En Laponie, la spécialité des cours en extérieur par -15 degrés

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écrit par Sébastien Lapaire · 06 April 2023 · 0 commentaire

L’éducation physique à l’école finlandaise est souvent considérée comme un modèle en Europe. Alors que plusieurs postulats sur le sujet ont été déposés ces dernières années au Grand Conseil vaudois, immersion dans la réalité des établissements scolaires en Laponie.

A -7 degrés, le quai de la gare de Kemi est vêtu d’une fine plaque de verglas qui a eu l’air d’être délicatement repoudrée dans le cours de la nuit. A peine sortis du train de ligne qui relie Helsinki à Rovaniemi, de bon matin, le photographe qui m’accompagne et moi respirons un air glacial. Mais pour les habitants de cette grande bourgade située sur les rives du golfe de Botnie, juste à l’embouchure du fleuve Kemijoki, la météo semble être d’une clémence insupportable. «D’habitude, nous tutoyons les -30 degrés en plein mois de janvier. Le nord de la Finlande est habituellement froid et rude en hiver», nous explique un passant, certes emmitouflé dans sa veste en plumes d’oie, mais semblant toutefois difficilement apprécier le redoux matinal.

Nous avons rendez-vous, un peu plus loin, avec Olli Kelhä. Ce jeune homme, bourré d’entrain, est professeur d’éducation physique et sportive dans un établissement scolaire situé en périphérie de la ville. Nous le retrouvons sur les rives du Kemijoki qui, en cette période de l’année, est recouvert d’une épaisse couche de glace et d’un solide manteau de neige. Engagés avec lui dans sa voiture aux pneus cloutés, nous prenons la direction d’Hepola, à huit kilomètres plus au sud du centre-ville.

Dans une de ces villes moyennes, trop moyennes

Originaire de Tervola, une ville située dans les terres, à quelques kilomètres de Rovaniemi, Olli s’est installé à Kemi en 2013 avec sa femme et y a bâti sa maison. Cette ville, spécialement réputée pour ses industries de pâte à papier et de carton, est paisible; il y fait particulièrement bon vivre. Et pourtant, malgré son grand parc industriel et les quelques centaines de nouveaux emplois qui s’y créent chaque année, la démographie de la ville est en constante chute. «La tendance de la population, ces dernières années, est de rejoindre les plus grandes villes. Les villes de moyenne taille, comme Kemi, voient ainsi leur population toujours plus déserter», explique le jeune homme. Sa crainte: voir un certain nombre d’écoles à la ronde fermer.

«Je travaille à Hepola depuis 2008, mais je sais qu’à terme, les classes de secondaires dans lesquelles j’enseigne fermeront, détaille-t-il. Je viendrai alors enseigner dans une des deux autres écoles de Kemi. Le problème n’est pas pour moi mais pour une partie des 13-16 ans de la campagne, qui devront trouver un moyen de rejoindre Kemi pour aller à l’école.»

Comme l’ensemble de ses collègues, Olli Kelhä est passionné par son travail. Il est aussi un homme d’engagement. Actuellement au début de sa thèse de doctorat dans le domaine de l’éducation physique en milieu scolaire, il met un point d’honneur à travailler ses cours de façon harmonieuse et scrupuleuse. «L’école est le lieu où les enfants apprennent à devenir citoyens. Nous ne pouvons pas nous permettre de manquer à notre devoir», souligne-t-il. Après une journée entière passée en immersion au sein de son établissement scolaire, nous avons compris pourquoi le système scolaire finlandais est aujourd’hui considéré comme l’un des meilleurs au monde.

Un curriculum national détaillé

La première étape de notre enquête dans l’un des milieux scolaires les plus performants du Grand Nord a été la lecture attentive du curriculum de base de l’éducation finlandaise, un document central de deux pages fourni par l’EDUFI, l’Agence nationale pour l’éducation en Finlande. Le curriculum actuellement en place – et qui définit les bases communes pour une éducation équitable dans l’ensemble du pays – date de l’automne 2016, année durant laquelle s’est achevée la dernière ronde de discussions exploratoires entre les différents acteurs du milieu scolaire finlandais. Ces discussions durent environ deux ans et ont généralement lieu une à deux fois par décennie.

