L’homme petit, cette minorité qui résiste à l’égalitarisme ambiant

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écrit par Sébastien Lapaire · 10 July 2024 · 0 commentaire

Alors que l’inégalité salariale entre les sexes fait couramment les gros titres, celle liée aux différences de taille demeure peu étudiée. Se pencher sur cette «discrimination» permet de révéler l’absurdité de l’idéologie égalitariste et de raviver le récit méritocratique.

«Cette année, les femmes ont travaillé gratuitement jusqu’au 17 février», titrait la Radio Télévision Suisse (RTS) début 2024. Ce mois et demi de travail non rémunéré équivaut, en jours, à la différence salariale moyenne de 14% entre les femmes et les hommes en Suisse. Certes, mais saviez-vous que les hommes petits ont travaillé gratuitement jusqu’au 22 janvier?

Une étude menée aux Etats-Unis montre que le salaire moyen d’un homme mesurant moins de 1,75 m est inférieur de 6% à celui d’un homme mesurant plus de 1,83 m. Une autre enquête révèle que les PDG des 500 plus grandes entreprises américaines mesurent en moyenne 1,83 m, soit 6 centimètres de plus que l’Américain moyen. Les hommes de moins de 1,70 m, quant à eux, représentent moins de 3% des chefs de grandes entreprises américaines, bien qu’ils constituent 20% de la population totale.

Ces inégalités s’étendent au-delà des considérations économiques. Dans son ouvrage Le Pouvoir des grands, le sociologue Nicolas Herpin constate que seuls 30% des jeunes hommes de moins de 1,70 m vivent en couple, contre 50% de ceux mesurant plus de 1,80 m. En outre, le taux de suicide est deux fois plus élevé chez les hommes de petite taille.

Face à de telles discriminations, la question se pose: faut-il vérifier que l’égalité salariale entre les hommes petits et grands soit respectée? Faut-il instaurer des quotas d’hommes petits? Leur garantir un droit à l’accouplement?

Les inégalités innées fragilisent le récit libéral

L’absurdité de ces propositions lève le voile sur celle des politiques égalitaristes contemporaines, qui ne visent plus l’égalité des chances, mais des résultats. Fondées sur l’intersectionnalité, un concept sociologique qui s’intéresse aux interactions entre les différentes formes de discrimination, cette forme de nouveau marxisme aspire, dans une logique de convergence des luttes, à réunir tous ceux qui n’ont pas les avantages naturels du (grand) mâle blanc cisgenre hétérosexuel valide. Cela, afin de lui ôter ses privilèges et de les redistribuer via l’intervention étatique.

En face, le récit libéral, basé sur l’égalité des droits, peine à convaincre au gré d’avancées scientifiques, ce qui suggère que cette égalité est illusoire. A l’instar du controversé quotient intellectuel (QI), en partie héréditaire, et qui présente une forte corrélation avec le revenu des individus, une série de facteurs rend les opportunités de chaque être humain différentes. Les «droits» ne s’avèrent alors qu’un concept abstrait qui ne permet en réalité pas à chacun d’avoir les mêmes possibilités dans la vie. Ce constat sape le récit libéral au profit des militants intersectionnels, qui revitalisent le mouvement égalitariste.

Réhabiliter la figure du héros

Du haut de mes 1,73 m, devrais-je rejoindre le mouvement égalitariste? Non, car il existe une alternative: un discours de liberté, dont l’idéologie de l’égalité des résultats semble oublier l’existence. En prenant aux uns pour donner aux autres, une société égalitariste consacre la médiocrité (du latin mediocritas, «état moyen») et devient intrinsèquement incapable de produire des héros.

Dans un élan randien, je préfère, au risque d’échouer, tenter de surmonter mes désavantages innés par ma créativité et mon travail, plutôt que de m’assurer un rôle de bénéficiaire d’un nouvel ordre déterministe imposé par l’Etat. Je veux jouir de mon droit de ne pas être entravé dans mes initiatives, et non d’un droit à 3% du salaire des hommes grands.

Le militant égalitariste rétorquera peut-être que ce n’est pas à lui de porter la charge des inégalités qu’il subit, mais au système de les résorber. A cela, l’on peut répondre: où l’énergie des «petits» est-elle le mieux investie? A tenter de freiner les «grands» par la politique ou à miser sur leurs qualités individuelles? Nous avons le choix entre nous concevoir comme des héros en puissance ou comme les simples produits de nos circonstances. Ce n’est pas une question de charge, mais de foi en la capacité de l’individu à transcender les déterminismes sociaux. Et, ce faisant, à s’autodéterminer.

Ecrire à l’auteur: yann.costa@leregardlibre.com

Vous venez de lire un article tiré de notre dossier ARGENT, publié dans notre édition papier (Le Regard Libre N°108).
Sébastien Lapaire
Sébastien Lapaire

Correspondant au Palais fédéral pour «L’Agefi», auteur-compositeur-interprète et essayiste, Jonas Follonier est le fondateur et rédacteur en chef du «Regard Libre».

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