{"id":530461,"date":"2026-01-01T07:30:00","date_gmt":"2026-01-01T06:30:00","guid":{"rendered":"https:\/\/leregardlibre.com\/?p=530461"},"modified":"2026-01-01T07:30:00","modified_gmt":"2026-01-01T06:30:00","slug":"platon-critique-democratie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/leregardlibre.sandbox-novadev.ch\/en\/politique\/platon-critique-democratie\/","title":{"rendered":"Platon, critique de la d\u00e9mocratie"},"content":{"rendered":"<p class=\"has-drop-cap\"><strong>Un r\u00e9gime politique fond\u00e9 sur la libert\u00e9 individuelle est-il souhaitable? Pour Platon, non: il y a 2500 ans d\u00e9j\u00e0, il voyait dans la d\u00e9mocratie une organisation politique chaotique conduisant au d\u00e9sordre, puis \u00e0 la tyrannie.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<!--more-->\n\n\n\n<p>La th\u00e9orie politique de Platon peut se lire comme la transposition, dans l\u2019histoire, de sa doctrine m\u00e9taphysique opposant l\u2019imperfection du monde sensible, changeant et instable, au monde des Formes, immuables et parfaites. Dans le livre VIII de&nbsp;<em>La R\u00e9publique<\/em>, apr\u00e8s avoir d\u00e9fini le r\u00e9gime politique parfaitement juste, Platon s\u2019int\u00e9resse aux r\u00e9gimes r\u00e9ellement existants et en retrace l\u2019\u00e9volution \u00e0 travers un processus de d\u00e9cadence. Chaque nouveau r\u00e9gime na\u00eet de la corruption du pr\u00e9c\u00e9dent, et dans cette hi\u00e9rarchie, la d\u00e9mocratie occupe l\u2019avant-derni\u00e8re place, juste avant la tyrannie qu\u2019elle engendre.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\" id=\"h-une-lente-decadence\"><strong>Une lente d\u00e9cadence<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Pour Platon, la d\u00e9cadence politique r\u00e9sulte d\u2019une division croissante de la cit\u00e9 contre elle-m\u00eame. La d\u00e9mocratie, explique-t-il, na\u00eet de l\u2019oligarchie, ce r\u00e9gime o\u00f9 \u00ables riches [\u2026] ont le pouvoir auquel les pauvres n\u2019ont aucune part\u00bb. Parce qu\u2019elle repose sur une in\u00e9galit\u00e9 fondamentale, la cit\u00e9 oligarchique est vou\u00e9e \u00e0 l\u2019instabilit\u00e9: les riches, obs\u00e9d\u00e9s par l\u2019accumulation, gouvernent pour leur propre profit et d\u00e9tournent la cit\u00e9 de sa finalit\u00e9 commune. Ce d\u00e9s\u00e9quilibre alimente la col\u00e8re des plus pauvres, qui, exclus du pouvoir et accabl\u00e9s par la mis\u00e8re, finissent par se soulever. Ainsi, la r\u00e9volte populaire, fille de l\u2019injustice, renverse l\u2019oligarchie et donne naissance \u00e0 la d\u00e9mocratie:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p><em>\u00abD\u00e8s lors ces hommes restent assis l\u00e0 dans la cit\u00e9 [\u2026] les uns charg\u00e9s de dettes, les autres priv\u00e9s de leurs droits, d\u2019autres subissant l\u2019un et l\u2019autre malheur, pleins de haine et de mauvais projets contre ceux qui ont acquis leurs biens, et contre les autres, et d\u00e9sireux de voir l\u2019av\u00e8nement d\u2019un r\u00e9gime nouveau. (\u2026)<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p><em>La d\u00e9mocratie, je crois, na\u00eet lorsque, apr\u00e8s leur victoire, les pauvres mettent \u00e0 mort un certain nombre des autres habitants, en expulsent d\u2019autres, et font participer ceux qui restent, \u00e0 \u00e9galit\u00e9, au r\u00e9gime politique et aux charges de direction; et quand, dans la plupart des cas, c\u2019est par le tirage au sort qu\u2019y sont d\u00e9volues les charges de direction.\u00bb<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Le crit\u00e8re de l\u2019exercice du pouvoir fond\u00e9 sur la richesse est remplac\u00e9 par un principe d\u2019\u00e9galit\u00e9: le tirage au sort, qui place chaque citoyen sur un pied d\u2019\u00e9galit\u00e9 devant les charges publiques. Mais, plus profond\u00e9ment, Platon voit dans la d\u00e9mocratie autre chose qu\u2019une simple r\u00e9partition du pouvoir: elle incarne, selon lui, le r\u00e8gne de la libert\u00e9 individuelle, o\u00f9 chacun pr\u00e9tend vivre comme il l\u2019entend, affranchi de toute contrainte commune:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab[Dans la cit\u00e9 d\u00e9mocratique, les hommes] sont libres, la cit\u00e9 devient pleine de libert\u00e9 et de licence de tout dire, et on y a la possibilit\u00e9 de faire tout ce qu\u2019on veut.\u00bb En d\u2019autres termes: \u00abchaque citoyen choisit le genre de vie qui lui agr\u00e9e davantage\u00bb, chacun poursuit ses propres d\u00e9sirs, sans autre mesure que lui-m\u00eame. Il n\u2019y a plus de finalit\u00e9, de bien commun, qui ordonnent les actions des citoyens. M\u00eame ceux qui sont d\u00e9sign\u00e9s pour exercer le pouvoir ne peuvent pas \u00eatre contraints de le faire, ni les autres d\u2019accepter l\u2019autorit\u00e9 des premiers. Pour Platon, et il le dit explicitement, la libert\u00e9 est le bien supr\u00eame que s\u2019est choisi la d\u00e9mocratie, son principe fondateur, mais aussi, d\u00e9j\u00e0, la source de son d\u00e9s\u00e9quilibre.