{"id":525336,"date":"2024-10-23T06:00:00","date_gmt":"2024-10-23T04:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/leregardlibre.com\/?p=525336"},"modified":"2024-10-23T06:00:00","modified_gmt":"2024-10-23T04:00:00","slug":"alliance-culturelle-romande","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/leregardlibre.sandbox-novadev.ch\/en\/medias\/alliance-culturelle-romande\/","title":{"rendered":"Une alliance comme aventure: vie et mort de l\u2019Alliance culturelle romande"},"content":{"rendered":"<p class=\"has-drop-cap\"><strong>Fondateur de la revue culturelle <em>Espaces<\/em> (1975-2000), l\u2019\u00e9crivain Andr\u00e9 Durussel revient sur l&rsquo;existence de l&rsquo;Alliance culturelle romande, qui a dur\u00e9 trente ans. Ce r\u00e9cit illustre le fait que les \u00abrevues culturelles, comme les civilisations, sont mortelles\u00bb.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<!--more-->\n\n\n\n<p>Dans son \u00e9dition du jeudi 15 octobre 1992, le quotidien <em>24 heures<\/em>, sous le titre \u00abLa cl\u00e9 sous le paillasson\u00bb, annon\u00e7ait la mort de l\u2019Alliance culturelle romande (ACR) \u2013 un article sign\u00e9 Jean-Louis Kuffer. De m\u00eame, dans le <em>Journal de Gen\u00e8ve<\/em> du vendredi 16 octobre, Silvia Ricci Lempen signalait \u00abLa fin d\u2019une \u00e9poque\u00bb pour cette association culturelle fond\u00e9e en 1962 par Myrian Weber-Perret, d\u00e9c\u00e9d\u00e9 en 1985. La proc\u00e9dure de liquidation de l\u2019ACR a effectivement \u00e9t\u00e9 d\u00e9cid\u00e9e lors de l\u2019assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale du 17 octobre 1992 au Foyer de la Maison Pulli\u00e9rane, \u00e0 Pully.<\/p>\n\n\n\n<p>Jean-Claude Rennwald, correspondant pour <em>La Suisse<\/em>, relevait aussi l\u2019inexorable \u00e9rosion du fichier des membres individuels. Il \u00e9tait pass\u00e9 de 1147 abonn\u00e9s aux c\u00e9l\u00e8bres \u00abCahiers annuels\u00bb en 1990 \u00e0 610 seulement en 1992, et de 127 \u00e0 95 pour les Institutions et membres collectifs. Il y a lieu de pr\u00e9ciser ici que c\u2019est \u00e0 partir de la mort de son pr\u00e9sident-fondateur que le d\u00e9clin s\u2019est encore aggrav\u00e9, alors que Jil Silberstein, avec l\u2019appui de Marguerite Weber-Perret, tentait d\u2019insuffler une autre couleur au contenu des c\u00e9l\u00e8bres cahiers annuels \u00e0 partir de 1987. L\u2019affaire des 900\u2009000 fiches conserv\u00e9es par la Police f\u00e9d\u00e9rale (1989-1990), nullement \u00e9voqu\u00e9e par l\u2019ACR, n\u2019a certainement pas contribu\u00e9 \u00e0 son sauvetage, de m\u00eame que la mention de l\u2019\u0153uvre de Friedrich D\u00fcrrenmatt dans aucun cahier annuel de l\u2019ACR, \u00e0 ma connaissance.<\/p>\n\n\n\n<p>Les revues culturelles, comme les civilisations, sont mortelles. Leur dur\u00e9e de vie est en g\u00e9n\u00e9ral tributaire d\u2019une g\u00e9n\u00e9ration, c\u2019est-\u00e0-dire une trentaine d\u2019ann\u00e9es. Cette \u00abAlliance culturelle romande\u00bb, un ambitieux projet, presque d\u2019un seul homme, Myrian Weber-Perret (1922-1985), a fait l\u2019objet d\u2019une \u00e9tude de Simon Roth, \u00e9dit\u00e9e en 1999 par la Fondation M\u00e9moire Editoriale. Ce dernier relevait ainsi que deux personnalit\u00e9s ont exerc\u00e9 une grande influence durant les premiers pas de Weber-Perret dans les milieux litt\u00e9raires: Edmond Jaloux et Gonzague de Reynold. Ces deux intellectuels de droite, par leurs prises de position, avaient particip\u00e9 aux grands d\u00e9bats culturels et politiques durant la Seconde Guerre mondiale, mais ils ne seront plus gu\u00e8re \u00e9cout\u00e9s par la suite. Il en ira de m\u00eame pour Denis de Rougemont, malgr\u00e9 ses nombreuses contributions aux Cahiers annuels. D\u2019o\u00f9, peut-\u00eatre, cette autre raison qui a entra\u00een\u00e9 l\u2019inexorable mort de l\u2019ACR \u00e0 partir des ann\u00e9es huitante: l\u2019\u00e9mergence d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 