{"id":524992,"date":"2024-09-27T06:00:00","date_gmt":"2024-09-27T04:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/leregardlibre.com\/?p=524992"},"modified":"2024-09-27T06:00:00","modified_gmt":"2024-09-27T04:00:00","slug":"la-nuit-du-gutsch-roman-inedit-episode-7-10","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/leregardlibre.sandbox-novadev.ch\/en\/litterature\/la-nuit-du-gutsch-roman-inedit-episode-7-10\/","title":{"rendered":"\u00abLa nuit du G\u00fctsch\u00bb, roman in\u00e9dit (\u00e9pisode 7\/10)"},"content":{"rendered":"<p class=\"has-drop-cap\"><strong>Voici la suite du nouveau roman de l\u2019\u00e9crivain suisse Andr\u00e9&nbsp;Durussel, publi\u00e9 en primeur dans&nbsp;<em>Le Regard Libre<\/em>&nbsp;durant toute l\u2019ann\u00e9e 2024.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<!--more-->\n\n\n\n<p>Au d\u00e9but du mois d\u2019ao\u00fbt, un nouveau visage fit son apparition aux Drei K\u00f6nige. Il s\u2019agissait effectivement de la s\u0153ur de Martha. Cette nouvelle arrivante, <em>die Neue<\/em>, comme disait d\u00e9j\u00e0 Jakob L\u00e4tsch, se pr\u00e9nommait Santa. Elle fut officiellement pr\u00e9sent\u00e9e aux pensionnaires lors du repas du soir.<\/p>\n\n\n\n<p>Santa \u2013&nbsp;un pr\u00e9nom tr\u00e8s rare en Autriche \u2013 \u00e9tait actuellement \u00e9tudiante en histoire de l\u2019art \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Vienne et venait d\u2019achever son deuxi\u00e8me semestre. Le troisi\u00e8me d\u00e9butait en octobre seulement, lui laissant ainsi deux mois pour ce stage en Suisse centrale. Plus jeune que Martha d\u2019une dizaine d\u2019ann\u00e9es, assez grande et tr\u00e8s svelte, cheveux courts, souriante, elle \u00e9tait absolument ravissante par sa simplicit\u00e9, voire sa d\u00e9sinvolture. Aim\u00e9 eut d\u2019embl\u00e9e le sentiment qu\u2019elle le regardait avec une intensit\u00e9 inhabituelle. De m\u00eame, il r\u00e9alisa qu\u2019il n\u2019avait jamais regard\u00e9 une fille avec une telle attention. C\u2019\u00e9tait une forme d\u2019\u00e9blouissement r\u00e9ciproque: leurs yeux s\u2019\u00e9taient rencontr\u00e9s!<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s quelques jours d\u2019une adaptation progressive bien compr\u00e9hensible, la jeune stagiaire se familiarisa assez facilement avec son nouveau travail. Il consistait non seulement \u00e0 seconder le personnel de maison dans le secteur de la lingerie et celui des nombreuses chambres de l\u2019h\u00f4tel, mais encore \u00e0 tenir le r\u00f4le de fille de buffet quelques heures par jour, ainsi qu\u2019\u00e0 dresser les tables, puis aider au service, tandis que le secteur de la cave et celui de la carte des vins restaient exclusivement le domaine de Monsieur B., le patron et mari d\u2019Elfriede.<\/p>\n\n\n\n<p>Au sujet de la mani\u00e8re de pr\u00e9parer une table, Martha lui enseigna les diff\u00e9rentes \u00e9tapes de ce formalisme, celui qui n\u2019autorisait aucune fantaisie. Or, cela amusait beaucoup Santa:<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Disposer d\u2019abord les sets de table bien en face des chaises mises en place, puis placer la serviette en tissu sur le c\u00f4t\u00e9 gauche du set, pli\u00e9e en deux ou en quatre. Puis placer l\u2019assiette au centre du set de table, en recouvrant l\u00e9g\u00e8rement le c\u00f4t\u00e9 droit de la serviette. Viennent ensuite les services: la fourchette pour le plat principal sur la serviette, tout pr\u00e8s de l\u2019assiette, de m\u00eame que la plus petite, pour la salade, \u00e0 environ un centim\u00e8tre \u00e0 gauche de la grande fourchette. Le couteau se pose \u00e0 droite de l\u2019assiette, la lame orient\u00e9e vers l\u2019assiette.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Et qu\u2019est-ce que je fais avec ces petites cuill\u00e8res? demandait Santa.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Elles se placent l\u00e0, \u00e0 gauche du couteau, tout pr\u00e8s de l\u2019assiette.