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\" id=\"h-la-liberte-est-insuffisante-nbsp\"><strong>La libert\u00e9 est insuffisante&nbsp;<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Pour Platon, la libert\u00e9 ne peut fonder une cit\u00e9. Une telle cit\u00e9 est en somme la plus divis\u00e9e contre elle-m\u00eame qui soit. Car la libert\u00e9 seule est une puissance aveugle et le d\u00e9sir de libert\u00e9 ne peut qu\u2019\u00eatre insatiable. Priv\u00e9e de toute finalit\u00e9 commune, la cit\u00e9 d\u00e9mocratique devient instable et confuse: l\u2019esprit de libert\u00e9 s\u2019y \u00e9tend jusqu\u2019\u00e0 abolir toute hi\u00e9rarchie. Le p\u00e8re imite le fils, le ma\u00eetre craint l\u2019\u00e9l\u00e8ve, l\u2019\u00e9tranger se croit l\u2019\u00e9gal du citoyen. Chacun revendique la m\u00eame autorit\u00e9, la m\u00eame comp\u00e9tence, la m\u00eame l\u00e9gitimit\u00e9. Ce renversement des rapports naturels et rationnels efface la distinction entre le sup\u00e9rieur et l\u2019inf\u00e9rieur, le savant et l\u2019ignorant, le juste et l\u2019injuste. La libert\u00e9, devenue indiff\u00e9renciation, aveugle le jugement politique et dissout le bien commun dans la multiplicit\u00e9 des d\u00e9sirs particuliers.<\/p>\n\n\n\n<p>De cette libert\u00e9 sans mesure na\u00eet, selon Platon, la pire des servitudes: la tyrannie. Parce que la cit\u00e9 d\u00e9mocratique livr\u00e9e \u00e0 l\u2019ivresse de la libert\u00e9, et que chacun veut vivre sans reconna\u00eetre ni loi, ni autorit\u00e9, toute forme de contrainte est v\u00e9cue comme une atteinte insupportable. Les dirigeants mod\u00e9r\u00e9s sont accus\u00e9s d\u2019esprit oligarchique, ceux qui ob\u00e9issent sont m\u00e9pris\u00e9s comme des esclaves volontaires, et le peuple en vient \u00e0 honorer ceux qui flattent ses caprices. C\u2019est alors qu\u2019\u00e9merge un homme, figure du chef populaire, qui promet en quelque sorte de prot\u00e9ger le peuple contre lui-m\u00eame. Il promet de le d\u00e9livrer du d\u00e9sordre, de restaurer l\u2019unit\u00e9, d\u2019abolir les dettes et de redistribuer les terres.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais, une fois en place, il \u00e9limine un \u00e0 un ses opposants, d\u00e9tourne les regards en entretenant des guerres ext\u00e9rieures, appauvrit les citoyens pour les tenir soumis, et s\u2019entoure d\u2019une garde arm\u00e9e \u00e9trang\u00e8re. Ainsi, veut montrer Platon, la libert\u00e9 \u00e9rig\u00e9e en principe politique engendre son contraire: l\u2019esclavage le plus absolu.<\/p>\n\n\n\n<h6 class=\"wp-block-heading\" id=\"h-a-lire-aussi-l-unite-constitutive-du-liberalisme\">A lire aussi | <a href=\"https:\/\/leregardlibre.sandbox-novadev.ch\/en\/philosophie\/michea-liberalisme\/\">L\u2019unit\u00e9 constitutive du lib\u00e9ralisme<\/a><\/h6>\n\n\n\n<p>Certes, il serait r\u00e9ducteur, et source de malentendus, de lire la critique platonicienne comme une attaque directe contre nos r\u00e9gimes d\u00e9mocratiques modernes. Pourtant, l\u2019analyse conserve une port\u00e9e universelle: elle nous force \u00e0 penser ce qui fonde une cit\u00e9, ce qu\u2019on entend par bien commun, et jusqu\u2019o\u00f9 la libert\u00e9 peut \u00eatre un principe d\u2019organisation politique. Il est peu probable qu\u2019un esprit comme celui de Platon se soit enti\u00e8rement tromp\u00e9 sur ces questions.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Dipl\u00f4m\u00e9 en philosophie, <strong>Antoine-Fr\u00e9d\u00e9ric&nbsp;Bernhard<\/strong> est le r\u00e9dacteur en chef adjoint du <\/em>Regard&nbsp;Libre<em>.<\/em> <em>Ecrire \u00e0 l\u2019auteur: <a href=\"mailto:antoine-frederic.bernhard@leregardlibre.com\">antoine-frederic.bernhard@leregardlibre.com<\/a>.<\/em><\/p>\n\n\n\n<h6 class=\"wp-block-heading\" id=\"h-vous-venez-de-lire-une-analyse-tiree-de-notre-dossier-critiques-de-la-democratie-publie-dans-notre-edition-papier-le-regard-libre-n-122\">Vous venez de lire une analyse tir\u00e9e de notre dossier \u00abCritiques de la d\u00e9mocratie\u00bb, publi\u00e9 dans notre \u00e9dition papier (<a href=\"https:\/\/leregardlibre.sandbox-novadev.ch\/en\/cpt-editions\/le-regard-libre-n122-dossier-critiques-de-la-democratie\/\"><em>Le Regard Libre <\/em>N\u00b0122<\/a>).<\/h6>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Un r\u00e9gime politique fond\u00e9 sur la libert\u00e9 individuelle est-il souhaitable? 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