{"id":527497,"date":"2025-04-11T06:00:00","date_gmt":"2025-04-11T04:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/leregardlibre.com\/?p=527497"},"modified":"2025-04-11T06:00:00","modified_gmt":"2025-04-11T04:00:00","slug":"ramuz-montagne-alpinisme","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/leregardlibre.sandbox-novadev.ch\/en\/litterature\/ramuz-montagne-alpinisme\/","title":{"rendered":"Ramuz, un contemplatif contre l\u2019alpinisme"},"content":{"rendered":"<p class=\"has-drop-cap\"><strong>A la diff\u00e9rence d\u2019Eug\u00e8ne Rambert au XIX<sup>e<\/sup>&nbsp;si\u00e8cle ou de Maurice Chappaz (1916-2009), Charles&nbsp;Ferdinand Ramuz (1878-1947) ne s\u2019est jamais aventur\u00e9 sur les hautes routes. Fid\u00e8le \u00e0 une conception ancestrale de la montagne consid\u00e9r\u00e9e comme un lieu \u00e0 \u00e9viter, le Vaudois la d\u00e9crit dans toute son \u00e9tranget\u00e9.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<!--more-->\n\n\n\n<p>En ce temps-l\u00e0, l\u2019alpinisme \u00e9tait un sport relativement nouveau. En 1900, pr\u00e9cis\u00e9ment, Ramuz et trois amis partent pour un <em>Voyage en Savoie<\/em> (1931). A leur d\u00e9part de la gare de Gen\u00e8ve, leur accoutrement s\u2019oppose \u00e0 celui des fiers grimpeurs \u00ab\u00e0 souliers ferr\u00e9s, crampons, bandes molleti\u00e8res\u00bb avec qui ils partagent le train:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00abNous avions d\u00e9cid\u00e9 (\u2026) que seules les semelles de corde pouvaient parfaitement faire leur office dans les rochers (\u2026); que si les habits de drap \u00e9taient moins vite mouill\u00e9s, ils s\u00e9chaient aussi plus difficilement (\u2026); et c\u2019est ainsi que nous partions comme les alpinistes en question pour la montagne, mais en espadrilles, ayant des pantalons de toile blanche, une chemise de toile blanche, avec un col et une jolie cravate, et c\u2019\u00e9tait tout (\u2026)\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Sans surprise, leur exp\u00e9rience de la montagne se terminera par un fiasco racont\u00e9 d\u00e8s l\u2019entame du texte: \u00ab(\u2026) C\u2019est alors que \u00e7a avait commenc\u00e9 \u00e0 se g\u00e2ter s\u00e9rieusement \u2013 dans ce marais et \u00e0 cause de ce marais, le cinqui\u00e8me ou le sixi\u00e8me jour de notre voyage.\u00bb<\/p>\n\n\n\n<h6 class=\"wp-block-heading\" id=\"h-a-lire-aussi-ramuz-a-quelque-chose-a-nous-dire-de-notre-temps\">A lire aussi | <a href=\"https:\/\/leregardlibre.sandbox-novadev.ch\/en\/litterature\/stephane-petermann-ramuz-a-quelque-chose-a-nous-dire-de-notre-temps-et-de-notre-condition\/\">Ramuz a quelque chose \u00e0 nous dire de notre temps<\/a><\/h6>\n\n\n\n<p>Sa vision de l\u2019alpinisme, Ramuz l\u2019approfondit dans un texte de 1937, <em>Besoin de grandeur<\/em>, en d\u00e9crivant ainsi la philosophie de ses adeptes:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00abQuelques autres, parmi les meilleurs, cherchent Dieu. Ils ne se tournent vers la nature que parce qu\u2019ils croient qu\u2019elle d\u00e9montre Dieu. Cette esp\u00e8ce d\u2019hommes est assez particuli\u00e8re \u00e0 nos petits pays; c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment que la nature et les spectacles qu\u2019elle pr\u00e9sente y sont partout au premier plan (\u2026). Ils n\u00e9gligent volontiers, d\u2019ailleurs, les for\u00eats, les prairies, les vignes, les bords du lac; ils affectionnent l\u2019altitude.