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Si le premier plat est un potage, poursuivait Martha, il est servi dans un bol que l\u2019on d\u00e9pose sur la grande assiette, venant directement de la cuisine de Sergio, le cuisinier italien, par le monte-plats. Dans ce cas, ne pas oublier la cuill\u00e8re \u00e0 soupe, \u00e0 droite de la petite cuill\u00e8re. Pour les desserts, il y a une fourchette et une cuill\u00e8re sp\u00e9cifiques. Elles se placent horizontalement en dessus de l\u2019assiette, les dents de la fourchette vers la droite. Au sujet des verres, il y en a en g\u00e9n\u00e9ral trois, sauf pour les pensionnaires. Le plus proche de l\u2019assiette pour le vin blanc, celui du milieu pour le vin rouge, et celui pour boire de l\u2019eau, diff\u00e9rent dans sa forme et plus grand, le plus \u00e0 gauche. Il faut aussi veiller \u00e0 ce que ces verres soient toujours tr\u00e8s propres et brillants. Cela d\u00e9pend bien s\u00fbr de la qualit\u00e9 du verre, mais aussi de leur comportement dans le lave-vaisselle et des d\u00e9tergents utilis\u00e9s. Ici, apr\u00e8s cinq \u00e0 six cents fois, Madame Elfriede les remplace.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00e9tablissement ne poss\u00e9dait pas de terrasse sur la rue et Santa eu une certaine difficult\u00e9 \u00e0 s\u2019habituer \u00e0 cet enfermement, bien diff\u00e9rent de celui d\u2019une salle de cours. Il ne correspondait pas \u00e0 sa nature. Il fut ainsi convenu qu\u2019elle pouvait prendre une pause d\u2019une dur\u00e9e de deux heures tous les apr\u00e8s-midi, sauf le samedi, et sortir en ville o\u00f9 elle le voulait. Elle \u00e9tait aussi libre les dimanches apr\u00e8s-midi jusqu\u2019\u00e0 vingt heures. Comme un jalon d\u00e9sormais plant\u00e9 dans son c\u0153ur, elle se r\u00e9jouissait surtout \u00e0 la pens\u00e9e de revoir, m\u00eame bri\u00e8vement \u00e0 l\u2019heure des repas, ce jeune pensionnaire qui parlait en fran\u00e7ais, afin de mieux faire sa connaissance et poursuivre peut-\u00eatre avec lui la d\u00e9couverte de cette ville historique dont Martha lui avait souvent vant\u00e9 les qualit\u00e9s? Mais elle n\u2019avait pas la permission de recevoir quelqu\u2019un dans sa chambre, de nuit comme de jour, et la direction de l\u2019h\u00f4tel \u00e9tait tr\u00e8s stricte \u00e0 ce sujet.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019une des premi\u00e8res sorties, dite de rep\u00e9rage, fut pour Santa celle de descendre par la Klosterstrasse et l\u2019Hirschengraben jusqu\u2019\u00e0 la Pfistergasse vers la Reuss, se laissant conduire par le hasard, sans but bien pr\u00e9cis, si ce n\u2019\u00e9tait celui d\u2019acheter une carte postale \u00e0 un kiosque pour l\u2019envoyer \u00e0 son p\u00e8re. Elle se trouva ainsi devant le Mus\u00e9e historique, au num\u00e9ro 24, qu\u2019elle se promit d\u2019aller visiter une autre fois. C\u2019\u00e9tait l\u00e0, para\u00eet-il, qu\u2019\u00e9tait expos\u00e9 le casque du Duc L\u00e9opold III, ce militaire autrichien tomb\u00e9 \u00e0 Sempach le 9 septembre&nbsp;1386 sous les hallebardes des Conf\u00e9d\u00e9r\u00e9s. Elle poursuivit ensuite jusqu\u2019\u00e0 la gare principale d\u2019o\u00f9 elle \u00e9tait arriv\u00e9e, puis, remontant la Pilatusstrasse, elle rejoignit sa chambre par cette rue transversale d\u00e9j\u00e0 mentionn\u00e9e et qui, peu apr\u00e8s la Pilatusplatz, partait \u00e0 droite. Il faisait toujours tr\u00e8s chaud en cet apr\u00e8s-midi du milieu du mois d\u2019ao\u00fbt. Ayant rapidement jet\u00e9 en vrac ses habits sur son lit, elle prit une douche bienfaisante avant de reprendre son service, tout en pensant \u00e0 Aim\u00e9, qu\u2019elle allait certainement revoir quelques heures plus tard pour le repas du soir. Le grand miroir, sur le lavabo, lui renvoyait l\u2019image de ce pouvoir de s\u00e9duction qu\u2019elle sentait grandir en elle. Celui d\u2019un nouvel apprentissage.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour Aim\u00e9, cette pr\u00e9sence de Santa \u00e0 la pause de midi et du soir durant ses journ\u00e9es de travail, fut aussi un \u00e9l\u00e9ment qui bouleversa passablement le rythme de sa vie, bien r\u00e9gl\u00e9 jusque-l\u00e0. Le soir surtout, il s\u2019attardait \u00e0 la table des Drei K\u00f6nige pour \u00eatre un moment de plus avec elle et la suivre du regard dans son travail, ou pour \u00e9changer bri\u00e8vement quelques mots. Il d\u00e9couvrait que Santa avait un caract\u00e8re bien marqu\u00e9 et qu\u2019elle ne se laissait pas traiter comme une sage \u00e9coli\u00e8re par sa s\u0153ur a\u00een\u00e9e. Tout cela plaisait \u00e0 Aim\u00e9, car il ne poss\u00e9dait pas cette autorit\u00e9 naturelle qu\u2019il enviait chez elle. Au sujet du casque de L\u00e9opold III, d\u00e9pos\u00e9 au Mus\u00e9e historique de la ville, Aim\u00e9 ne l\u2019avait pas encore vu. En revanche, il \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 all\u00e9 \u00e0 Sempach et avait dit \u00e0 Santa combien la campagne du Seeland lucernois \u00e9tait attachante, autrement dit <em>reizvoll<\/em>, surtout en automne, apr\u00e8s la f\u00eate de l\u2019Assomption.