Cet été, je n’ai sillonné ni la Méditerranée ni un quelconque pays, mais je me suis octroyé le luxe de voyager en compagnie de Joseph Kessel et Alessandro Baricco. Pour deux périples aux accents de nostalgie.

Au cours du premier voyage, j’ai embarqué pour la Lituanie à bord d’un train glissant au travers des pluies d’automne et des nuits rauques, le début du XXe siècle défilant à toute allure. Dans l’effervescence des révolutions et des révoltes intérieures. Et si la seconde moitié de court roman nous plonge dans l’atmosphère lourde et étrange d’une famille d’exilés russes à Kosnov, ce sont les pages écrites au son mécanique des rails avalés qui m’ont particulièrement charmé. Celles où, dans le silence timoré de sa cabine feutrée, Estienne, le narrateur, se laisse aller à des rêveries qui s’évaporent au rythme de pas dans des couloirs qui semblent lointains. Et qui préfigurent sa lente dérive dans l’alcool, le cerveau grisé par le désir d’absolu. Je suis entré dans l’univers de Kessel par ce Wagon-lit et il est certain que je compte poursuivre le voyage au gré de sa plume, d’une élégante désinvolture.

«A l’intérieur brillaient doucement des bois polis, des velours. Les femmes, dans les couloirs, paraissaient plus belles, les hommes plus audacieux.»

Joseph Kessel
Wagon-lit
Folio
1998
128 pages

Alessandro Baricco nous emmène, lui, pour un tout autre voyage: direction le Japon du XIXe siècle! Dans les pas d’Hervé Joncour, j’ai sillonné les 1600 miles de mer et les 800 kilomètres de routes qui séparent le sud de la France du pays du Soleil-Levant. Chargé par son patron de rapporter de minuscules œufs de vers à soie, Hervé Joncour chemine pendant plusieurs mois, loin des siens, afin d’apporter de quoi faire prospérer ce juteux commerce. Année après année, il répète ce trajet, avec le même stoïcisme, empruntant toujours le même itinéraire, identique à un mot près. Trois fois. Envoûté par le regard d’une jeune femme qui lui sert de guide. Puis vient cette quatrième traversée, source de tous les dangers. Carnet de voyage, roman des amours impossibles qui se poursuivent sans jamais avoir commencé, refrain fredonné en silence, Soie est une variation des désirs diffus et des aspirations déçues. Une aussi absurde et ténue expédition que l’est l’existence.

«Parfois, les jours de vent, Hervé Joncour descendait jusqu’au lac et passait des heures à le regarder, parce qu’il lui semblait voir, dessiné sur l’eau, le spectacle léger, et inexplicable, qu’avait été sa vie.»

Alessandro Baricco
Soie
Folio
2001
144 pages

Ecrire à l’auteur: quentin.perissinotto@leregardlibre.com

Vous venez de lire un article tiré de notre dossier TRANSPORTS, publiée dans notre édition papier (Le Regard Libre N°103).
Sébastien Lapaire
Sébastien Lapaire

Correspondant au Palais fédéral pour «L’Agefi», auteur-compositeur-interprète et essayiste, Jonas Follonier est le fondateur et rédacteur en chef du «Regard Libre».

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