«La nuit du Gütsch», roman inédit (épisode 8/10)
Voici la suite du nouveau roman de l’écrivain suisse André Durussel, publié en primeur dans Le Regard Libre durant toute l’année 2024.
A l’heure convenue, durant cette belle journée d’un dimanche de septembre très doux et légèrement brumeux, Barti, mais surtout Aimé, attendait Santa. Ils regardaient souvent l’horloge sur le grand portique roman de la gare, surmontée d’une statue en bronze de Richard Kissling. C’était le «Zeitgeist», ou l’Esprit du temps, en souvenir de Louis Favre, le constructeur du tunnel du Gothard où un jeune homme, la main droite dressée sur la place, semblait crier victoire.
Santa avait-elle oublié le rendez-vous? Les attendait-elle ailleurs? Leur impatience était visible, le car postal en direction de Buttisholz allait bientôt partir.
Légèrement en retard et essoufflée, Santa finit par arriver:
– C’est souvent lorsque l’on doit partir que d’invisibles barrières se dressent au dernier moment pour nous retenir… Des nouveaux clients arrivés plus tôt que prévu initialement, des réservations pour un prochain congrès, etc. Bref, pour un dimanche qui s’annonçait calme, c’était plutôt le contraire, expliqua-t-elle en retrouvant son calme.
Ils montèrent dans le car, seuls passagers au départ de Lucerne. Aimé, comme lors de ses randonnées à vélo, était très intéressé par les routes et les quartiers de la ville et de sa banlieue par où passait le car postal, tandis que Santa, visiblement détendue, engagea d’emblée la conversation avec Barti. Elle portait un débardeur bleu rayé à fines bretelles qui mettait en valeur ses épaules. Elle était ravissante.
– J’ai repassé dans ma tête durant cette semaine ce que nous avons appris, Aimé et moi-même au Waldstätterhof, tandis que nous jouions aux cartes. J’ai surtout été frappée par cette tranquille assurance intérieure avec laquelle tu appréhendes le monde d’aujourd’hui, et ta vocation en particulier. C’est pour moi quelque chose de nouveau. Avoir comme interlocuteur un séminariste et un véritable ami en la même personne, cela ne m’était encore jamais arrivé à Vienne!
– Ah! Je vois où tu veux en venir, répondit Barti en riant. C’est toute la question du célibat des prêtres qui est là derrière et qui semble toujours te turlupiner! Il faudra bien que je te précise une fois les grandes lignes de ce choix. De mon choix.
Santa l’interrompit:
– Et si tu tombes toi-même amoureux un jour?
Barti se lança alors dans des explications sincères pour tenter à la fois de rassurer son amie et lui montrer combien ce risque de tomber amoureux était bien réel… Ici et maintenant, au moment même où je te parle, ajouta-t-il, mais sans pour autant que cela soit considéré comme une maladie dans laquelle on tombe. Il faut premièrement distinguer l’attraction subite ou progressive que deux êtres éprouvent l’un pour l’autre de l’amour. Autrement dit, choisir entre l’éros et l’agapè, des termes théologiques que l’on n’entend plus guère aujourd’hui, parce que l’éros est à l’agapè ce que l’amour possessif est à l’amour ouvert à l’autre. Mais il n’y a pas d’incompatibilité entre les deux, contrairement à l’enseignement traditionnel de l’Eglise.
– Cette découverte de l’autre, poursuivit Barti, ou si tu préfères, cette ouverture à l’autre, cette alterius homnis inventio, pour toi qui as aussi fait du latin, voilà ce qu’est l’amour agapè.
Il ajouta encore que, toujours selon ses convictions profondes et une certaine expérience dans ce domaine, l’essence de l’amour est constituée premièrement par le renoncement sacrificiel, tandis que, dans l’amour Eros, c’est plus facile d’obtenir de l’autre ce que l’on désire pour soi. Cependant, et paradoxalement, l’éros assure l’enracinement humain de l’amour agapè.