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 On pourrait la parcourir ensemble lors d\u2019un dimanche apr\u00e8s-midi? lui sugg\u00e9ra Santa d\u2019embl\u00e9e et sans grand pr\u00e9ambule. C\u2019est mon seul moment de cong\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette proposition ravit aussit\u00f4t Aim\u00e9 et il l\u2019accueillit comme un v\u00e9ritable cadeau. Il songea alors \u00e0 Barti, qu\u2019il n\u2019avait pas revu depuis plus d\u2019un mois, car il \u00e9tait en vacances en Allemagne. Comment allait-il faire la connaissance de Santa? Et pour elle, surtout, comment allaient-ils se comprendre entre \u00e9tudiants de domaines \u00e0 la fois si diff\u00e9rents et pourtant compl\u00e9mentaires? Or, avant d\u2019entreprendre d\u2019\u00e9ventuelles sorties \u00e0 trois, il s\u2019av\u00e9rait indispensable qu\u2019une pr\u00e9sentation puisse tout d\u2019abord se faire dans le cadre de l\u2019un de ces \u00abColloques du Waldst\u00e4tterhof\u00bb par exemple, et Aim\u00e9 se promit d\u2019y donner suite sans trop tarder, car il se r\u00e9jouissait d\u2019y venir aux c\u00f4t\u00e9s de cette jeune et charmante stagiaire, et surtout de la pr\u00e9senter \u00e0 son ami.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s les grandes chaleurs de la fin du mois d\u2019ao\u00fbt, le d\u00e9but de septembre s\u2019av\u00e9ra plut\u00f4t frais, venteux et pluvieux en Suisse centrale. Le ciel \u00e9tait couvert et de fr\u00e9quentes perturbations se succ\u00e9daient, venant du massif du Napf et rendant les sorties \u00e0 v\u00e9lo ou \u00e0 pied moins gratifiantes. Aim\u00e9 r\u00e9alisait aussi, avec un certain effarement, que le stage de Santa allait s\u2019achever un jour et qu\u2019il ne restait finalement plus beaucoup de dimanches \u00e0 disposition pour parcourir encore la campagne des environs.<\/p>\n\n\n\n<p>La rencontre avec Barti eut lieu le premier dimanche de septembre au Waldst\u00e4tterhof. Curieuse de nature, Santa avait toutefois tenu \u00e0 d\u00e9couvrir seule le haut quartier r\u00e9sidentiel o\u00f9 habitait Aim\u00e9. C\u2019est ainsi qu\u2019elle \u00e9tait mont\u00e9e jusqu\u2019\u00e0 cette Steinhofstrasse, bien \u00e0 l\u2019ouest de la ville, et avait rep\u00e9r\u00e9 l\u2019immeuble devant lequel l\u2019heure du rendez-vous avait \u00e9t\u00e9 fix\u00e9e. Il y avait plusieurs locataires, dont un <em>Aim\u00e9 Delessert, Werkmeister<\/em>. Elle sonna, non sans une certaine appr\u00e9hension, ayant rejet\u00e9 en arri\u00e8re la capuche de son cir\u00e9 jaune. Elle entendit aussit\u00f4t des pas descendre rapidement l\u2019escalier int\u00e9rieur et la porte s\u2019ouvrit d\u2019un seul coup:<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Santa! D\u00e9j\u00e0 l\u00e0! lui dit Aim\u00e9. Quelle pr\u00e9cision! Cela me fait plaisir de vous accueillir ici, en dehors de votre lieu de travail.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Vous\u2026 Vous? Lui r\u00e9pondit aussit\u00f4t Santa en riant. C\u2019est le moment de se dire tu. Se penchant rapidement en avant, apr\u00e8s avoir mis sa main sur son \u00e9paule, elle posa d\u00e9licatement ses l\u00e8vres contre la joue droite d\u2019Aim\u00e9, fortement impressionn\u00e9 par ce geste absolument impr\u00e9visible, et de surcro\u00eet sur la rue.<\/p>\n\n\n\n<p>Revenu de sa surprise, il l\u2019invita alors \u00e0 monter quelques instants dans son studio pendant qu\u2019il achevait de se pr\u00e9parer:<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 La deuxi\u00e8me porte \u00e0 droite, au premier, pr\u00e9cisa-t-il. Et il la suivit. Une fois arriv\u00e9, il lui tendit une chaise afin qu\u2019elle puisse s\u2019asseoir, apr\u00e8s l\u2019avoir aid\u00e9e \u00e0 enlever son cir\u00e9. Il y avait l\u00e0, dans le hall de cette unique pi\u00e8ce, un petit dressing ouvert o\u00f9, parmi les habits d\u2019homme, Santa remarqua une sorte d\u2019uniforme:<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Tu fais aussi partie de l\u2019arm\u00e9e, comme tous les Suisses? demanda-t-elle.