Ce texte encourage à recentrer toute l’attention sur le bien-être des élèves au travers de nouvelles méthodes d’apprentissage. Le «bien-être», dans les écoles finlandaises, est pensé de façon holistique, c’est-à-dire globale. En pratique, cela revient donc à favoriser l’acquisition de compétences transversales et à revoir chaque méthode d’évaluation de manière à ce qu’elle soit adaptée aux forces et aux besoins de chaque enfant. Autrement dit, l’individualité de chacun doit être prise en compte, épargnant ainsi au mieux les décrochages scolaires et favorisant les aptitudes personnelles à l’apprentissage. Dans beaucoup de disciplines qui peuvent s’y prêter, il en résulte donc parfois un programme à la carte.

Rares sont les grandes villes de Laponie où le nouveau curriculum n’a pas été suivi pratiquement à la lettre. Mais dans une commune comme celle de Raattama, tout au nord de la Finlande, la seule école du village n’accueille que six élèves et un professeur, Outi Ruotsala, qui a aussi le rôle de proviseur. Au vu de sa taille et de ses ressources limitées, elle a été contrainte de réinterpréter le curriculum national de manière à le réadapter à l’échelle locale.

Une pratique loin d’être isolée : le curriculum national n’offrant qu’un cadre commun sans aucune contrainte d’application, il laisse une liberté considérable à toutes les plus petites écoles des régions périphériques pour interpréter le programme comme elles le souhaitent. L’école de Hepola, qui accueille plus de 400 enfants par jour, reste pour sa part un modèle type d’application du curriculum actuel. Son programme d’éducation physique, jugé particulièrement efficace, est devenu une source d’inspiration dans certaines écoles de Laponie – et d’ailleurs.

L’approche holistique du bien-être au travers de l’éducation physique

Les programmes d’éducation physique ont grandement évolué, comme dans la plupart des autres disciplines scolaires. En Finlande, plus aucun cours ou presque n’est dédié à la pratique d’un sport en particulier. Le curriculum de 2016 ne détaille d’ailleurs plus nommément la pratique de sports connus, à l’exception de la natation, comme matière de base des cours d’éducation physique. Autrement dit, le professeur est appelé à privilégier, auprès des élèves, la pratique de mouvements de base – favorisant la coordination, l’endurance ou encore la force – tout en renforçant l’intégration et la participation active de l’ensemble de la classe.

«Cela ne veut pas dire que nous ne jouons jamais au basketball ou au hockey dans la salle de gymnastique, précise Olli. Mais ces pratiques sont de plus en plus rares. Par exemple, aujourd’hui, certains de mes élèves m’ont demandé d’organiser une séance de skateboard dans la cour et je n’ai pas eu tant de raisons de la leur refuser.» Ni la température négative à -6 degrés ni même le temps venteux et nuageux n’ont arrêté cette prédisposition à faire cours dehors.

Une nouvelle conception de l’éducation physique a même été intronisée il y a quelques années dans les régions plus au sud de la Finlande, et plus particulièrement à Jyväskylä. Nommée «Creative Physical Education» (CPE), elle se fonde sur un modèle d’éducation qui a déjà fait ses preuves en Australie et qui cherche à s’étendre en phase test dans la plupart des régions du pays. Cette méthode vise à permettre aux élèves non seulement de pratiquer une activité physique, mais aussi de créer, en comité, un jeu qui sera joué par l’ensemble de la classe. En d’autres termes, la classe entière est amenée à définir les règles de base d’un nouveau jeu qu’ils vont inventer. Les élèves ne sont donc plus seulement de simples joueurs, comme dans la plupart des cours d’éducation physique à travers le monde, mais deviennent également des concepteurs de nouvelles activités.

Cette façon de procéder leur permet ainsi de mieux comprendre les logiques de base de l’éducation physique et sportive, en équipe et en stimulant leur créativité. De plus, sans présence d’arbitre, il revient aussi à ces jeunes gens de faire preuve de lucidité et, si besoin, d’amender eux-mêmes les règles du jeu pour les rendre plus justes. «Je n’ai jamais entendu parler de cette façon de procéder, nous explique Olli Kelhä. Mais je dois dire que mes cours sont travaillés sur une base presque similaire et qu’elle est plutôt intéressante. De là à tenter cette nouvelle méthode ici, à Hepola, il n’y a qu’un pas.»

Bien entendu, si le professeur n’exerce qu’un simple rôle d’accompagnateur dans le processus de création du nouveau jeu, il reste le premier garant de la sécurité et du bien-fondé de l’activité. Autrement dit, il doit se servir de ses connaissances en matière de développement physique et de santé sportive pour accompagner ses étudiants vers une prise de décisions juste. Une spécialisation qui ne s’acquiert, en Finlande, qu’au terme de plusieurs années d’études universitaires poussées. La Lapland University of Applied Sciences est d’ailleurs l’une des seules universités du pays, avec celle de Jyväskylä, à disposer d’un cursus d’études porté dans ce sens. Pour mieux comprendre le décalage avec les différents systèmes que nous connaissons dans les 26 cantons de Suisse, il convient dès lors de faire un pas de côté.