Santa, toujours très attentive, l’interrompit à nouveau:
– Tu as parlé d’attraction subite ou progressive, et c’est bien en effet comme cela se passe en temps réel. Or, il ne faut pas gommer ce pouvoir de séduction qui, chez la femme surtout, est légitime, mais aussi chez l’homme. Il intervient comme une composante naturelle de cette attraction. C’est ainsi que je prends par exemple un réel plaisir à vous séduire, Aimé et toi, cela dès ces premiers jours où nous nous sommes rencontrés… Mais je plaisante. Excusez-moi!
Cet échange très intellectuel n’avait pas laissé Aimé indifférent. Mais s’il écoutait sans en avoir l’air, il ressentait cependant, pour la première fois, un certain sentiment d’infériorité, voire de jalousie envers son ami Barti qui monopolisait ainsi la conversation avec Santa durant ce trajet. Surtout lorsqu’elle avait prononcé son prénom à propos de ce «plaisir de séduire». Il l’avait regardée, puis il avait regardé Barti avec un même regard interrogateur, semblable à celui d’un adolescent qui n’aurait encore jamais entendu parler de séduction. Tout cela mettait-il en péril son amour pour Santa?
Le car atteignit bientôt les premières maisons de Ruswil, avec leurs galeries fleuries de géraniums. Barti, s’étant rendu compte de sa maladresse vis-à-vis d’Aimé lors de cet étrange débat, tenta de revenir une dernière fois autour de la définition de la vocation. Elle est semblable à la réalisation d’une icône, dit-il. Ainsi, elle ne tombe pas du ciel tout fait. Il faut passer plusieurs couches pour que l’image sacrée prenne définitivement forme. L’art de peindre n’est que l’art d’exprimer l’invisible par le visible, selon Eugène Fromentin, un peintre français spécialiste de l’Algérie et auteur d’un roman intitulé Dominique.
– Excellente métaphore! l’interrompit Santa. Tu veux dire, en clair, comme pour la vocation sacerdotale, qu’il faudrait coucher ensemble plusieurs fois, cela même si la première fois n’est pas une réussite, afin que le véritable amour, ton éros-agapè, parvienne à sa plénitude?
– Oui, peut-être? répondit Barti après un bref silence. Et le trio éclata alors d’un grand rire, comme des adolescents.
L’air était un peu plus frais à Buttisholz qu’à Lucerne lorsqu’ils descendirent du car. Senta enfila un lainage qu’elle sortit de son sac à dos, puis ils se mirent en route avec Barti en éclaireur, quelques mètres devant Santa et Aimé qui, à nouveau main dans la main, marchaient d’un bon pas, véritables pèlerins baignés à la fois par la lumière extérieure et par le silence de leur cœur.
Sur une colline entièrement dégagée se dressa bientôt la silhouette élancée, et presque orientale, de la chapelle Sainte Odile, avec ses toits rouges. La partie centrale de l’édifice, en forme d’ogive, surmontée d’un clocheton effilé, s’appuyait sur quatre bas-côtés en forme de croix. Parvenus sur le site, ils constatèrent que la vue s’étendait jusqu’au lointain Jura soleurois et les sommets du Weissenstein. Ils poussèrent la porte d’entrée latérale et entrèrent sans bruit dans le sanctuaire. Barti, après avoir fait une brève génuflexion suivie du signe de croix, invita toutefois Santa et Aimé à se rendre d’abord dans le Pilgerstübli, situé à une cinquante de mètres, avant la visite des lieux proprement dite. Cette accueillante «Chambre des pèlerins» était en effet ouverte tous les dimanches une heure avant les services religieux et cela jusqu’au troisième dimanche d’octobre, celui de la Kilbi. Pour cette sortie avec ses amis de Lucerne, il avait spécialement organisé une visite commentée, précédée d’un bref exposé. Ils prirent place autour d’une grande table elliptique, parmi d’autres visiteurs qui étaient déjà là. Après quelques mots de bienvenue, l’exposé, donné par une jeune guide venue de Sursee, commença:
Odile, ou Ottilie en langue allemande, cette «fille de la lumière», d’après une ancienne biographie teintée de légende datant du dixième siècle, était née en l’an 657 dans le château de Hohenbourg, près de Strasbourg, en Alsace, fille du duc Adalrich et de sa noble épouse Bereswinda. Elle était aveugle de naissance. Ce malheur frappa comme un véritable déshonneur personnel le duc lui-même et il décida de la tuer. Sa mère parvint cependant à la sauver et la confia secrètement à un couvent, probablement celui de Baume-les-Dames, à l’est de Besançon. Et c’est là que, parvenue à l’âge de la puberté, à douze ans, lors de son baptême, Odile retrouva miraculeusement la vue. Son frère viendra la rechercher pour vivre à nouveau au château de Hohenbourg, malgré la vive opposition de leur père, qui ne voulait plus la voir. Sur place, cela s’avéra impossible. Craignant toujours pour sa vie, elle dut fuir et se réfugier dans une grotte, près d’Arlesheim. Ce n’est finalement que beaucoup plus tard, s’étant enfin réconcilié avec son père, que ce dernier l’autorisa à fonder un couvent pour nonnes au château même de Hohenbourg. Après quelques années seulement, ce couvent s’avéra trop petit et Odile en ouvrit encore un autre à Niedermünster, au pied de l’actuel mont Saint-Odile, en Alsace. C’est à cet endroit qu’elle décédera, dans sa soixante-troisième année, en l’an 720.