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Non. Ce sont l\u00e0 mes habits de soldat du feu. Ou, si vous pr\u00e9f\u00e9rez\u2026 ou si tu pr\u00e9f\u00e8res, rectifia aussit\u00f4t Aim\u00e9, mon costume de <em>Feuerwehrmann<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>La rencontre avec Barti \u00e9tait fix\u00e9e \u00e0 partir de seize heures. Par une petite ruelle en pente qui rejoignait, plus bas, la Paulusplatz, ils se mirent en route sans se presser et, apr\u00e8s quelques pas, ce fut Aim\u00e9 qui, le premier, et presque instinctivement, chercha la main de Santa pour la saisir dans la sienne:<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Cela va mieux comme cela!<\/p>\n\n\n\n<p>Santa ne lui r\u00e9pondit rien, mais serra plus fortement la main d\u2019Aim\u00e9 dans la sienne.<\/p>\n\n\n\n<p>Comment cela \u00e9tait-il possible? Ne se connaissant que depuis quelques semaines seulement, il leur semblait pourtant avoir d\u00e9j\u00e0 march\u00e9 ensemble, comme un jeune couple parfaitement accord\u00e9. Santa se r\u00e9jouissait aussi de faire connaissance avec ce s\u00e9minariste dont Aim\u00e9 lui avait expliqu\u00e9 l\u2019origine de leur amiti\u00e9, mais aussi de d\u00e9couvrir cet \u00e9tablissement h\u00f4telier de la Waldst\u00e4tterstrasse. D\u2019apr\u00e8s ce que lui avait racont\u00e9 Martha, il avait \u00e9t\u00e9 construit par un architecte nomm\u00e9 Emil Vogt, le m\u00eame qui avait aussi construit ou r\u00e9nov\u00e9 le Ch\u00e2teau G\u00fctsch. Sans servir d\u2019alcool \u00e0 partir de&nbsp;1934, il appartenait d\u00e9sormais au <em>Schweizerische Gemeinn\u00fctzige Frauenverein<\/em>, la SGF de la Suisse centrale.<\/p>\n\n\n\n<p>Cet int\u00e9r\u00eat pour l\u2019architecture d\u2019autrefois que manifestaient Martha et sa s\u0153ur \u00e9tait en r\u00e9alit\u00e9 une affaire de famille. D\u2019une dr\u00f4le de famille\u2026 Santa expliqua alors \u00e0 Aim\u00e9 que son grand-p\u00e8re, d\u00e9c\u00e9d\u00e9 relativement jeune et qu\u2019elle n\u2019avait pas connu, ainsi que son p\u00e8re, qui venait de prendre sa retraite, avaient \u00e9t\u00e9 des architectes et des t\u00e9moins historiques de \u00abVienne-la-Rouge\u00bb. Puis, elle ajouta:<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Si <em>ton<\/em> Bartim\u00e9e veut en savoir un peu plus sur ce sujet, je lui expliquerai cela tout \u00e0 l\u2019heure, tandis qu\u2019Aim\u00e9 se demandait pourquoi la ville de Vienne \u00e9tait de couleur rouge plut\u00f4t que jaune, une couleur qui allait si bien \u00e0 son amie. Mais pourquoi avait-elle parl\u00e9 d\u2019une <em>dr\u00f4le<\/em> de famille?<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019\u00e9tait l\u2019heure du th\u00e9 lorsqu\u2019ils parvinrent au Waldst\u00e4tterhof. Le grand salon du restaurant, avec ses tables rondes recouvertes de nappes, \u00e9tait surtout occup\u00e9 par des dames \u00e2g\u00e9es, ainsi que par quelques couples qui semblaient les accompagner, ou du moins les conna\u00eetre. La pr\u00e9sence de Barti un peu en retrait, seul \u00e0 une table, faisait comme un contraste bienvenu parmi cette client\u00e8le \u00e2g\u00e9e d\u2019une fin de dimanche. Santa et Aim\u00e9, l\u2019un derri\u00e8re l\u2019autre, se dirig\u00e8rent vers lui en passant entre les tables, tandis que beaucoup de regards se portaient sur la jeune arrivante v\u00eatue de son cir\u00e9 jaune, qu\u2019elle alla suspendre \u00e0 une penderie lat\u00e9rale, un peu en retrait.<\/p>\n\n\n\n<p>Sans grand formalisme, les pr\u00e9sentations furent rapidement accomplies, puis le trio s\u2019assit autour de la table et Barti, la tutoyant d\u2019embl\u00e9e, f\u00e9licita tout d\u2019abord Santa au sujet de sa mani\u00e8re de s\u2019exprimer en fran\u00e7ais, en m\u00eame temps qu\u2019elle d\u00e9couvrait ce <em>L\u00f6zarner Schweizerdeutsch<\/em>, si diff\u00e9rent du <em>Hochdeutsch<\/em>, et pourtant compl\u00e9mentaire. Au sujet de ses relatives connaissances de la langue fran\u00e7aise, Santa expliqua \u00e0 Barti qu\u2019elle n\u2019\u00e9tait pas une exception parmi la nouvelle g\u00e9n\u00e9ration autrichienne n\u00e9e imm\u00e9diatement apr\u00e8s la guerre. Elle avait surtout eu le privil\u00e8ge de fr\u00e9quenter le Lyc\u00e9e fran\u00e7ais de la Liechtensteinstrasse avant d\u2019entrer \u00e0 l\u2019Universit\u00e9. Cette \u00e9cole avait \u00e9t\u00e9 fond\u00e9e \u00e0 Vienne par un g\u00e9n\u00e9ral fran\u00e7ais nomm\u00e9 Antoine B\u00e9thouart.