«La nuit du Gütsch», roman inédit (épisode 10/10)

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écrit par Sébastien Lapaire · 28 décembre 2024 · 0 commentaire

Suite et fin du dernier roman de l’écrivain suisse André Durussel, publié en primeur dans Le Regard Libre durant toute l’année 2024.

Il faisait déjà clair en ce samedi matin dans la chambre lorsque Aimé ouvrit les yeux et s’étira. Il était seul. Santa était déjà au travail! Elle avait dessiné pour lui un petit cœur transpercé d’une flèche, posé sur la table qui tenait lieu de table de nuit. Dessous, ces quelques mots:

A dimanche 16h00, mais sans B., au W.

Ta Santa.

Il se doucha, s’habilla, ouvrit les rideaux sans faire de bruit, prit l’ascenseur et sortit sans rencontrer personne, afin de regagner «sa» Steinhofstrasse. La ruelle aussi semblait se réveiller d’une nuit d’amour entre ses grands arbres aux feuilles jaunissantes qu’un pâle soleil matinal venait caresser.

Comme convenu, ce fut au Waldstätterhof, le surlendemain en fin d’après-midi, qu’Aimé allait ainsi rencontrer son amie pour la dernière fois avant son départ. Elle partait vers neuf heures le lundi matin, avec changement à Zurich, via Buchs, Innsbruck et Salzbourg, pour n’arriver à Vienne qu’aux environs de dix-huit heures seulement. Il ne pouvait se libérer à l’usine ce matin-là afin de l’accompagner à la gare et c’est Martha qui avait prévu de s’en charger, tandis que ses bagages seraient acheminés par un employé de l’hôtel. De son côté, Santa avait tenu à échanger une dernière fois ses impressions à la suite de cette récente soirée, mais sans la présence de Barti. Aimé l’attendait, assis devant une petite table. Il lisait le dernier numéro du Nebelspalter. Il avait déjà réglé sa consommation. Après l’avoir embrassée, il fit part à Santa de son intention de ne pas rester là, mais d’aller à son studio, où l’on sera mieux pour parler… de nous, ajouta-t-il.

Ils sortirent sur la Zentralstrasse et, bras dessous bras dessous, par la Bundesstrasse, puis passant devant l’église Saint-Paul chère à Otto Karrer, ils montèrent d’un bon pas au Steinhof par la ruelle de la Schlossstrasse.

Santa avait été très touchée par la générosité de chacune et de chacun à son égard lors de la soirée. Le lendemain matin, elle avait retrouvé son parapluie qui était effectivement resté sur un petit meuble d’angle au Stübi. Quant à l’après-soirée au Gütsch, c’était surtout cette promenade en forêt dont elle allait se souvenir… La suite, dans sa chambre, comme une sorte d’accomplissement, avait été quelque chose de très précieux qu’ils avaient vécu. Seule Madame Amrhein lui avait demandé, avec un certain sourire, comment s’était terminée cette sortie au Gütsch. Elle était en effet la seule à savoir que Monsieur Aimé avait passé la nuit aux Drei Könige et elle avait promis de n’en parler à personne. Plus gravement, Santa ajouta:

– Ce que nous avons partagé, toi et moi pour la première fois, en pleine confiance et conscience, ce sont les prémices, mais, en même temps, c’est ce qui nous libère de notre moi. Notre «je» est devenu «nous».

Elle poursuivit en relevant que cette image d’icône en plusieurs couches, évoquée un jour par Barti, était finalement très juste et pertinente. D’ailleurs, poursuivit-elle, ce futur prêtre est un ami sûr: elle avait été très heureuse de faire sa connaissance:

– J’étais assez réticente envers l’Eglise en général, mais par lui, j’ai révisé mon jugement. Garde précieusement Barti comme confident et allez encore visionner ensemble de beaux films durant cet automne et ce futur hiver. C’est ce que je vous souhaite de tout cœur.

