Steve Morse quitte Deep Purple: retour sur la fin d’une ère
La nouvelle est tombée cet été, telle une bombe dans le monde du rock: le légendaire groupe britannique Deep Purple devra désormais composer sans son guitariste Steve Morse, qui a annoncé quitter le groupe de manière définitive.
Après plus d’un quart de siècle de bons et loyaux services, le guitariste virtuose Steve Morse annonce son départ de Deep Purple, monument du rock depuis plus de 50 ans. Si, dans le tumultueux milieu qu’est celui de ce style de musique, de nombreuses séparations peuvent être imputées aux caractères volcaniques ou aux frasques de ses protagonistes, la raison de ce départ est tout autre.
Cancer contre concerts
Ici, c’est bien le cœur lourd que le musicien et le groupe annoncent cette décision. En effet, Janine Morse, épouse du guitariste américain, souffre d’un cancer agressif de stade quatre et d’une dégradation rapide de son état de santé. Impossible pour le rockeur, dans ces circonstances, d’envisager les tournées mondiales, les interminables sessions de studio et le rythme effréné qu’implique sa présence au sein du célèbre quintet anglais, comme il l’a lui-même déclaré:
«Tous les membres du groupe et de l’équipe vont me manquer, mais le fait d’être l’assistant et le défenseur de Janine a fait une réelle différence à de nombreux moments-clefs.»
Steve Morse a donc fait le choix, en accord avec le groupe, de mettre fin à une fructueuse collaboration, longue de vingt-huit ans et huit albums studios. Si le guitariste irlandais Simon McBride a remplacé Morse le temps d’un concert déjà programmé, la question de son remplacement à long terme reste ouverte et sujette à la spéculation. Cependant, l’heure en est encore à la compassion. Ian Gillan, le chanteur du groupe, en témoigne: «Steve gère la situation avec courage, du mieux qu’il peut, et son histoire avec Deep Purple ne sera jamais oubliée.»
Un héritage considérable
Comme l’a souligné Gillan, l’héritage laissé à Deep Purple et au rock en général par Steve Morse est considérable. Musicien extrêmement versatile à l’arsenal complet, il a réussi l’exploit de rendre justice à l’œuvre de son légendaire prédécesseur Richie Blackmore tout en apportant une touche personnelle et une fraîcheur musicale dont le groupe avait cruellement besoin à l’époque. Ce dernier semblait d’ailleurs l’avoir pressenti, comme l’explique Jean-Sylvain Cabot, auteur de l’ouvrage Deep Purple: Rhapsody in rock, paru en 2013: «à la demande du management, chaque membre du groupe dresse une liste des remplaçants potentiels, et un nom revient plus souvent que d’autres: Steve Morse».
Pas facile, pourtant, de s’imposer dans un tel groupe, fondé par un guitariste qui a déjà gravé son nom en lettres d’or dans le panthéon du rock. Pas facile, non plus, de se faire accepter par une communauté gigantesque de fans idolâtrant celui dont vous occupez désormais le trône. Steve Morse y est pourtant parvenu de la plus belle des manières. Si les qualités humaines que sont sa simplicité et sa présence scénique ne sont certainement pas étrangères à ce succès, c’est surtout ses exceptionnelles capacités musicales qui lui ont permis ce tour de force. Là où Blackmore était connu pour son jeu très instinctif et viscéral qui naviguait entre influences blues et classiques, Morse a apporté son style finement ciselé et extrêmement varié – ses influences vont du metal au jazz – sans l’imposer par la force et en magnifiant les titres de celui qui l’a précédé.
A lire aussi | Deep Purple, la légende de Montreux
Son œuvre musicale ne disparaît pas avec son départ de Deep Purple, mais il sera difficile, pour le groupe comme pour ses fans, de faire le deuil d’un tel virtuose. Et c’est tout à son honneur qu’il nous rappelle, douloureusement mais humblement, qu’il est un homme et un époux aimant avant d’être une rockstar.
Ecrire à l’auteur: max.moeschler@leregardlibre.com
Vous venez de lire une analyse tirée de notre édition papier (Le Regard Libre N°89).
Laisser un commentaire