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Mais pourquoi, en venant ici, m\u2019as-tu parl\u00e9 de \u00abVienne-la-Rouge\u00bb? lui rappela Aim\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Santa ne tenait pas \u00e0 trop s\u2019\u00e9tendre sur ce sujet. Or, cela int\u00e9ressait vivement Barti.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Eh bien, voil\u00e0! Cela remonte \u00e0 l\u2019\u00e9poque de la fin de la Premi\u00e8re Guerre mondiale: beaucoup de mis\u00e8re parmi la classe laborieuse, dramatique p\u00e9nurie de logements salubres, etc. Le mouvement social-d\u00e9mocrate des ouvriers s\u2019est amplifi\u00e9 et a bient\u00f4t gagn\u00e9 la majorit\u00e9 absolue aux \u00e9lections. D\u2019o\u00f9 cette d\u00e9signation d\u2019une ville devenue rouge. Non pas par la couleur de ses pierres, mais politiquement parlant. Ils ont alors lutt\u00e9 avec des mesures de grande envergure. La ville a fait construire plus de soixante mille appartements avec des fonds provenant de l\u2019imp\u00f4t sur le revenu de la bourgeoisie capitaliste en particulier, si bien qu\u2019une famille sur dix a ainsi pu vivre dans un logement social neuf et parfaitement \u00e9quip\u00e9. Ce sont ces c\u00e9l\u00e8bres \u00abHof\u00bb. Le fleuron est aujourd\u2019hui encore le Karl-Marx-Hof et sa piscine \u00abAmalienbad\u00bb, inaugur\u00e9e en 1930. C\u2019est l\u00e0 o\u00f9 ma s\u0153ur m\u2019a appris \u00e0 nager.<\/p>\n\n\n\n<p>En ce qui concerne cette \u00abdr\u00f4le\u00bb de famille, c\u2019est parce que Josef T\u00f6lk, mon grand-p\u00e8re paternel dont le p\u00e8re venait de Boh\u00e8me, s\u2019\u00e9tait associ\u00e9 avec un nomm\u00e9 Franz von Krauss pour fonder, puis diriger l\u2019un des plus importants bureaux d\u2019architectes de Vienne-la-Rouge jusqu\u2019au d\u00e9but de ce vingti\u00e8me si\u00e8cle. Josef T\u00f6lk ne s\u2019est jamais mari\u00e9. Il est mort en 1927 \u00e0 l\u2019\u00e2ge de soixante-trois ans seulement, sans n\u2019avoir jamais reconnu un enfant de lui qu\u2019il aurait eu lorsqu\u2019il avait une quarantaine d\u2019ann\u00e9es. Or, il s\u2019agissait de\u2026 mon p\u00e8re, mais le myst\u00e8re est rest\u00e9 entier jusqu\u2019\u00e0 aujourd\u2019hui. Ma m\u00e8re est d\u00e9c\u00e9d\u00e9e trop t\u00f4t, il y a une ann\u00e9e seulement, \u00e0 l\u2019\u00e2ge de cinquante-neuf ans, \u00e0 la suite d\u2019un cancer. Ses parents l\u2019avaient appel\u00e9e Mirjam en souvenir de la fille du po\u00e8te Richard Beer-Hofmann, un ami de Rainer Maria Rilke qui avait \u00e9crit un po\u00e8me intitul\u00e9 \u00abSchlaflied f\u00fcr Mirjam\u00bb. Elle l\u2019avait elle-m\u00eame appris par c\u0153ur et nous le r\u00e9citait pour nous endormir, ma s\u0153ur et moi.<\/p>\n\n\n\n<p>Bartim\u00e9e, de m\u00eame qu\u2019Aim\u00e9, laissant refroidir le th\u00e9 dans leur tasse, avaient \u00e9t\u00e9 captiv\u00e9s par cette longue \u00e9vocation de Santa concernant l\u2019histoire de sa famille. Bartim\u00e9e lui demanda encore, en s\u2019excusant, si cette \u00abh\u00e9g\u00e9monie\u00bb socialiste \u00e9tait encore active \u00e0 Vienne.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 H\u00e9las non! r\u00e9pondit Santa. Elle a eu au contraire une fin brutale lors de l\u2019insurrection de f\u00e9vrier 1934, une ann\u00e9e avant la naissance de ma s\u0153ur. Le parlement a \u00e9t\u00e9 dissous par Engelbert Dolfuss, qui \u00e9tait une sorte de dictateur. L\u2019arm\u00e9e a m\u00eame tir\u00e9 sur le Karl-Marx-Hof et il y a eu beaucoup de morts\u2026 Tout cela pr\u00e9parait l\u2019<em>Anschluss<\/em>, mais peu de gens s\u2019en rendaient v\u00e9ritablement compte.<\/p>\n\n\n\n<p>La discussion se poursuivit autour de th\u00e8mes plus actuels. Aim\u00e9 s\u2019adressa \u00e0 Barti:<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Alors, ces vacances en Allemagne? Raconte!<\/p>\n\n\n\n<p>Le s\u00e9minariste \u00e9voqua ses deux semaines pass\u00e9es \u00e0 Kleinenberg-Lichtenau, o\u00f9 il avait particip\u00e9 \u00e0 une grande procession organis\u00e9e les quinze ao\u00fbt de chaque ann\u00e9e. Cette c\u00e9l\u00e9bration de l\u2019Assomption, ce \u00abVoyage au ciel de Marie\u00bb en allemand, ou \u00abDormition\u00bb chez les orthodoxes, \u00e9tait en principe un jour f\u00e9ri\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 En effet, c\u2019est aussi le cas chez nous, confirma Santa.