Aimé, toujours assis très près de Santa, était comblé par sa présence, par cette sorte d’autorité naturelle qui émanait d’elle, mais aussi par sa voix qui était comme une sorte de musique. Il tenait pour sa part à lui redire aussi combien cette nuit à deux avait été pour lui un événement central dans sa vie d’homme, cela même s’il avait éprouvé au réveil un certain sentiment de tristesse, voire d’abandon, ce qui ne lui était encore jamais arrivé.

Santa, à la fois amusée et se voulant rassurante, lui expliqua alors que cet état était tout à fait normal, également chez la femme. C’était un ami à elle, étudiant en médecine à Salzbourg, qui lui en avait parlé un jour pour la première fois. Il s’agissait d’une «dysphonie post-coïtale». Autrement dit, d’une euphorie à l’envers, c’est-à-dire en creux.

– Ah! mon Aimé! Je savais que tu étais plutôt dans la technique et dans les sciences dites exactes, là où est la précision, mais je sais désormais que tu es bien plus que tout cela! La science des âmes et des corps, vois-tu, c’est un perpétuel et passionnant apprentissage… Mais, excuse-moi! Je t’ennuie avec mes théories médicales.

 Santa était tout excusée. Elle se blottit dans les bras d’Aimé et il en profita pour lui demander son adresse postale à Vienne, afin qu’ils puissent correspondre par lettre. Elle écrivit alors, sur un petit bloc de papier quadrillé posé sur les genoux de son ami:

Santa Tölk
Sigmund-Freud-Hof
Gussenbauergasse 5
AT-1090 Wien

Comme elle l’avait déjà évoqué, c’était effectivement son grand-père qui avait construit ces immeubles. C’est là qu’elle occupait précisément un appartement de deux-pièces qui donnait sur les toits, avec une vue sur le Donaukanal.

– Il faudrait que tu viennes à ton tour me rejoindre durant les futures vacances de Noël, ou celles de Pâques par exemple? Je te ferai visiter le palais Hofburg, qui était la résidence d’hiver de la famille des Habsbourg, puis nous pourrions aller écouter un concert de musique classique. L’offre ne manque pas à Vienne!

Ils faisaient ainsi des projets pour un futur pas si éloigné, ce qui était aussi une manière de gommer l’imminence de leur séparation. La journée étant sur son déclin, ils allumèrent une lampe. Santa, s’étant levée en s’étirant, fit un rapide tour d’horizon dans l’armoire du garde-manger et dans le frigidaire. Elle proposa à Aimé un dernier petit repas en tête-à-tête. Il y avait là un emballage de pâte feuilletée et, sur le frigidaire, un four à micro-ondes, cet appareil de cuisson rapide inventé il n’y avait pas si longtemps par un ingénieur américain nommé Percy Spencer, selon les précisions que lui donna Aimé. Dans une coupe à fruits, quelques pommes. D’où l’idée de préparer une tarte. Ils se mirent ensemble à cette occupation culinaire, tout en poursuivant leur conversation. Cela rappelait aussi à Santa son enfance: ces «dinettes» qu’elle confectionnait avec Martha, sa grande sœur.

Après le repas, Aimé raccompagna l’étudiante jusqu’à l’entrée de la réception de son hôtel, tandis que la nuit descendait sur la ville. Il n’avait pas voulu l’encombrer de cadeaux inutiles et n’avait finalement rien d’autre à lui laisser que ce qu’ils avaient reçu et partagé durant ces quelques mois. Ils s’enlacèrent encore plusieurs fois, puis Aimé se sépara d’elle un peu vivement et s’éloigna sans se retourner, car ses yeux étaient emplis de larmes: il ne fallait pas laisser à Santa cette image. Celle d’un homme qui pleure.

*

La semaine de travail était à peine achevée lorsque Aimé, le premier, écrivit sa première lettre:

6000 Lucerne, au soir du dimanche 3 octobre

Ma chère Santa,

J’espère tout d’abord que tu as fait un «agréable voyage», comme le souhaite le personnel d’accompagnement de nos trains, et que tu as retrouvé ton appartement sous les toits, ainsi que tes cours à l’Uni. Te voici en effet au début d’un semestre assez chargé avec ce «Pflichtmodul 10» et ces «Troisièmes études de cas» qui vont bien t’occuper durant cet hiver. Pour ma part, c’est mon travail à l’usine et mes cours d’électronique industrielle qui, pour le moment, me tirent en avant. Ce sont en effet ces activités qui nous aideront à tenir durant ces prochaines semaines.

