Les carnets d’élaboration de Theodor Wildt (1/10)

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écrit par Sébastien Lapaire · 30 juillet 2024 · 0 commentaire

Excursionniste émérite, studieux prosateur et brillant opérateur d’appareils photographiques, Theodor Wildt partage fragments textuels et imagés de son élaboration avec les lecteurs du Regard Libre.

C’est en observateur sceptique, et non apeuré, que j’actionne ces touches dans l’idée de dépeindre la situation de mon époque. Pour l’être, il fallut que je méconnaisse les formidables méfaits causés par cet affect sur l’analyse des faits et la lecture des événements. Il fallut de surcroît que je déconsidère l’infatigable inclinaison de notre espèce à cultiver le récit de sa perte.

Depuis que nous sommes êtres de pensée et de langage, avant même que nous ne fassions Histoire, en tout temps et en tout lieu, certains d’entre nous n’ont cessé d’investir et de répandre les hypothèses du déclin et de l’anéantissement. Notre société ne fait pas exception.

Aborde-t-elle, comme elle tend à s’en convaincre, de nouveaux paradigmes existentiels, d’une nature tant inédite, qu’ils n’auraient jamais été rencontrés et surmontés par nos prédécesseurs? Traverse-t-elle une ère tant singulière qu’on puisse lui attribuer – au cours même de sa temporalité – une portée extraordinaire sans faire montre d’outrecuidance? Eloignés du besoin et du danger, se prévalant d’un niveau de discernement supérieur, ses empressements moralisateurs ne font-ils pas précisément preuve de l’orgueil dont ils cherchent à s’absoudre?

Héritage d’une condition humaine menacée par son environnement, bien qu’innée et parfois nécessaire, la peur impose d’indésirables passions sur le fragile interfaçage de notre rapport au réel. En cela, elle nécessite la maîtrise d’une approche consciente et critique. A l’image de toute émanation matérielle au sein de l’univers, toute nature, toute culture, toute civilisation est destinée à l’effacement.

Fondamentalement existentiel, le caractère de notre relation d’inquiétude aux éléments et aux événements se transfigure dans le discours. Pour le sublimer et privilégier l’humilité face à l’inconnu, nous pouvons compter sur la seule connaissance. Je veux dire, à la manière de Socrate, celle de son espèce, de sa communauté, de son histoire, de son tempérament propre et commun. Le récit que nous faisons du monde ne saurait nous engager d’autre manière que par son honnêteté.

A ce titre, je ne souscris ni aux prophétismes déclinistes ni aux idéaux de société nouvelle et de lendemains qui chantent. Je ne loue que la beauté permanente de notre faculté à aborder l’adversité par les vertus imparfaites dont nous sommes dotés.

Ecrire à l’auteur: theodor.wildt@leregardlibre.com

Vous venez de lire un épisode publié dans notre édition papier (Le Regard Libre N°108).
Sébastien Lapaire
Sébastien Lapaire

Correspondant au Palais fédéral pour «L’Agefi», auteur-compositeur-interprète et essayiste, Jonas Follonier est le fondateur et rédacteur en chef du «Regard Libre».

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