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Sur le plan historique, c\u2019\u00e9tait au d\u00e9part le jour de la f\u00eate de l\u2019empereur Auguste et les Italiens nomment ce jour <em>Ferragosto<\/em>, poursuivit Barti.<\/p>\n\n\n\n<p>Santa r\u00e9alisa qu\u2019elle venait pr\u00e9cis\u00e9ment d\u2019entendre ce terme dans la bouche de Sergio, le cuisinier, mais qu\u2019elle n\u2019avait pas fait le rapprochement avec l\u2019Assomption. Cette f\u00eate religieuse avait \u00e9t\u00e9 officialis\u00e9e par le pape Pie&nbsp;XII il y avait une dizaine d\u2019ann\u00e9es seulement. Barti avait \u00e9prouv\u00e9, lors de la <em>Festhochamt<\/em>, de m\u00eame que durant l\u2019apr\u00e8s-midi de la procession des jeunes, beaucoup de ferveur et de convivialit\u00e9 parmi des fid\u00e8les venus des quatre coins d\u2019Europe. Cela l\u2019avait confort\u00e9 dans sa vocation sacerdotale. Il y avait aussi eu une <em>Kr\u00e4utersegnung<\/em>, une \u00abB\u00e9n\u00e9diction des herbes\u00bb, mettant sur le m\u00eame plan le sacr\u00e9 et le profane. Les religions, avec leurs p\u00e8lerinages, leurs croyances et leurs rites sacrificiels, sont ainsi et seront toujours un aspect visible de la vie communautaire.<\/p>\n\n\n\n<p>Santa, qui suivait attentivement ce que disait Barti, lui demanda alors quelle \u00e9tait sa position au sujet des rites, surtout lorsque ces derniers \u00e9taient pratiqu\u00e9s au d\u00e9triment de la vie animale.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Oh! r\u00e9pondit Barti apr\u00e8s un temps de r\u00e9flexion. Tu abordes une grande et vaste question, surtout au sujet des rites sacrificiels d\u2019animaux accomplis par l\u2019homme, afin de se mettre dans les bonnes gr\u00e2ces d\u2019une divinit\u00e9 sanguinaire! Cet anthropocentrisme du christianisme, par exemple, est en train d\u2019\u00eatre remis en question et je suis persuad\u00e9 qu\u2019au si\u00e8cle prochain, voire avant, l\u2019on comprendra mieux tout cela\u2026 Mais, pour l\u2019instant, et pour revenir \u00e0 ta question des rites, je pense qu\u2019ils sont n\u00e9cessaires. L\u2019\u00eatre humain, comme l\u2019animal, a besoin de rites, d\u00e8s sa naissance et jusqu\u2019\u00e0 sa mort. A son r\u00e9veil et \u00e0 son coucher, lors des repas, et m\u00eame apr\u00e8s sa mort. D\u2019o\u00f9, par exemple, dans notre Eglise, ces messes dites de trenti\u00e8me ou de quaranti\u00e8me, ou encore d\u2019anniversaire au terme de l\u2019ann\u00e9e eccl\u00e9siastique, celles qui correspondent \u00e0 ces \u00abCultes du souvenir\u00bb chez les r\u00e9form\u00e9s. Les rites sont en effet des jalons plant\u00e9s dans le sable du temps.<\/p>\n\n\n\n<p>Aim\u00e9 \u00e9coutait avec attention, mais sans jamais intervenir. Il d\u00e9couvrait aussi chez Santa des aspects de sa personnalit\u00e9 qui, par son attitude \u00e0 la fois r\u00e9ceptive et expansive, l\u2019impressionnaient beaucoup.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019heure de partager une v\u00e9ritable collation ensemble \u00e9tant venue, le trio opta, sur proposition d\u2019Aim\u00e9, pour un \u00abBircherm\u00fcesli\u00bb. C\u2019\u00e9tait un repas du soir courant d\u00e8s les ann\u00e9es trente en Suisse, invent\u00e9 par un certain Maximilian Bircher-Benner pour les patients de sa clinique argovienne, fait de pommes fra\u00eechement r\u00e2p\u00e9es et de flocons d\u2019avoine, le tout servi dans de grands bols de porcelaine. Ce menu, ainsi d\u00e9taill\u00e9 par Aim\u00e9, plut \u00e0 Santa, car elle mangeait tr\u00e8s peu le soir et Sergio, aux Drei K\u00f6nige, ne connaissait pas cette recette. Elle observait aussi discr\u00e8tement la mani\u00e8re de servir du personnel, puis celle de desservir, tandis que les conversations reprenaient de plus belle.Barti sugg\u00e9ra d\u2019achever cette rencontre par une partie de cartes:<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 On t\u2019accompagnera ensuite jusqu\u2019\u00e0 la Bruchstrasse, afin que tu sois rentr\u00e9e \u00e0 l\u2019heure convenue, comme une enfant sage, ajouta Barti.