\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Or cette qu\u00eate de Dieu dans les hauteurs d\u00e9sertes rel\u00e8ve pour Ramuz de l\u2019illusion:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00abIl y a des hommes qui vont sur les montagnes pour les admirer, mais ne les connaissent pas, car, si la nature est partout violente, elle est ici \u00e0 son comble de violence (\u2026) si bien qu\u2019elle n\u2019est que ruines et chutes. (\u2026) Dieu que vous cherchez n\u2019est pas dans la nature. La nature ne l\u2019exprime en rien.\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Il faut dire que, dans les huit romans valaisans de l\u2019auteur vaudois sur vingt-deux au total, la montagne n\u2019a jamais le beau r\u00f4le. A une exception pr\u00e8s: contrairement aux personnages habituels de Ramuz qui rejoignent le \u00abmauvais pays\u00bb par n\u00e9cessit\u00e9, ou par folie, Farinet, capable de se hisser dans les rochers pour en extraire l\u2019or, t\u00e9moigne d\u2019une jouissance des hauteurs. Toutefois, son extase s\u2019exprime non pas dans l\u2019effort de la conqu\u00eate des sommets mais dans la contemplation des cimes qu\u2019il se plait \u00e0 nommer.<\/p>\n\n\n\n<h6 class=\"wp-block-heading\" id=\"h-a-lire-aussi-quand-ramuz-gamin-s-enivrait-a-yvorne\">A lire aussi | <a href=\"https:\/\/leregardlibre.sandbox-novadev.ch\/en\/litterature\/quand-ramuz-gamin-senivrait-a-yvorne\/\">Quand Ramuz, gamin, s\u2019enivrait \u00e0 Yvorne<\/a><\/h6>\n\n\n\n<p>Comme Farinet, Ramuz aimait les montagnes de loin. Les mentions de ces montagnes \u00abbleues\u00bb de la Savoie qu\u2019il avait en face de sa fen\u00eatre sont si nombreuses dans son \u0153uvre qu\u2019on ne risquera pas \u00e0 les recenser. A titre d\u2019illustration, voici plut\u00f4t un extrait de <em>Vendanges <\/em>(1927), r\u00e9cit autobiographique dans lequel l\u2019\u00e9crivain \u00e9voque les vacances d\u2019automne de son enfance, qu\u2019il passait dans une demeure viticole d\u2019Yvorne, dans le Chablais vaudois. Alors qu\u2019il joue en plaine, dans les roseaux et les marais, le jeune Ramuz entrevoit soudain, par une ouverture, les Alpes valaisannnes sur la rive gauche du Rh\u00f4ne:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00abMais (\u2026) dans des r\u00e9gions encore plus a\u00e9riennes et sur les bords m\u00eames du ciel, l\u00e0 venait la grande merveille: je la revois au fond de moi-m\u00eame, comme sept femmes agenouill\u00e9es, les mains jointes, v\u00eatues de blanc. (\u2026) mises l\u00e0 les unes \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des autres, aux portes du ciel, \u00e0 genoux; roses, jaunes, tout en or ou tout en argent, et qui illuminaient l\u2019espace, tout en le transfigurant: les sept Dents du Midi avec leurs neiges et leurs glaciers.\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p><em><strong>Benjamin Mercerat <\/strong>est enseignant et \u00e9crivain.<\/em><\/p>\n\n\n\n<h6 class=\"wp-block-heading\" id=\"h-vous-venez-de-lire-un-eclairage-contenu-dans-notre-dossier-a-l-ombre-des-alpes-publie-dans-notre-edition-papier-le-regard-libre-nbsp-n-115\">Vous venez de lire un \u00e9clairage contenu dans notre dossier \u00abA l&rsquo;ombre des Alpes\u00bb, publi\u00e9 dans notre \u00e9dition papier (<a href=\"https:\/\/leregardlibre.sandbox-novadev.ch\/en\/cpt-editions\/le-regard-libre-116-alpes\/\"><em>Le Regard Libre<\/em>&nbsp;N\u00b0115<\/a>).<\/h6>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>A la diff\u00e9rence d\u2019Eug\u00e8ne Rambert ou de Maurice Chappaz, Charles Ferdinand Ramuz ne s\u2019est jamais aventur\u00e9 sur les hautes routes. 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