Après avoir donné quelques précisions historiques, la guide pria le petit groupe de la suivre pour la visite proprement dite de la chapelle sur la colline, quelques mètres plus loin. Elle indiqua enfin qu’une importante colonie de chauves-souris résidait dans le galetas de l’édifice et que c’était aussi une particularité et une fierté des lieux.
– Peut-on les voir aujourd’hui? demanda Santa.
La guide lui répondit que ce n’était malheureusement pas possible sans la présence d’un membre de la Luzerner Fledermausschutz, qui habitait à Ruswil. Parfois, avec un peu de chance, ce responsable passait durant le dimanche après-midi pour surveiller la colonie qui comptait actuellement environ cinq cents animaux adultes.
Le petit groupe de visiteurs entra alors dans l’édifice puis, traversant l’allée centrale, assez étroite, se dirigea vers le chœur. Le maître-autel, derrière un portail de fer forgé, était un véritable joyau du prébaroque, autant par ses formes que par ses couleurs vives. Dans la haute niche centrale, il y avait une Sainte Odile en abbesse, avec sa crosse, accompagnée par Sainte-Catherine à sa gauche et Saint Josse à sa droite, ce dernier reconnaissable par le chapeau de pèlerin posé à ses pieds. Dans l’autel de droite, juchée sur un socle hexagonal bleu foncé, Sainte-Odile était représentée en moniale, portant devant elle une bible fermée surmontée d’une paire de globes oculaires. Son visage rond, encadré par le voile, était celui d’une enfant blonde, voire un peu simplette. Cela surprit visiblement Santa qui échangea un sourire avec Aimé.
La visite s’acheva devant l’autel de gauche et le groupe se retrouva bientôt à son point de départ, devant le perron d’entrée, tandis que la guide prenait congé des visiteurs. Or, à ce même instant, un homme d’un certain âge, muni d’une lampe-torche, entra dans l’église et la guide le salua d’un signe de la main. Il s’agissait précisément de Monsieur Studer, le responsable des chauves-souris, venant de Ruswil. On le présenta alors à Santa, qui avait manifesté un vif intérêt pour ces «souris volantes», comme elle les nommait, dotées d’un système d’écholocalisation qui était un genre de sonar, mais dans les airs, selon les explications qu’Aimé lui avait données durant la visite.
– Venez donc avec moi! lui dit Monsieur Studer. Je monte précisément au galetas et vous verrez tout cela sur place.
Aimé et Barti ne tenaient pas à déranger à plusieurs la colonie de chiroptères et préférèrent sortir et retourner au Pilgerstübli, afin, dirent-ils, d’échanger à chaud leurs impressions à la suite de cette visite à travers les siècles.
– Montez tranquillement et ne vous pressez pas, nous t’attendrons tout le temps qu’il faudra! dirent-ils à Santa qui disparut bientôt avec son nouveau guide.