<\/p>\n\n\n\n<p>Encore centr\u00e9e autour des explications pr\u00e9c\u00e9dentes du s\u00e9minariste concernant surtout l\u2019anthropocentrisme du christianisme et les rites <em>qui sont n\u00e9cessaires<\/em>, Santa se laissa toutefois convaincre par la proposition \u00e9tonnante de Barti. Elle lui r\u00e9pondit par un affectueux sourire d\u2019approbation. Elle avait certes d\u00e9j\u00e0 observ\u00e9 des joueurs de cartes au restaurant des Drei K\u00f6nige, mais elle ne connaissait pas les r\u00e8gles du Jass, un sport pourtant d\u00e9clar\u00e9 \u00abnational\u00bb dans le Vorarlberg. Quant \u00e0 Aim\u00e9, il avait toujours consid\u00e9r\u00e9 jusque-l\u00e0 que jouer aux cartes \u00e9tait du temps perdu ou, pire, une mani\u00e8re de tuer le temps ensemble. Mais Barti n\u2019\u00e9tait pas du tout de cet avis. C\u2019est en partageant des jeux que l\u2019on apprend \u00e0 mieux se conna\u00eetre, \u00e0 mieux d\u00e9couvrir les atouts de ses partenaires. Au propre et au figur\u00e9, pr\u00e9cisa-t-il encore en riant. Il avait raison.<\/p>\n\n\n\n<p>On apporta un tapis, un jeu de cartes et une jolie ardoise, comme celle des \u00e9coliers d\u2019autrefois, mais non lign\u00e9e. Il sugg\u00e9ra que l\u2019on joue \u00e0 \u00abla Pomme\u00bb, ou <em>poutze<\/em>, cette variante du Jass pouvant se jouer \u00e0 trois, laplus simple pour les d\u00e9butants. Sous son experte direction, Barti, ayant rapidement battu les cartes, fit couper le paquet au joueur situ\u00e9 imm\u00e9diatement \u00e0 sa gauche, qui \u00e9tait Santa. Il lui montra comment s\u00e9parer le paquet en deux tas de trois ou quatre cartes au minimum, le tas de dessus devant \u00eatre plac\u00e9 pr\u00e8s du donneur, puis simplement l\u2019autre par-dessus. Il distribua ensuite les cartes dans le sens inverse des aiguilles d\u2019une montre, en commen\u00e7ant par la personne situ\u00e9e sur sa droite, qui \u00e9tait Aim\u00e9. Barti expliqua encore \u00e0 ses partenaires que, lors de cette premi\u00e8re \u00abdonne\u00bb, c\u2019est le joueur ou la joueuse ayant le sept de carreau qui peut choisir l\u2019atout, tandis que pour les \u00abdonnes\u00bb suivantes, c\u2019est celui ou celle imm\u00e9diatement \u00e0 la droite du donneur qui aura ce privil\u00e8ge. De plus, la personne qui doit choisir l\u2019atout peut passer ce droit \u00e0 son partenaire, \u00e0 la seule condition que celui-ci ne l\u2019ait pas d\u00e9j\u00e0 fait. Bartim\u00e9e avait pr\u00e9cis\u00e9ment le sept de carreau. C\u2019est lui qui posa en premier une carte sur le tapis, en invitant Aim\u00e9 \u00e0 poser \u00e0 son tour une carte de la m\u00eame couleur que la sienne. S\u2019il ne pouvait pas \u00absuivre\u00bb, il pouvait poser une carte quelconque, mais il avait aussi la possibilit\u00e9 de \u00abcouper\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire de poser une carte d\u2019un atout, tandis que le joueur suivant ne peut pas \u00absous-couper\u00bb avec un atout de valeur inf\u00e9rieure. Barti expliqua aussi que si l\u2019un des trois poss\u00e9dait le \u00abbuur\u00bb, le puissant valet d\u2019atout, il n\u2019\u00e9tait pas oblig\u00e9 de le jouer, et cela m\u00eame si la couleur initiale du pli \u00e9tait celle d\u2019atout et que c\u2019\u00e9tait le seul atout qu\u2019il poss\u00e9dait.<\/p>\n\n\n\n<p>Santa et Aim\u00e9, tr\u00e8s absorb\u00e9s par les commentaires explicatifs de Barti, avaient encore quelque peine \u00e0 d\u00e9velopper une v\u00e9ritable strat\u00e9gie \u00e0 l\u2019aide des cartes qu\u2019ils tenaient encore maladroitement dans leurs mains. Ils \u00e9changeaient des regards \u00e0 la fois interrogateurs et d\u00e9j\u00e0 complices. Santa poss\u00e9dait en effet le roi et la dame d\u2019atout. Au risque de d\u00e9voiler ainsi son jeu, elle demanda \u00e0 Barti ce qu\u2019il fallait dire au pr\u00e9alable comme \u00abannonce\u00bb:<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 \u00abSt\u00f6ck\u00bb! lui r\u00e9pondit-il. Cela te vaut d\u00e9j\u00e0 vingt points! Ainsi, tu ne seras pas <em>pomme<\/em>\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s avoir compt\u00e9 individuellement les points obtenus \u00e0 la suite de cette premi\u00e8re partie, le trio en fit encore deux autres, afin que Santa, puis Aim\u00e9, puissent \u00e0 leur tour apprendre \u00e0 distribuer les cartes. A leur grande surprise, ce fut Santa qui, finalement, avait totalis\u00e9 le plus de points et les deux amis la f\u00e9licit\u00e8rent pour cette premi\u00e8re performance. Aim\u00e9 r\u00e9gla alors les consommations, puis il alla chercher le cir\u00e9 de Santa \u00e0 la penderie proche et le posa d\u00e9licatement sur ses \u00e9paules, non sans avoir, en m\u00eame temps, gliss\u00e9 un rapide baiser sur sa nuque. Ils sortirent sur la Zentralstrasse \u00e0 l\u2019heure o\u00f9 les premi\u00e8res lumi\u00e8res s\u2019\u00e9taient allum\u00e9es dans les rues. Il ne pleuvait plus.