J’ai revu Barti, un peu par hasard, l’autre jour à la Pilatusstrasse. Il m’a prié de te transmettre ses meilleurs messages. Il désirait avoir un écho de cette fin de soirée d’adieux et j’ai été touché par sa demande. J’ai été discret dans ma réponse, lui rappelant simplement ce qu’il nous avait dit au sujet de la réalisation d’une icône, et ta réaction qui s’était achevée par des rires, parce que nous avions touché là l’essentiel. Puis il m’a cité, selon son habitude, une pensée de Saint-Evremond, de son vrai nom Charles Le Marquetel de Saint-Denis, un moraliste français ami de la duchesse de Mazarin, mort à Londres en mille sept cent trois:

«Les courtes absences animent les passions,

au lieu que les longues les font mourir».

A vrai dire, et sans bien s’en rendre compte, c’était un peu comme s’il remuait un couteau dans une blessure récente… Je n’ai pas su que lui répondre. Certes, je ne vois pas encore comment envisager notre avenir, mais j’écris cependant «notre», car je ne puis le concevoir sans toi.

Hier, c’était la Saint-Léger, patron de la ville de Lucerne. Et comme ce jour férié tombait cette année sur un samedi, il n’y avait pas de congé supplémentaire en semaine pour les employés, ouvrières et ouvriers des entreprises locales. Mais il faisait un temps d’automne très doux, légèrement voilé. J’en ai profité pour accomplir une grande promenade (ou un pèlerinage?) au Sonnenberg, puis revenir par la forêt du Gütsch et l’esplanade du château. Il m’est apparu moins mystérieux que de nuit. Mais c’est peut-être parce que tu n’étais plus là?

Je t’embrasse tendrement… et partout.

J’attends avec une immense impatience de tes nouvelles.

Ton Aimé.

Deux semaines s’écoulèrent ensuite, plongeant Aimé dans une attente de plus en plus insoutenable. Enfin, le lundi 18 octobre au soir (car il ne rentrait pas chez lui à midi durant la semaine) il y avait une grande enveloppe bleue dans sa boîte aux lettres:

1090 Vienne, le jeudi 14 octobre

Très cher Aimé,

J’ai bien reçu ta lettre du dimanche 3 octobre au milieu d’une semaine assez chargée et c’est seulement aujourd’hui jeudi que je trouve le temps de te répondre. Comme tu peux bien l’imaginer, les nouvelles de Lucerne que tu me donnes me permettent de garder de précieux contacts avec cette «Suisse profonde» que j’ai appris à connaître, mais aussi, et surtout avec toi. J’essaie d’écrire en français, mais c’est encore un peu difficile, parce que mes connaissances écrites de cette langue, si elles ont progressé durant ce stage, sont encore «lückenhaft». Mais je sais aussi que l’on se comprend bien au-delà des mots, ces mots écrits, seuls outils de communication qui nous restent désormais durant un temps que je ne souhaite pas trop long.

Il y a un adage en anglais qui rejoint par ailleurs ce que disait autrefois ce Saint-Evremond cité par Barti:

Out of sight, out of mind.

ou, en allemand, «Aus den Augen, aus dem Sinn». Mais ce dernier mot «Sinn», c’est la pensée, la tête pensante, voire l’esprit. Or, en français, vous avez un mot beaucoup plus juste. C’est le cœur. C’est là où notre amour s’est logé. La distance ne saurait l’altérer, cela même si l’on ne peut plus se regarder dans les yeux. Voilà ma conviction profonde, même sans faire intervenir Sainte-Odile ou l’aide d’un autre «Paraclet».

