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