non \u00e9litaire, et surtout moins aristocratique. Celle qui succ\u00e9dera \u00e0 cette \u00absorte de renaissance\u00bb au d\u00e9but des ann\u00e9es 1960 \u00e9voqu\u00e9e par Simon Roth:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p><em>Une courbe se dessine dans l\u2019histoire des milieux litt\u00e9raires romands: au marasme de la d\u00e9cennie cinquante succ\u00e8de vers 1960 une sorte de renaissance, une \u00ab\u00e9claircie au bout du tunnel\u00bb selon l\u2019expression d\u2019Yvette Z\u2019Graggen. Qui en furent les instigateurs? Les nouveaux \u00e9diteurs de cette \u00e9poque s\u2019en disputent le m\u00e9rite, de Bertil Galland qui rendit, selon Jean-Pierre Monnier \u00abla joie d\u2019\u00e9crire, l\u2019envie de communiquer et de se battre\u00bb \u00e0 de nombreux \u00e9crivains, ainsi qu\u2019\u00e0 Vladimir Dimitrijevic, fondant l\u2019Age d\u2019Homme en 1966, \u00e0 un moment o\u00f9 l\u2019on distingue une attitude favorable du public envers les \u00e9crivains romands. Un ouvrage d\u2019histoire de la litt\u00e9rature joue aussi un r\u00f4le important: Alfred Berchtold publie en 1964 <\/em>La Suisse romande au cap du XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle<em>, participant \u00e0 cette nouvelle prise de conscience de la valeur et de la richesse des \u00e9crivains autochtones. La cr\u00e9ation du Centre de Recherches sur les Lettres Romandes en 1965 (aujourd\u2019hui CLSR) t\u00e9moigne aussi de cet int\u00e9r\u00eat nouveau, mais sur un plan universitaire. La cr\u00e9ation de l\u2019Alliance Culturelle Romande en 1962 se situe dans ce contexte.<\/em><\/p>\n<cite>Simon Roth (<em>op. cit.<\/em>, p.110)<\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Au lendemain de l\u2019Exposition nationale de 1964, l\u2019essentiel de l\u2019activit\u00e9 de l\u2019ACR va d\u00e9sormais se concentrer sur la publication de l\u2019\u00e9pais cahier annuel. Les r\u00eaves d\u2019alliances francophones (en particulier avec l\u2019Union Culturelle Fran\u00e7aise, ou avec le Groupe romand de l\u2019Ethnie fran\u00e7aise) s\u2019estompent. L\u2019effervescence des premi\u00e8res ann\u00e9es n\u2019est plus la m\u00eame. Deux ann\u00e9es avant son d\u00e9c\u00e8s, le 11 mai 1983, Myrian Weber-Perret constate avec une certaine amertume qu\u2019il est pratiquement le seul \u00e0 faire tous les travaux, aussi bien les recherches de fonds que la fabrication des cahiers, l\u2019organisation des manifestations et les contacts avec les autorit\u00e9s communales, cantonales ou f\u00e9d\u00e9rales.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce constat, aujourd\u2019hui encore, est \u00e0 prendre tr\u00e8s au s\u00e9rieux \u00e0 l\u2019heure o\u00f9 nos revues culturelles et publications p\u00e9riodiques passent \u00e0 l\u2019\u00e9dition Web. Le comit\u00e9 associatif d\u2019un mensuel de d\u00e9bat est en effet un \u00e9l\u00e9ment important pour en assurer son avenir.<\/p>\n\n\n\n<p><em>N\u00e9 en 1938, <strong>Andr\u00e9 Durussel<\/strong> est le fondateur et animateur de la revue culturelle <\/em>Espaces<em> (1975-2000). Il signe le roman <\/em><a href=\"https:\/\/leregardlibre.sandbox-novadev.ch\/en\/tag\/la-nuit-du-gutsch\/\">La nuit du G\u00fctsch<\/a><em> aux derni\u00e8res pages du <\/em>Regard Libre<em> toute cette ann\u00e9e durant.<\/em><\/p>\n\n\n\n<h6 class=\"wp-block-heading\" id=\"h-vous-venez-de-lire-une-retrospective-publiee-dans-notre-edition-papier-le-regard-libre-nbsp-n-110\">Vous venez de lire une r\u00e9trospective publi\u00e9e dans notre \u00e9dition papier (<a href=\"https:\/\/leregardlibre.sandbox-novadev.ch\/en\/cpt-editions\/le-regard-libre-n110-dossier-feminisme\/\"><em>Le Regard Libre&nbsp;<\/em>N\u00b0110<\/a>).<\/h6>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En octobre 1992, la fin de l&rsquo;Alliance culturelle romande marque un tournant dans l&rsquo;histoire litt\u00e9raire romande. 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