L’un de nos professeurs nous a récemment parlé d’Auguste Rodin. Son art était une synthèse entre l’impressionnisme et le romantisme. J’ignorais jusque-là que ce célèbre sculpteur français avait entretenu une relation passionnée avec Camille Claudel, la sœur de l’académicien Paul Claudel. Elle était à la fois l’employée de Rodin, son inspiratrice et son amante. Il nous a même lu l’extrait d’une lettre qu’elle lui avait adressée à la fin du mois de juillet de l’année mille huit cent nonante et un. Oh! Combien je la comprends! Cette passion s’est hélas achevée vingt-deux années plus tard par l’internement de cette pauvre Camille. Elle avait connu Rodin alors qu’elle était encore mineure.

Cher Aimé! Il ne faut pas que nous tirions trop hâtivement «des plans sur la comète», comme on dit. Mais, d’autre part, je ne suis plus une adolescente… et toi non plus! Cet avenir, il est devant nous. Continuons donc de l’écrire et de le bâtir ensemble en attendant de se revoir bientôt!

Je t’embrasse aussi tendrement.

Ta Santa

Quelques jours s’écoulèrent, puis Aimé écrivit sa deuxième lettre:

6000 Lucerne, le mercredi 20 octobre

Ma chère Santa,

Ta première lettre, reçue au début de cette froide semaine d’extrême automne, m’a fait un immense plaisir. C’était comme une preuve en papier que je tenais dans mes mains et que j’avais sous les yeux. Cela même si tu n’es plus là physiquement, ton cœur semblait battre tranquillement à côté de moi tandis que je lisais tes lignes. Bravo pour ton français écrit, magnifique malgré tes «lacunes». Il n’y en avait aucune! En revanche, ton allusion à un «paraclet» m’a fait chercher longtemps ce que ce mot signifiait, car je n’ai jamais étudié le latin ou le grec, comme toi. C’est effectivement un intercesseur. En ce qui nous concerne, c’est bien Bartimée qui sera toujours notre «paraclet».

A propos de «tirer des plans sur la comète», tu as entièrement raison. En effet, ce n’est pas une cible visible depuis notre terre. De plus, elle se déplace à grande vitesse. Et si j’ai l’habitude de planifier soigneusement les choses dans ma vie professionnelle, la vie affective nécessite d’autres moyens. Elle doit rester en permanence à l’écoute de l’imprévu, et surtout de l’autre.

Aux Drei Könige, ton sourire et ta présence me manquent au moment des repas, et je ne suis pas le seul à le déplorer, cela même si ta sœur fait tout son possible pour nous servir avec empressement et parler un moment avec nous après le repas du soir. Monsieur Lätsch me prie aussi de te transmettre son amitié. Il a malheureusement de sérieux ennuis de santé et il envisage même de remettre son commerce de parapluies à la fin de cette année. Mais c’est très difficile de trouver un successeur, la concurrence des grandes surfaces étant de plus en plus vive. Il en va de même, selon lui, dans le secteur de l’habillement et de la chaussure en particulier.

A l’usine de compteurs, je viens de recevoir un épais dossier de la SUVA au sujet des fonctions de sécurité des machines d’usinage: tours, décolleteuses, fraiseuses, etc. Il faut que j’étudie tout cela avant une séance de direction fixée très prochainement, et c’est le soir, ici, que je suis le plus tranquille pour en prendre connaissance.

J’espère beaucoup qu’il y aura bientôt au cinéma un film intéressant, en version originale française, à voir avec Barti.

Je vais donc te laisser, car il est déjà tard. J’attends (avec cette folle impatience que possèdent les enfants) une nouvelle enveloppe bleue de ta part.

Je t’embrasse très fort.

Ton Aimé

Un mois et quelques jours après le départ de Santa, le premier samedi de novembre en fin d’après-midi, une alarme téléphonique avisait Aimé qu’un sinistre s’était déclaré à l’usine et qu’il fallait immédiatement se rendre sur place. C’était avant le traditionnel concert des cloches qu’il se préparait à écouter, fenêtre ouverte. Il referma la fenêtre, s’équipa rapidement, boucla sa large ceinture de pompier et casque en main, sortit et enfourcha son vélo.