Des professeurs spécialistes à tous les niveaux

Quelques jours avant d’embarquer pour Kemi, à quelques dizaines de kilomètres seulement du cercle polaire arctique, l’enquête nous avait tout d’abord menés dans les archives vaudoises. De nombreuses interventions parlementaires ont en effet été déposées au Grand Conseil au sujet des cours d’éducation physique et sportive dans les écoles du canton. Parmi les différentes prises de position rédigées depuis 2013, un document a particulièrement attiré notre attention. Il s’agit du rapport d’une commission chargée d’examiner un postulat rédigé par le député Jérôme Christen et à laquelle l’ancienne conseillère d’Etat et cheffe du Département de la formation, de la jeunesse et de la culture Anne-Catherine Lyon avait pris part en 2015.

Selon la ministre d’alors, la responsabilité des cours d’éducation physique et sportive en primaire pouvait parfaitement revenir à des professeurs généralistes, autrement dit titulaires d’un simple bachelor délivré par la haute école pédagogique du canton. Une exigence jugée trop faible pour les postulants, alors qu’une part de plus en plus élevée d’enfants arrive au niveau secondaire avec un déficit physique évident, l’ensemble des mouvements de base n’ayant vraisemblablement pas été travaillés en primaire. Le problème persiste, mais selon les autorités vaudoises d’hier comme d’aujourd’hui, il n’est pas dû à un manque de volonté. Mais plutôt de budget.

L’actuel président du comité de l’Association vaudoise d’éducation physique scolaire (AVEPS) Jacques Rubattel se souvient bien de cette séance de commission au sein de laquelle il avait été invité à prendre la parole en tant qu’expert. Le manque de spécialistes dans les écoles primaires est évidemment un défi à long terme que son association souhaite empoigner. Il a alors cherché à collaborer avec les successeurs d’Anne-Catherine Lyon à la tête du DFJC – d’abord avec Cesla Amarelle, et désormais avec Frédéric Borloz – pour tenter de faire de la place pour une voie de compromis.

«Si les spécialistes coûtent cher, il faut au moins qu’ils puissent collaborer avec les professeurs généralistes, nous explique-t-il par téléphone. Nous avons donc mis sur pied des séances d’animation pédagogique au sein desquelles les enseignants de primaire peuvent être accompagnés par des professeurs au bénéfice d’une maîtrise universitaire.» De cette manière, les élèves du premier et du deuxième cycle pourraient bénéficier du partage de compétences entre professeurs.

L’idée semble séduire le Conseil d’Etat, mais elle n’est pas pour autant généralisée dans toutes les écoles du canton. «Notre cheval de bataille actuel est de rendre l’animation pédagogique obligatoire, développe Jacques Rubattel. Actuellement, ces séances sont uniquement organisées au bon vouloir des directeurs d’école. Il nous faut aussi créer des formations dédiées à l’organisation de ces animations. Le chemin est long, mais nous sommes sur une bonne voie.» Par simple goût de la comparaison, nous avons donc cherché à connaître les règles nationales en vigueur en Finlande.

«Les règles sont manifestement plus strictes ici», tranche Olli Kelhä. Avec ses 5,5 millions d’habitants, autrement dit un bassin de population inférieur à celui de la Suisse, la Finlande compte, dans presque toutes ses écoles, un corps professoral spécialisé pour tous les cours d’éducation physique. Autrement dit, les généralistes y sont plutôt rares. Pour y obtenir le droit d’enseigner la branche, le double master en pédagogie, puis en faculté de sport est une exigence incompressible. «Beaucoup sont attirés par le métier de professeur d’éducation physique en Finlande, explique Olli Kelhä. Seuls 6% des étudiants inscrits en première année de faculté sont reçus pour poursuivre leurs études. C’est un chiffre officiel de l’Université de Jyväskylä et il est parfois inférieur au pourcentage de réussite dans certaines facultés de médecine.»

Peut-on expliquer cette disparité autrement que par la simple raison financière? Certains évoquent des politiques sociales de bien-être plus avancées dans la région de la Baltique qu’ailleurs. D’autres, plus simplement, relient ce phénomène à des différences culturelles marquées entre la Suisse (et le reste de l’Europe occidentale) et les pays scandinaves. En Finlande, l’éducation physique à l’école, couplée à des cours d’éducation de la santé, est un investissement de tous les jours. Et cette condition semble indispensable.