Parvenus dans les combles de la chapelle par un escalier en pierre, puis par un étroit escalier en bois et une trappe qu’ouvrit délicatement Monsieur Studer, Santa vit alors, éclairées par le faisceau de lumière de la lampe, des grappes étranges de longs mammifères, tous suspendus la tête en bas à la poutraison, serrés les uns contre les autres. A voix basse, son guide lui donna les précisions suivantes:
– Durant les mois d’hiver, ce grand galetas et ses alcôves sont vides. Ce n’est que vers la fin du mois de mars, parfois même un peu plus tôt, que les chauves-souris reviennent ici, sur leur lieu de naissance, cela après une hibernation durant laquelle elles ont rejoint les mâles solitaires qui les ont fécondées. Mais d’où viennent-elles, cela reste un mystère. Peut-être à une cinquantaine de kilomètres d’ici? Elles vont demeurer à Buttisholz jusqu’à la fin du mois d’octobre. Elles ne sortent qu’à la tombée de la nuit pour chasser au vol des coléoptères par exemple, des hannetons et autres insectes, mais aussi des araignées, et même des grillons. La plupart sont âgées d’une année, de deux, ou même de quatre ans. Elles donnent naissance à un seul petit par année. Il y en a qui peuvent atteindre une dizaine d’années, voire plus. Dès qu’ils savent voler, les petits apprennent aussi à se suspendre, comme vous le voyez.
– Oui, répondit Santa, je vois bien… Mais comment sont-ils ainsi accrochés?
– Ils possèdent un tendon, à l’extrémité de leur membrane alaire, avec une sorte de griffe qui leur permet de rester longtemps ainsi, suspendus la tête en bas.
Monsieur Studer précisa encore à Santa, toujours dans la pénombre, que cette membrane alaire, qui leur tenait lieu d’aile, c’était une sorte de peau, sans plumes ni poils, dans laquelle la bête s’enveloppait, à la manière de cette Sainte Odile en statue, drapée dans sa robe bleue de moniale, celle que l’on voyait dans l’autel de droite. Parmi les six espèces les plus courantes de chiroptères, celles de Buttisholz faisaient partie de la famille des Murins. Il s’agissait du Grand murin, ou Grosses Mausohr en allemand, ou Myotis myotis en latin.
Aimé et Barti, restés seuls dans le local du Pilgerstübli, avaient en réalité mis à profit cette absence momentanée de leur amie pour parler «entre hommes», selon cette expression du séminariste. C’était surtout lui qui, durant cette visite, comme une sorte de subite révélation, avait compris que les sentiments qui, visiblement, unissent son ami avec la stagiaire des Drei Könige, étaient décidément très sérieux et profonds.
Il s’en ouvrit à Aimé:
– Vous me semblez en effet faits pour vous entendre dans la durée, malgré vos goûts différents, vos formations, elles aussi différentes! Tout cela est émouvant, parce que nous ne sommes plus à l’âge de l’adolescence. Et si le tracé de vos vies est encore devant vous, ce n’est déjà plus un vague brouillon, mais bien une réalité vivante, heureuse, avec laquelle il va falloir désormais compter.
Visiblement surpris et déconcerté par cette étrange entrée en matière, Aimé avait écouté avec attention, mais il ne comprenait pas vraiment le pourquoi de cet entretien à huis clos. Poursuivant ses explications, Barti s’engagea alors dans une longue digression, selon son habitude. Ainsi, parmi les intervenants au Séminaire diocésain Saint-Béat, il avait beaucoup apprécié un père jésuite nommé Otto Karrer [qu’il ne fallait pas confondre avec Ottokar et son sceptre, ce huitième album d’Hergé au sujet des aventures de Tintin!] considéré comme un précurseur de l’œcuménisme par l’Eglise de Rome. Ce dernier prêchait encore régulièrement à l’église Saint-Paul et ses paroissiennes et paroissiens venaient nombreux pour l’entendre et bénéficier aussi de ses conseils concernant les foyers en difficulté, les mariages dits «mixtes», ou encore au sujet du sort que réservait l’Eglise aux divorcés. Toujours opposé à une interprétation légaliste des dogmes, il écrivait aussi des articles percutants sur un journal bimensuel allemand nommé Die Entscheidung.
