David Lisnard, le maire en guerre contre l’incivisme

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écrit par Sébastien Lapaire · 30 May 2025 · 0 commentaire

Maire républicain de Cannes, David Lisnard a fait du savoir-vivre en société une cause politique. Sa réflexion, déclinée dans son livre Refaire communauté, et ses actions sur le terrain montrent quel rôle l’Etat peut jouer dans ce dossier qui a trait avant tout à l’éducation.

Dans les débats européens sur la décadence des mœurs civiques, les regards se tournent rarement vers la France pour y puiser des exemples positifs. Le pays de l’art de vivre à la française semble paradoxalement s’être embourbé dans une dialectique stérile: dénonciation d’un Etat démissionnaire et pourtant obèse, fascination pour un ordre abstrait jamais vraiment incarné… Une silhouette se détache partout de ce tableau guère réjouissant. Celle de David Lisnard, maire de Cannes et chantre d’un libéralisme responsable et cultivé. Cet homme de droite qui a fondé son propre mouvement «Nouvelle énergie» et qui se prépare pour la présidentielle 2027 pourrait bien inspirer au-delà des frontières hexagonales.

Dans son ouvrage Refaire communauté (2018), écrit avec Jean-Michel Arnaud, le Républicain exprime une inquiétude lucide sur l’état des sociétés occidentales: l’éclatement du commun. Il détaille également en quoi la civilité – dont l’apprentissage est de la responsabilité des parents – est proche du civisme – qui fait l’objet de la réflexion et de l’action de Lisnard. Jeter un mégot par terre, c’est à la fois manquer de respect à son voisin, mais aussi à la collectivité (lire l’article p. 24). Ce lien se comprend aisément sous l’angle fiscal: c’est au contribuable de payer le rétablissement de l’ordre ou de la propreté. Ainsi, pour ce qui est du respect l’espace public, l’Etat a un rôle à jouer. David Lisnard donne dans son livre des exemples de mesures prises dans sa ville. 

Police dans les bus, agents en civil…

La multiplication des lois et réglements ne sert à rien. Au contraire, écrit Lisnard, «plus de civisme, cela peut être enfin l’occasion de briser l’inflation législative (…) qui se fonde sur les mauvais comportements individuels». Ainsi, l’application des travaux d’intérêt général a été étendue à Cannes, de manière à rendre les sanctions effectives malgré des prisons pleines. Les policiers sont présents trois heures par jour dans les bus. Certains agents peuvent intervenir en civil. Les auteurs de dépôts sauvages doivent nettoyer eux-mêmes les zones qu’ils ont souillées. Une application permet aux habitants de signaler géographiquement toute anomalie sur l’espace public, sans désigner le délinquant. Des «Palmes de la civilité» sont décernées à des citoyens méritants. Des ateliers sont dispensés à l’école…

Ce que propose David Lisnard est une réappropriation du cadre commun par les individus. Vu de Suisse, où la démocratie directe repose sur une responsabilité civique active, ce message trouve une résonance particulière. Nos autorités, à commencer par nos communes, pourraient utilement s’inspirer de cette méthode. Trop souvent, la sensibilisation à la civilité prend la forme de campagnes sans lendemain ou de slogans creux. Lisnard, lui, en fait une cause régalienne à l’échelle municipale. Son engagement montre qu’il est possible de faire du savoir-vivre en société un acte politique; de l’attention à autrui, un fondement du contrat social.

Diplômé en philosophie et journaliste de profession, Jonas Follonier est le rédacteur en chef du Regard Libre. Ecrire à l’auteur: jonas.follonier@leregardlibre.com

Vous venez de lire un article paru dans notre édition papier (Le Regard Libre N°116).

Jean-Michel Arnaud, David Lisnard
Refaire communauté. Pour en finir avec l’incivisme
Editions Hermann
2018
156 pages

Sébastien Lapaire
Sébastien Lapaire

Correspondant au Palais fédéral pour «L’Agefi», auteur-compositeur-interprète et essayiste, Jonas Follonier est le fondateur et rédacteur en chef du «Regard Libre».

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