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©️ leMultimedia.info / Oreste Di Cristino [Hepola-Kemi]

Les élèves comme premiers décideurs

Revenons à Hepola. L’établissement, que nous avons pu visiter, est composé de femmes et d’hommes dont la mission première est manifestement de rester à l’écoute des élèves. Nous faisons d’ailleurs la rencontre, en salle des maîtres, d’Anna-Maija Leinonen, la principale de l’école. Après nous avoir expliqué l’histoire de son établissement, tout bâti de briques rouges et aux charpentes blanches, laissant curieusement rappeler les bâtisses anciennes de la domination russe, elle livre une analyse personnelle du modèle scolaire finlandais.

«L’un des facteurs de réussite distinctifs du programme, et du système scolaire finlandais en général, est la culture bottom-up, explique la responsable. Les nouvelles pratiques qui fonctionnent et qui ont été testées à l’échelle d’une classe remontent assez rapidement à l’échelle de l’école entière. En principe, toute personne de notre communauté – les élèves en premier lieu – peut influencer le développement de l’école. En revanche, cela nécessite pour chaque professeur de faire preuve d’un leadership pédagogique reconnu.»

Favoriser un environnement d’apprentissage paisible est une obligation pour les directeurs d’école en Finlande, quels que soient la taille des établissements et leur emplacement. Une marque d’importance est aussi mise sur l’espace: les élèves doivent pouvoir bénéficier d’une cour extérieure suffisamment grande pour les pauses. Des espaces de jeux et de repos sont également nécessaires. A Hepola, tous ces lieux ont été aménagés il y a déjà plusieurs années et la salle de gymnastique reste à disposition de tous durant les récréations. «Il fut un temps où nous avions aussi une piste de ski dans la cour», sourit la principale Leinonen.

Une règle formelle oblige même tous les élèves à passer 15 minutes de leur pause matinale en extérieur, tant que la température n’affiche pas moins de -20 degrés. «Cette prédisposition a été consultée et a retenu l’accord de toutes les personnes impliquées dans la mise en place des règles intérieures», explique Olli Kelhä. Autrement dit, élèves, parents d’élèves, professeurs et direction de l’école se sont accordés pour une telle mesure. Puis, sur demande des élèves, l’activité physique tient désormais aussi une part importante dans le processus d’apprentissage quotidien.

L’activité physique, aussi en dehors des cours de gym

Si les marques de politesse n’existent pas en Finlande, le professeur n’ayant pas nécessairement un statut d’autorité défini vis-à-vis des élèves, les professeurs des écoles restent particulièrement respectés. Leur travail, au-delà de transmettre un savoir, consiste à accompagner socialement les élèves pour qu’ils trouvent, ensemble ou en petits groupes, les meilleures prédispositions à l’apprentissage. «Nous ne sommes pas des amis, mais la relation professeur-élève est vraiment différente qu’en France», nous explique dans notre langue la professeure de français. «C’est la même chose dans la vie courante, poursuit-elle. Si tu croisais la Première ministre Sanna Marin, tu pourrais sans autre la tutoyer.»

Une des marques distinctives de cette relation est visible dans la manière de faire cours. Tous les professeurs de l’école de Hepola ont intégré une règle informelle de l’établissement: ne plus faire classe assis dans une salle. «Nous avons souhaité avoir des jours d’écoles qui se révèlent plus actifs et donc aussi plus confortables, explique la proviseure que nous recroisons plus tard dans les couloirs. Nous souhaitons intégrer plus de mouvements dans les classes et éviter que les professeurs dispensent des cours ex cathedra, comme perchés en haut d’une chaire. Cette façon de faire nous semblait être de moins en moins productive.» Favoriser les mouvements au sein même de la classe, voire dispenser les cours en extérieur lorsque les éléments ne s’y opposent pas, est une manière radicale et «à la finlandaise» de lutter contre l’ennui et la somnolence en cours.

De plus, pour contrôler le niveau d’activité physique des élèves durant les heures de classe mais aussi en dehors, une application pour smartphones a été étudiée par l’Université de Jyväskylä et mise à disposition de toutes les écoles du pays en 2016. «Move!» s’attelle à étudier en continu, à la façon de la plupart des applications de santé, les mouvements quotidiens des élèves. Les données recueillies sont ensuite, sous réserve d’un accord des personnes concernées, rendues disponibles aux professionnels de santé engagés par l’établissement scolaire. Les professeurs d’éducation physique, mais aussi les infirmiers scolaires et les médecins de famille, peuvent ainsi prendre appui sur les données physiques d’un élève afin de mieux le guider dans son quotidien.

