La drogue, un classique des guerres

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écrit par Sébastien Lapaire · 21 September 2023 · 0 commentaire

La guerre existe depuis la nuit des temps et s’accompagne par la prise de substances psychoactives, aujourd’hui encore. Eclairage historique à la lumière du cas américain au Vietnam.

Au cours de l’histoire, de nombreux exemples montrent que guerres et drogues sont souvent liées. Dans la Grèce antique, les fantassins ingurgitaient de grandes quantités de vin avant de partir combattre. Les Vikings utilisaient les vertus hallucinogènes de plusieurs variétés d’amanites. Les Incas consommaient les feuilles de coca. Napoléon et la Royal Navy fournissaient de grandes quantités d’alcool à leurs hommes. Au cours de la guerre de Sécession, aux Etats-Unis, l’opium était très répandu. Pendant la Première Guerre mondiale, les belligérants fournissaient de la cocaïne à leurs troupes, parfois en la cachant dans la nourriture. Puis, avec la Seconde Guerre, les amphétamines, dont Hitler était lui-même friand, ont largement été exploitées par les pays impliqués.

La présence accrue de substances psychoactives au sein des armées s’explique par différents facteurs. Les drogues augmentent la résistance physique et psychologique des soldats face à la fatigue, la faim, la soif, la douleur et, durant l’hiver, le froid. Ces substances limitent la peur, calment les hommes à la fin des combats et les aident à lutter contre les traumatismes. Elles jouent aussi un rôle social: principalement consommées en groupe, elles rassemblent les hommes, ou du moins en donnent l’illusion.

Médiatisation au Vietnam

Cette pratique a été largement dévoilée durant la guerre du Vietnam. L’armée américaine fournissait tabac, alcool et amphétamines à ses soldats, mais ceux-ci se procuraient également de grandes quantités de cannabis. Or, les effets de ce produit sont davantage relaxants que stimulants. Les Américains ont ainsi attribué les revers de leurs troupes au haschich plutôt qu’à des erreurs stratégiques. Le président Richard Nixon a décrété la guerre aux drogues et le cannabis a été prohibé sur le front.

Les soldats américains se sont alors tournés vers l’opium et l’héroïne, facilement accessibles grâce aux cultures de pavot en Asie. En 1974, l’administration américaine estimait que, parmi les soldats mobilisés au Vietnam, 92% consommaient de l’alcool, 69% de la marijuana, 38% de l’opium, 34% de l’héroïne, 25% des amphétamines et 23% des barbituriques.

Et ensuite?

Les autorités américaines craignaient que ces substances, prohibées dans la société civile, ne l’envahissent au retour des soldats, devenus addicts. Toutefois, différentes études ont démontré que si certains soldats sont restés dépendants, ils ne représenteraient qu’environ 10% des vétérans, tout en dévoilant que 11% l’étaient déjà au moment de s’engager. Cette facile désintoxication au retour s’expliquerait par le contexte dans lequel les drogues sont consommées. Elles étaient en l’occurrence spécifiquement associées à la guerre dans l’esprit des hommes.

Cette médiatisation durant le conflit au Vietnam n’a pas pour autant entravé le phénomène. La drogue est encore très présente dans les guerres modernes. Ces substances sont également consommées par les djihadistes, notamment. Depuis quelques mois, les médias russes affirment sans relâche que les soldats ukrainiens sont largement drogués, ce qui expliquerait leur résistance héroïque. S’il n’y a pour l’instant aucune preuve, il ne serait pas étonnant d’apprendre que différentes substances psychoactives circulent des deux côtés du front.

Ecrire à l’auteur: max.frei@leregardlibre.com

Vous venez de lire un article tiré de notre dossier DROGUE, paru dans notre édition papier (Le Regard Libre N°99).
Sébastien Lapaire
Sébastien Lapaire

Correspondant au Palais fédéral pour «L’Agefi», auteur-compositeur-interprète et essayiste, Jonas Follonier est le fondateur et rédacteur en chef du «Regard Libre».

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