Dépendante de la Chine, l’Australie tente encore de lui faire face

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écrit par Sébastien Lapaire · 07 septembre 2024 · 0 commentaire

L’Australie n’hésite pas à soutenir les efforts des Etats-Unis et de leurs alliés pour lutter contre la montée en puissance de la Chine, pourtant son premier partenaire économique. Une dépendance de fait qui limite la marge de manœuvre stratégique de Canberra.

Les relations internationales sont toujours affaire de nuances et d’ambiguïté. Les rapports que le gouvernement australien entretient avec Pékin ne font pas exception à cette règle. En effet, pour l’Australie, la Chine est une puissance militaire rivale, mais un partenaire économique de premier plan. Entre allégeance à l’alliance occidentale hostile à l’expansion chinoise et dépendance économique à l’égard de Pékin, Canberra doit faire montre d’une étonnante plasticité stratégique au cœur de l’espace indopacifique où elle se trouve et où se joue d’ores et déjà l’avenir du monde.

Enjeux de sécurité nationale

Il y a une décennie, les rapports qu’entretenaient la Chine et l’Australie étaient encore très amicaux. Ce sont des impératifs d’ordre stratégique qui expliquent le changement de cap initié par Canberra depuis les années 2010, comme l’explique Emmanuel Lincot, chercheur associé à l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS) et spécialiste de la Chine, dans nombre de ses articles. Car depuis que le président Xi Jinping a lancé en 2013 son projet de «Nouvelles routes de la soie» reliant l’Empire du Milieu à l’Europe par voie maritime et terrestre, la Chine ne cache plus ses ambitions impériales. Les démonstrations de force de Pékin en mer de Chine méridionale, caractérisées par de très fréquentes patrouilles navales et aériennes menées par l’Armée populaire de libération, ont poussé les Australiens à renforcer leurs liens militaires avec les Etats-Unis, déterminés plus que jamais depuis la présidence de Donald Trump (2016-2020) à contenir la montée en puissance chinoise.

Ce rapprochement stratégique se concrétise depuis 2021 au sein de l’accord de coopération militaire AUKUS (acronyme tiré des noms en anglais des pays signataires: Australia, United Kingdom et United States) signé dans le but explicite de contrer l’expansion chinoise dans l’Indo-Pacifique. Ce partenariat vise à doter l’Australie de sous-marins nucléaires. Il s’agit également, selon le Pentagone, de développer l’interopérabilité entre les forces armées des trois Etats signataires dans des domaines tels que la cyberdéfense, l’ingénierie quantique ou l’intelligence artificielle.

Engagés dans un accord militaire d’une telle importance, les Australiens montrent aujourd’hui qu’ils sont prêts à faire face militairement à la Chine dans sa zone d’influence principale. Pourtant, l’Empire du Milieu n’est pas pour l’Australie un ennemi militaire de premier plan, comme elle peut l’être pour ses voisins directs en mer de Chine. Une réalité reconnue par le gouvernement australien dans la stratégie de défense qu’il a publiée cette année. On y estime que le scénario d’une attaque conventionnelle de la Chine à l’encontre de l’Australie est hautement improbable. Une forme de désescalade verbale qui s’explique peut-être par le fait qu’il est un domaine dans lequel la vulnérabilité de l’Australie est avérée: celui de ses relations économiques avec l’Empire du Milieu.

Economies impossibles à «découpler»

En juin de cette année, le Premier ministre chinois effectuait une visite de travail en Australie dans le but lever les barrières commerciales imposées par Pékin depuis que le gouvernement australien a interdit en 2018 à Huawei de participer au déploiement de son réseau 5G et demandé à la Chine des éclaircissements sur l’origine de la pandémie de Covid-19.

Une telle évolution ouvre la voie à une normalisation des échanges entre l’Empire du Milieu et l’Australie, échanges dont l’Australie est en bonne partie dépendante. Le sinologue Antoine Bondaz, dans une note de la Fondation pour la recherche stratégique, le rappelait en 2021: «en 2019, près de 40% des exportations australiennes étaient en direction de la Chine». Cela représentait même la moitié des exportations en 2020, d’après l’Institut d’émission d’outre-mer, faisant office de banque centrale dans certains territoires français ultramarins. Par ailleurs, Pékin a levé au début de cette année les droits de douane qu’il imposait sur les exportations australiennes d’orge.

En voulant rétablir des relations économiques normales avec la Chine, l’Australie montre qu’elle n’est pas en mesure de s’opposer frontalement et dans tous les domaines à cette puissance, qui s’avère être son premier partenaire commercial. On le constate notamment par le fait que les autorités australiennes sont bien plus conciliantes que les Européens qui, sous l’impulsion de la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, veulent procéder à un «découplage» économique avec l’Empire du Milieu.

Ecrire à l’auteur: antoine.leveque@leregardlibre.com

Vous venez de lire une analyse publiée dans notre édition papier (Le Regard Libre N°109).
Sébastien Lapaire
Sébastien Lapaire

Correspondant au Palais fédéral pour «L’Agefi», auteur-compositeur-interprète et essayiste, Jonas Follonier est le fondateur et rédacteur en chef du «Regard Libre».

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