L’app a été pensée et validée par l’EDUFI avant d’être intégrée dans le curriculum de 2016, pour inciter tous les établissements à l’utiliser. «Qu’on ne tombe pas dans un leurre, nuance Olli Kelhä. Cette façon de faire ne règle pas tous les problèmes d’inactivité physique qui peuvent exister chez certains élèves. Mais elle a au moins le mérite, chez ceux qui ont plus de difficultés à faire du sport, de favoriser un environnement actif qui stimule leur développement personnel et cognitif.»

La conception d’une telle application, mise en service par une agence étatique, s’avère un point de divergence majeur avec l’ensemble des systèmes connus en Suisse. Outil de régulation pour les uns, de surveillance pour les autres, la mise à disposition d’un tel instrument n’obtiendrait pas l’unanimité dans notre pays. Les cantons n’iraient-ils pas trop loin s’ils venaient à imposer un système similaire aux élèves? (Voir lien en fin d’article.)

Un entraîneur personnel à disposition des élèves

L’école de Hepola, qui se situe d’ailleurs à quelques encablures du golfe de Botnie, se révèle donc bon élève dans la mise en œuvre du curriculum national. Elle favorise le bien-être de ses élèves et s’engage, dans la mesure du possible, en faveur de leur activité physique, sans pour autant porter un quelconque préjudice aux autres branches scolaires usuelles. Mais un dernier détail nous saute aux yeux juste avant de reprendre la route en direction de Rovaniemi.

Dans la liste des professionnels engagés par l’école de Hepola se trouve également le nom de Jari Poikela, un entraîneur personnel. Jari est un jeune physiothérapeute établi dans la région de Kemi-Tornio, frontalière avec la Suède. Après avoir demandé plus de détails à son sujet, il s’avère qu’il met à disposition ses connaissances à la faveur des élèves de l’école deux fois par mois. Pour cela, il dispose même d’un bureau de conseil au sein même de l’établissement. La tendance générale de la direction de l’école est de renforcer le plus possible les collaborations avec les professionnels de la santé. «Le fait de disposer d’un entraîneur personnel est un motif de fierté pour notre école, raconte Olli Kelhä. Si un élève en fait la demande, ou si le professeur d’EPH le conseille sur la base des résultats de l’application «Move!», il peut bénéficier d’un rendez-vous avec Jari.»

Ainsi, l’objectif du physiothérapeute est moins de lui donner un cours privé que de permettre à l’enfant d’identifier le hobby ou l’activité ludique qui lui convient le mieux pour se mouvoir au quotidien. Bien entendu, ses souhaits sont ensuite pris en compte et respectés par le corps professoral. Ce modèle a été développé pour la première fois à Hepola en 2012 et a été repris par la plupart des écoles des plus grandes villes de Finlande. A Helsinki, désormais, plus de 800 entraîneurs personnels collaborent avec les écoles de la ville pour améliorer, à leur niveau, les conditions d’apprentissage des élèves de primaire et de secondaire.

Comprendre ainsi le bien-être par le sport dans les écoles en Finlande devient simple: au sein de l’école de Hepola, une localité laponne de 1’100 habitants dans la périphérie sud de Kemi, un professeur d’éducation physique à plein temps, un professeur d’éducation de la santé, ainsi qu’un physiothérapeute à temps partiel – tous des spécialistes – tentent ensemble de satisfaire au mieux les besoins en activité physique de plus de 400 élèves de tous âges. De nombreux autres chantiers sont encore à l’étude, tant localement qu’au niveau national.

La deuxième partie de notre enquête sur les écoles finlandaises, avec les témoignages de deux chercheurs de l’Université de Jyväskylä à propos de la vie privée des étudiants et de la gestion de données sensibles, est disponible sur la plateforme leMultimedia.info.

Ecrire à l’auteur: yves.dicristino@leregardlibre.com

Vous venez de lire un article tiré de notre édition papier (Le Regard Libre N°94).

Sébastien Lapaire
Sébastien Lapaire

Correspondant au Palais fédéral pour «L’Agefi», auteur-compositeur-interprète et essayiste, Jonas Follonier est le fondateur et rédacteur en chef du «Regard Libre».

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