Six balades pour découvrir la Genève d’Albert Cohen

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écrit par Sébastien Lapaire · 21 mars 2025 · 0 commentaire

Les liens entre l’écrivain franco-suisse et sa ville d’adoption ont toujours été complexes. Un ouvrage rappelle toutefois le rôle important que la cité de Calvin a joué dans la vie de l’auteur de Belle du Seigneur.

C’est un homme relativement mystérieux auquel est consacré Albert Cohen et Genève, guide littéraire, publié en fin d’année dernière par La Baconnière. De son vivant, puis par volonté testamentaire, l’écrivain franco-suisse a en effet pris soin de faire supprimer tous ses papiers littéraires, ainsi que la majorité de sa correspondance. Il n’y a donc guère que son œuvre – dont ses récits autobiographiques – qui permet aujourd’hui de dresser le portrait d’un homme dont l’existence a traversé tous les bouleversements du XXe siècle. Difficile, donc, de savoir exactement ce que pensait Albert Cohen de sa ville d’adoption, Genève.

S’il n’est pas issu de la Rome protestante, étant né à Corfou et ayant été élevé à Marseille, Albert Cohen a vécu pendant près d’un demi-siècle dans la cité de Calvin. Il y a étudié, s’y est passionné pour le sionisme, y a travaillé dans les organisations internationales avant d’y mourir, en 1981. «Le travail littéraire s’est essentiellement déployé à et depuis Genève», souligne d’ailleurs dans sa préface le collectif à l’origine de cet ouvrage, composé de journalistes, d’auteurs ou d’historiens de l’Université de Genève. Non contente d’être le lieu de production de l’œuvre, la ville sert en outre de «toile de fond à la plupart des écrits du romancier».

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Et pourtant, Albert Cohen a toujours entretenu des rapports contrastés avec sa métropole d’adoption. Il y voit un refuge à sa condition de «Juif errant», en apprécie la beauté de carte postale et la propreté clinique, mais regrette la froideur de ses habitants. «Ils étaient bien propres, bien riches, mais pour la conversation ils étaient pas forts à Genève», écrit-il notamment dans son roman Mangeclous. «C’est un foie gras, Genève. On est dans le foie gras, on s’enlise dans le foie gras», renchérit-il lors d’une interview à la fin de sa vie.

Une rue Albert Cohen tristounette

Et cette méfiance, la cité de Calvin la lui rend bien, malgré la notoriété croissante de l’écrivain à la faveur de la publication de Belle du Seigneur en 1968. «Aucune trace de cette postérité ne figure dans l’espace public genevois, à l’exception d’une modeste rue», souligne encore le guide littéraire, qui décrit cette artère, inaugurée en 1988, comme une «rue de taille modeste et peu fréquentée, sans charme, située à une encablure de la gare de Cornavin». Les autorités genevoises ont du reste été conscientes du manque de lustre de ces lieux et ont tenté, quelques années plus tard, de rattraper le coup en remettant, à titre posthume, la médaille «Genève reconnaissante» à cet illustre habitant.

Pour les auteurs de cet ouvrage, il s’agit donc d’inscrire Albert Cohen dans le paysage de la ville. Pas moins de 29 lieux emblématiques ont été choisis, qui sont déclinés au travers de balades par quartier, de la place des Nations aux Pâquis, des Bastions à Plainpalais ou de Pinchat à Cologny. C’est donc une plongée dans cette Genève d’hier qu’offre ce livre richement illustré de photographies d’époque, de carte ou de documents d’archives. De quoi offrir de beaux moments – guide à la main et nez en l’air – aux amateurs de lettres du monde entier.

Ecrire à l’auteure: sandrine.rovere@leregardlibre.com

Vous venez de lire une recension tirée de notre édition papier (Le Regard Libre N°114).

Auteurs multiples
Albert Cohen et Genève
La Baconnière
Novembre 2024
199 pages

Sébastien Lapaire
Sébastien Lapaire

Correspondant au Palais fédéral pour «L’Agefi», auteur-compositeur-interprète et essayiste, Jonas Follonier est le fondateur et rédacteur en chef du «Regard Libre».

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