<\/p>\n\n\n\n<p>Ils se quitt\u00e8rent peu apr\u00e8s avoir travers\u00e9 la place de la Gare. Barti, contrairement \u00e0 ce qu\u2019ils avaient convenu, rejoignit seul le <em>Priesterseminar<\/em> en traversant le <em>Seebr\u00fccke<\/em>, puis en longeant le <em>Schweizerhofquai<\/em>. De leur c\u00f4t\u00e9, Santa et Aim\u00e9 se quitt\u00e8rent \u00e0 leur tour devant l\u2019entr\u00e9e de l\u2019h\u00f4tel des Drei K\u00f6nige.<\/p>\n\n\n\n<p>Le lendemain, au travail, Aim\u00e9 se souvint que, durant les discussions autour de la table, avant d\u2019avoir jou\u00e9 aux cartes, tandis que Barti \u00e9voquait ses vacances \u00e0 Kleinenberg-Lichtenau durant l\u2019Assomption, Santa avait exprim\u00e9 le d\u00e9sir de se rendre, lors d\u2019un prochain dimanche (il n\u2019en restait en r\u00e9alit\u00e9 que deux!) \u00e0 Buttisholz, dans le Seeland lucernois, pour visiter une autre <em>Wallfahrtkapelle<\/em>, consacr\u00e9e \u00e0 Sainte Ottilie, dont elle avait entendu parler. Barti s\u2019\u00e9tait montr\u00e9 fort int\u00e9ress\u00e9 par ce projet et il avait sugg\u00e9r\u00e9 de s\u2019y rendre avec les transports publics. Aim\u00e9 avait alors pr\u00e9cis\u00e9 qu\u2019il existait un car postal qui partait de la place de la Gare en direction d\u2019Emmenbr\u00fccke, via Ruswil, et que le trajet durait environ trois quarts d\u2019heure. Cette perspective de poursuivre les \u00abColloques du Waldst\u00e4tterhof\u00bb en pleine campagne l\u2019avait mis en joie pour toute la semaine.<\/p>\n\n\n\n<h6 class=\"wp-block-heading\" id=\"h-la-suite-dans-la-prochaine-edition-du-nbsp-regard-libre\">La suite dans la prochaine \u00e9dition du&nbsp;<em>Regard Libre<\/em>.<\/h6>\n\n\n\n<p><em><a href=\"https:\/\/leregardlibre.sandbox-novadev.ch\/en\/litterature\/la-nuit-du-gutsch-roman-inedit-episode-5-10\/\">Vers le pr\u00e9c\u00e9den<\/a><a href=\"https:\/\/leregardlibre.sandbox-novadev.ch\/en\/litterature\/la-nuit-du-gutsch-roman-inedit-episode-6-10\/\">t \u00e9pisode<\/a><\/em><\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Voici la suite du nouveau roman de l\u2019\u00e9crivain suisse Andr\u00e9\u00a0Durussel, publi\u00e9 en primeur dans\u00a0Le Regard Libre\u00a0durant toute l\u2019ann\u00e9e 2024.<\/p>","protected":false},"author":1,"featured_media":522613,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[17],"tags":[972,52,53,561,973,54,55],"class_list":["post-524992","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-litterature","tag-la-nuit-du-gutsch","tag-litterature-francophone","tag-litterature-romande","tag-litterature-suisse","tag-lucerne","tag-roman","tag-roman-feuilleton"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/leregardlibre.sandbox-novadev.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/524992","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/leregardlibre.sandbox-novadev.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/leregardlibre.sandbox-novadev.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/leregardlibre.sandbox-novadev.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/leregardlibre.sandbox-novadev.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=524992"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/leregardlibre.sandbox-novadev.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/524992\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/leregardlibre.sandbox-novadev.ch\/en\/wp-json\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/leregardlibre.sandbox-novadev.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=524992"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/leregardlibre.sandbox-novadev.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=524992"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/leregardlibre.sandbox-novadev.ch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=524992"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}