Trancher, décider… C’était en effet cela qui nous est toujours demandé. Barti avait effectivement pris, aujourd’hui même, une importante décision. Mais laquelle? Dans une homélie centrée sur la personne de Jean le Baptiste, baptisant dans le Jourdain celui qui allait être reconnu fils de Dieu incarné pour l’ensemble de la chrétienté, Otto Karrer avait insisté sur la déclaration de ce prophète, un marginal qui se nourrissait de sauterelles et de miel sauvage:
Il faut qu’il croisse et que je diminue!
– Eh bien, mon vieux! poursuivit Barti, pardonne-moi ce sacrilège, ou cette comparaison, mais celui qu’il faut maintenant laisser croître, c’est véritablement cet amour entre Santa et toi. Et c’est moi qui dois diminuer. Autrement dit, vous laisser les coudées franches. Ne pas jouer au conseiller conjugal, ni au rival.
– Mais, protesta aussitôt Aimé, tu es devenu notre ami à tous les deux et tu vas le rester! Nous aurons toujours besoin de ton écoute, de tes conseils durant cette croissance. Où que nous soyons demain. Ensemble ou séparés.
En réponse à ces propos de Barti, Aimé lui fit part de ce qu’il était en train d’apprendre avec Santa. C’était effectivement le choc d’un véritable premier amour. Comment cela allait-il se poursuivre? Il n’en savait encore rien et n’était pas entièrement conscient des retombées que ce bouleversement allait apporter à sa vie de tous les jours. Santa, étudiante, allait regagner Vienne très prochainement. Ils avaient certes promis de s’écrire. De se revoir déjà durant les fêtes de Noël et de la nouvelle année, ici ou même à Vienne. Mais après? Allait-il travailler encore longtemps dans cette fabrique de compteurs à eau et à gaz de l’Obergrundstrasse? Et elle? Lorsqu’elle aura obtenu son bachelor, ou sa licence universitaire, vers quelle activité allait-elle s’orienter, mis à part l’enseignement? Elle pourrait compléter ici sa formation avec un «Master of Arts»? De toute manière, le vieil adage populaire «Loin des yeux, loin du cœur» n’était décidément pas imaginable.
Ils parlaient encore lorsque la porte de la salle s’ouvrit brusquement. Santa, enchantée de sa visite aux chauves-souris, posa par-derrière ses mains sur les épaules d’Aimé, puis raconta tout ce qu’elle avait vu et appris au sujet de ces étranges mammifères volants. Puis elle déclara, de cette manière directe qui faisait son charme:
– J’ai faim! Que diriez-vous d’un petit souper à trois? Par exemple à Butthisholz?
– Ne dois-tu pas rentrer pour huit heures, et il est déjà tard? lui répondit Aimé.
– Qu’importe! répondit-elle. J’ai demandé à Madame Elfriede une permission exceptionnelle pour ce dimanche et elle me l’a accordée… jusqu’à vingt-deux heures. Ma sœur est aussi au courant.
Santa précisa encore que Monsieur Studer lui avait recommandé la Gasthaus Kreuz et que l’une de leurs spécialités locales c’était un gratin de Spätzlis au poireau.
Comme dans une assemblée, la proposition fut agréée par applaudissements. Barti et Aimé étaient visiblement heureux de pouvoir prolonger ce bel après-midi d’automne en si agréable compagnie. Toujours un peu ailleurs, le séminariste n’était-il pas dans une situation semblable à celle de ces disciples d’autrefois qui, approchant du village d’Emmaüs, avaient dit à celui qui, mystérieusement, les accompagnaient:
Reste avec nous, car le soir vient et la journée déjà est avancée.
Ils se levèrent et, quittant le promontoire où les toits de la chapelle étaient encore éclairés par les derniers rayons du soleil, ils regagnèrent le village de Butthisholz par le même chemin que celui par lequel ils étaient venus. L’Auberge Kreuz était effectivement située au centre de l’artère principale. C’était une haute bâtisse carrée, avec des volets rouges. Ils y entrèrent et prirent place dans un Dorfegge où une table semblait les attendre.
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