Ils ont tué Charlie Kirk

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écrit par Sébastien Lapaire · 10 octobre 2025 · 0 commentaire

Carl Jung aurait dit: les gens n’ont pas d’idées, des idées les possèdent. L’assassin qui a tué Charlie Kirk sur un campus américain le mois dernier, parce qu’il ne partageait pas les mêmes idées que lui, a confirmé que le problème de l’Occident est spirituel.

Il est faux de croire qu’à l’Ouest la religion s’est affaiblie. Du moins, la fonction psychologique qu’elle remplit et le besoin de transcendance n’ont pas disparu. Chacun doit alors se trouver quelque chose à même de combler le vide angoissant. De Carl Jung à Aldous Huxley, de nombreux penseurs nous ont avertis qu’il était possible, outre l’art, la drogue, la philosophie ou le sport, de se servir d’une pseudo-religion politique. Celle-ci tient à un récit des origines, un mythe fondateur plus ou moins ancré dans les faits qui explique comment les choses bonnes et mauvaises sont venues à naître et continuent d’exister.

Un mythe pseudo-religieux

Comme tant d’autres, le récit de la Seconde Guerre mondiale aura dû capturer l’esprit de Tyler Robinson, l’assassin «antifasciste» de l’influenceur américain Charlie Kirk. Le 10 septembre 2025, celui-ci a rituellement actualisé le mythe: il a réduit au silence un «fasciste» pour qu’advienne le paradis terrestre. Sans doute s’est-il vu, abattant un père de famille de 31 ans, comme le fils des combattants de la liberté qui ont renversé Hitler et Mussolini. Quatre-vingts ans après, la Seconde Guerre mondiale tue encore.

Grâce à ce mythe pseudo-religieux, Tyler Robinson et les individus qui dansent sur la tombe de Charlie Kirk se croient «du bon côté de l’histoire». Mais puisqu’ils aiment tant l’«empathie», ils devraient se demander à qui ils ressemblent véritablement. En Allemagne de l’Est, ils auraient dénoncé leurs voisins à la Stasi, en 1793 guillotiné à tout va, exulté de joie à la mort de Socrate et craché avec la foule sur Jésus. Et, dans Le Seigneur des Anneaux, les paroles de Gandalf, «ne soyez pas trop prompts à dispenser mort et jugement», ne leur auraient absolument rien évoqué.

Qui sont les fascistes du mythe? Vous, moi, quiconque ne professera pas assez parfaitement la confession de foi de nos nouveaux pharisiens; celui qui dira des mots «violents», ces mots qui justifieraient les balles. Quelle importance peuvent revêtir les balles pour des yeux que le sociologisme a obscurcis, ce poison de l’esprit qui ne reconnaît pas des personnes, mais seulement des groupes sociaux, des privilèges et des oppressions systémiques? Un semestre passé sur les bancs d’une université à avaler ce catéchisme malsain aura suffi à donner à ce jeune homme, né dans une famille chrétienne qui ne votait pas à gauche, un exutoire suffisant au ressentiment accumulé le dimanche sur les bancs d’église et durant les repas de famille.

Un oubli de la personne humaine

Qui était Charlie Kirk? Pour le savoir, il ne faut pas le demander aux journalistes, qui pour la plupart d’entre eux ont à nouveau montré leur vrai visage: celui du militant qui n’argumente pas, mais se cache sournoisement derrière une façade de neutralité. Il y a deux siècles, Kierkegaard voyait déjà clair dans leur jeu, mais ça ne les a pas suffisamment effrayés. On les a vus rire dans les couloirs de rédaction; on les a vus tronquer sans honte des interviews pour défigurer ses propos; on les a vus prétendre que les «messages culturels» inscrits sur les douilles – «Prends ça fasciste» et «Bella ciao» – n’avaient rien à voir avec l’«antifascisme». Si la victime leur avait plu, Charlie Kirk n’aurait pas été «un militant d’extrême droite proche de Trump qui divise», mais «un militant engagé, défenseur pacifiste de la liberté d’expression et proche de la jeunesse américaine».

Après s’être longuement arrêté à gauche, le pendule se déplace maintenant à droite, et ceux qui portent tous les jours une croix dans l’attente que quelqu’un veuille bien les clouer dessus voient enfin, grâce à la cancel culture et les licenciements qui, avec beaucoup d’équité, frappent maintenant à leur porte, l’opportunité de gagner honnêtement leur titre de victime. Ce qu’il faut aujourd’hui, ce sont des gens qui ont pour amis des personnes de gauche comme de droite et des gens qui vivent dans le présent, pas en 1945. Des gens qui respectent la personne humaine, reflet de quelque chose de sacré qui nous dépasse. Des gens qui ont compris de manière intime que les opinions politiques étaient quelque chose de très secondaire face aux joies et aux tragédies de l’existence.

Philosophe de formation, Danilo Heyer est dealer de citations pour Le Regard Libre. Ecrire à l’auteur: danilo.heyer@leregardlibre.com

Vous venez de lire une analyse publiée dans notre édition papier (Le Regard Libre N°120).
Sébastien Lapaire
Sébastien Lapaire

Correspondant au Palais fédéral pour «L’Agefi», auteur-compositeur-interprète et essayiste, Jonas Follonier est le fondateur et rédacteur en chef du «Regard Libre».

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