Ne pas financer l’UNRWA, c’est nourrir la haine contre l’Occident

4 minutes de lecture
écrit par Sébastien Lapaire · 01 February 2024 · 0 commentaire

Chaque mois, retrouvez la chronique de l’une des personnalités qui nous font le plaisir de prendre la plume pour Le Regard Libre en s’alternant. La journaliste indépendante Sophie Woeldgen livre son regard de reporter au Proche-Orient sur un sujet qui la démange.

Vendredi, la nouvelle a provoqué un tremblement de terre. Douze employés de l’UNRWA à Gaza, l’Agence onusienne de secours aux réfugiés palestiniens, ont été accusés par Israël d’avoir participé aux massacres commis le 7 octobre. Comme l’a exprimé Antonio Guterres, secrétaire général de l’Organisation des Nations unies (ONU), il y a de quoi se sentir «horrifié». Dans la foulée, les principaux pays donateurs, Etats-Unis en tête (mais aussi la France, l’Allemagne, la Suisse, le Royaume-Uni), ont annoncé suspendre leur contribution à l’UNRWA, qui risque ainsi de devoir cesser ses activités «d’ici fin février», selon sa déclaration.

Suspendre l’aide à près de 5,9 millions de Palestiniens dans le besoin s’avère irresponsable. Comment justifier que l’action individuelles de douze employés – sur près de 13’000 à Gaza (dont 152 ont été tué par la riposte Israélienne) – justifient de plonger, un peu plus, deux millions de Gazaouis dans la famine? D’autant que l’accusation d’Israël intervient au lendemain du jugement de la Cour internationale de Justice (CIJ), selon lequel les actes de guerre de l’Etat hébreux à Gaza relevaient de la Convention sur le génocide.

L’alternative? L’islamisme

Vue depuis le Liban, cette décision choque. Le média Mégaphone news (qui s’est forgé une solide réputation en dénonçant la corruption des politiciens et la répression du Hezbollah) écrit: «L’armée israélienne mène une guerre contre l’UNRWA, dans le cadre de son plan visant à déplacer les Palestiniens après les avoir tués et affamés.» D’autres journalistes reconnus expriment leur colère sur les réseaux sociaux. Ici, ces décisions sont interprétées comme une preuve supplémentaire que l’Occident soutient inconditionnellement Israël et que leur vie n’a pas de valeur.

Pour rappel, l’agence de l’ONU a été créée en 1949 pour fournir une aide humanitaire aux 700’000 Palestiniens qui ont été, pour la plupart sous la contrainte, amenés à quitter leurs terres lors de la création d’Israël. Aujourd’hui, ces réfugiés et leurs descendants, soit près de 5,7 millions de Palestiniens, vivent en Jordanie, au Liban, en Syrie, en Cisjordanie, mais aussi dans la bande de Gaza.

A lire aussi | Suisse et Europe: quand l’argent public finance l’islam politique

Dans les camps, des dizaines de milliers de personnes cohabitent dans des conditions insalubres. L’Etat libanais, absent en ces lieux, interdit par exemple aux Palestiniens d’exercer 73 métiers qualifiés – professeur, ingénieur, médecin… – sur son sol et d’être propriétaires d’un logement ou d’un commerce, les condamnant à la survie. Les factions palestiniennes se partagent le pouvoir et l’UNRWA est l’une des seules organisations actives dans l’éducation, la santé, et la gouvernance reconnue et présente partout, ce qui n’est pas le cas de la Croix-Rouge par exemple.

Le directeur d’une école de l’organisme alerte, sous couvert d’anonymat, que «le budget a commencé à baisser depuis 2015, mais ça fait vingt ans que le niveau des élèves baisse». Selon lui, «sur 700 élèves, 65% souffrent d’une situation économique insupportable à la maison. On les voit dans les poubelles pour chercher à manger.»

Tant qu’aucun accord politique n’aura été trouvé, octroyant des droits et un statut à ces réfugiés, la perfusion de ces camps par des fonds étrangers reste la seule option pour garder ces personnes en vie, sans qu’elles ne tombent dans la misère – sociale et matérielle – absolue. Et le radicalisme religieux est souvent le dernier sursaut quand la faim se fait entendre. Alimenter ce schéma semble plutôt incohérent… Sans oublier que la CIJ avait ordonné que l’aide humanitaire parvienne aux habitants de Gaza.

Vous venez de lire une chronique tirée de notre édition papier (Le Regard Libre N°103). L’article a été adapté après l’accusation d’Israël contre douze employés de l’UNRWA d’avoir participé aux massacres commis le 7 octobre.

Sophie Woeldgen est une journaliste de terrain, spécialiste du Proche-Orient et en particulier du Liban qu’elle couvre depuis des années. Vers ses précédentes chroniques.

Sébastien Lapaire
Sébastien Lapaire

Correspondant au Palais fédéral pour «L’Agefi», auteur-compositeur-interprète et essayiste, Jonas Follonier est le fondateur et rédacteur en chef du «Regard Libre».

Laisser un commentaire