Sur l’Obergrundstrasse, Aimé fut dépassé par un camion du Service du feu de la ville, ainsi que par une ambulance, feux tournants et sirène enclenchés, qui se rendait en renfort sur les lieux de l’incendie. Arrivé sur place, il se faufila parmi les nombreux véhicules et badauds qui étaient déjà là. Ils encombraient presque entièrement l’accès au parking, ce qu’il déplora vivement. Il réalisa bien vite que le feu avait pris dans l’ancienne halle où l’on montait les compteurs à gaz. Trois lances étaient déjà en action, dont l’une par-dessus la toiture en sheds dont les vitres étaient complètement brisées. L’entrée de la halle des compteurs à eau, attenante à l’atelier mécanique, était encore accessible. C’était elle qui tenait lieu de sortie de secours, sans passer par le couloir habituel vers l’horloge de timbrage.

Il s’y engouffra rapidement, avant même de s’annoncer au commandant des pompiers, ceci dans le but d’atteindre son petit cagibi vitré pour y sauver un ou deux documents importants. Ce fut là une très grave erreur de sa part, incompréhensible de la part d’un responsable de la sécurité. La halle en feu n’était en effet pas séparée de celle où Aimé s’était précipité. Une fumée noire, très dense, le saisit aussitôt à la gorge. Encore essoufflé par son trajet à vélo, il suffoquait en atteignant non sans peine son but, devenu invisible à un mètre de distance.

Un autre pompier, à l’extérieur de la halle, muni d’un appareil respiratoire, l’avait vu entrer. Ne le voyant pas réapparaître, il alerta un collègue qui se tenait vers l’ambulance, lui aussi équipé. Ils pénétrèrent à leur tour dans le bâtiment et découvrirent Aimé, étendu non loin de la porte de son bureau. Ils le saisirent et l’emportèrent dehors. Le médecin qui était resté vers l’ambulance tenta aussitôt de le réanimer, mais sans succès. Son cœur avait cessé de battre. Selon son diagnostic, il s’agissait d’une grave intoxication due aux fumées, celle qui représente le huitante pour cent des décès dans les incendies d’immeubles et d’entreprises.

S’étant redressé, le médecin avait encore déclaré que la victime, même sauvée, serait très probablement (sehr wahrscheinlich) décédée plus tard d’un cancer broncho-pulmonaire dû au chrome hexavalent contenu dans les pochettes de cuir des compteurs à gaz neufs qui avaient été détruits par le feu. Il y en avait effectivement plus d’un millier, selon le responsable des ventes qui était arrivé entretemps sur le parking.

Le surlendemain, qui était un lundi, les journaux relatèrent le sinistre. Les causes n’étaient pas encore connues:

Die Brandursache sei noch unklar.

C’est par ces articles de presse que Barti apprit à son tour la triste nouvelle, tandis que Martha, effondrée, avait informé sa sœur par téléphone: la mort d’Aimé, ce jeune contremaître âgé de vingt-quatre ans, seule victime humaine d’un incendie qui venait de ravager une entreprise au numéro cent dix-neuf de l’Obergrundstrasse.

Barti en fut très profondément et durablement affecté. Ne trouvant point le sommeil, il repassait tout ce qu’ils avaient vécu ensemble dès leur première rencontre dans le train, puis au Waldstätterhof, ainsi qu’à Buttisholz. Comment Santa allait-elle vivre ce difficile cheminement du deuil, celui qui se fait toujours au pas?

Brusquement, comme une sorte de révélation, il se souvint alors de cette parole d’Hans-Urs von Balthasar, son professeur dont l’ouvrage «Verbum Caro» était resté fermé sur ses genoux, dans le train:

L’amour seul est digne de foi.

La vie de son ami s’était achevée tragiquement et bien trop tôt. Mais il était sauvé: il avait non seulement été aimé, mais il avait appris à aimer.

FIN.

Vers le précédent épisode

Sébastien Lapaire
Sébastien Lapaire

Correspondant au Palais fédéral pour «L’Agefi», auteur-compositeur-interprète et essayiste, Jonas Follonier est le fondateur et rédacteur en chef du «Regard Libre».

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